Grand enfermement : Le numérique au service de la docilité sociale ?

Il est à peu près inconcevable d’imaginer un tel confinement général de population quelques années en arrière. Pourquoi ? Parce que la généralisation des outils numériques permet aujourd'hui le consentement de la population à son propre enfermement.

« La réalité, c’est ce qui fait mal quand on éteint l’ordinateur » (J. Warsen). L’emprise du numérique sur nos vies, déjà effarante en temps ordinaire, s’offre en ces temps de confinement pour ce qu’elle est : une dépendance absolue et une aliénation généralisée, le « godemiché » (Merci Romain Gary, Adieu Gary Cooper) d’une société en mal de lien.

Ça réso-sociote à tour de bras, à ne plus savoir où donner du clic, entre anxiogénéité partagée, parano et complotisme, clins d’œils et trouvailles poétiques. Les GAFAM doivent en se moment se livrer à la plus grande collecte de données personnelles jamais rêvée. Ils savaient déjà à peu près tout de nous, c’en est fini du « à peu près ».

Le numérique nous maintient dans l’illusion du lien en dépit de l’enfermement. Il permet la fable du télé-travail et la farce de la « continuité pédagogique », tant il est moralement inacceptable de dire « on se confine, on fait une pause et on se retrouve après ».

Le numérique est le moyen numéro 1 d’obtenir de nous que nous respections les règles imposées en maintenant l’illusion de nos sociabilités. Sans lui nous ne tiendrions pas et sortirions quoi qu’il en coûte. Derrière nos écrans, nous tenons.

Cette crise nous révèle qu’au lieu de tout le reste, il est avant tout le principal instrument de notre asservissement consenti.

 

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