Lettre ouverte à Emmanuel Macron, président de la République

Voici une lettre ouverte envoyée ce jeudi 8 octobre à Emmanuel Macron, demandant la fin du port du masque obligatoire. Le même jour, j'ai également envoyé une lettre ouverte au Préfet de l’Isère, publiée dans un autre billet. La partie centrale des lettres est identique, débuts et fins sont différents. Si le texte vous inspire, n'hésitez pas à vous en servir de modèle et envoyer votre lettre !

Monsieur le Président,

En tant que citoyen et incorporé malgré moi à une guerre à laquelle je ne crois pas et que je ne cautionne pas, je vous le demande instamment : mettez fin à l’obligation du port du masque en plein air.

Dans votre fameux discours du 16 mars, vous avez déclaré « Nous sommes en guerre » ! Un mois plus tard, dans votre discours du 13 avril, vous avez évoqué « les Jours Heureux » censés succéder à cette période d’état d’urgence sanitaire.

Maladroitement, vous aviez, sans le vouloir, caractérisé la période actuelle.

 

Après la drôle de guerre qui a précédé le confinement, la France souffre toujours d’une restriction des libertés publiques, au nom de la « guerre au virus ». Pour sauver la Patrie en danger, vous nous sommez de nous recentrer sur une Famille rétrécie, de faire preuve de discipline ; il faudrait nous mettre ou rester au téléTravail... La responsabilité individuelle est la vertu cardinale mise en avant pour lutter contre l’épidémie, rendue visible par le port du masque et la distanciation d’avec ses proches.

Il faut en finir avec l’obligation du port du masque à l’extérieur, car c’est une mesure qui nuit à la cohérence de la politique sanitaire, sape les fondements démocratiques et la confiance dans l’État.

En termes de stratégie, l’obligation du port du masque en plein air est la ligne Maginot de cette guerre : une ligne de défense à la fois futile et coûteuse. Futile, car c’est la dernière des mesures utiles. Coûteuse, car ses conséquences démocratiques et sociales sont délétères pour la société française.

Le port du masque en extérieur devrait être la dernière des mesures sanitaires non pharmaceutiques, une fois que toutes les autres ont été mises en œuvre graduellement et correctement. Aucun foyer épidémique n’a été recensé en plein air, contrairement aux grands magasins, lieux de travail, etc. C’est donc la mesure dont l’efficacité sanitaire est la plus marginale.

L’imposition du port du masque à l’extérieur pendant l’été, alors que bars et restaurants restaient ouverts, a profondément nui – et nuit encore – à la cohérence et à la compréhension de la politique sanitaire. Comment comprendre que le masque soit obligatoire dans les rues désertes d’une ville, à n’importe quel moment de la journée ou de la soirée, ou dans un parc, alors que le masque devient inutile dans un bar ou dans un restaurant, pourvu que l’on ait un verre ou une cigarette à la main ?

Alors que c’est une mesure qui s’impose durement et financièrement aux Françaises et Français (avec une amende de 135 euros, soit 1/9e du SMIC), l’absence d’exemplarité des autorités nourrit un ressentiment durable, anéantit la confiance, et sape la crédibilité de vos actions. Le 17 septembre, devant la commission sénatoriale qui l’auditionnait, Gérald Darmanin annonçait le nombre de verbalisations pour non-port du masque dans l’espace public depuis le mois de mai : près de 45 000. Au mépris de tous, sûr de lui, le ministre de l’Intérieur s’est cru autorisé à enlever son masque, alors qu’il se trouvait pourtant en lieu clos (la vidéo est sur Public Sénat)... Le déclassement de la parole publique est à son comble. Ce n’est pas sans rappeler le ministre de la Défense des Pays-Bas, qui après avoir qualifié d’« antisociaux » les Hollandais ne se soumettant pas aux mesures de distanciation, avait fêté son mariage fin août sans masque, au mépris de toutes les règles par lui édictées.

Le nombre de verbalisations pour non-port du masque (à la fois ridiculement faible et dramatiquement élevé) révèle le danger de ce type de mesures : l’arbitraire. À Grenoble, le port du masque est obligatoire dans presque toute l’agglomération ; malgré cela, les citoyens sont nombreux à estimer que le port du masque est injustifié dans un parc, une rue déserte, seul le soir ou dans la journée, mais ils s’y soumettent, car ils risquent à tout moment une verbalisation. Celle-ci qui ne pourra relever que d’une décision arbitraire de police, jugeant nécessaire de condamner l’infraction à un moment précis. La démocratie peut-elle se satisfaire de cet arbitraire ? N’y a-t-il pas un double risque de décrédibiliser l’État et l’autorité, à la fois en sanctionnant trop, ou en ne sanctionnant pas assez ?

 

La démocratie est ruinée dans ses fondations.

Elle est ruinée dans ses fondations car l’inflation des décrets et arrêtés préfectoraux met à l’écart le législatif et la représentation citoyenne, et les délégitimise.

Elle est ruinée dans ses fondations car l’obligation du port du masque en extérieur, en l’absence de consensus scientifique et pour une utilité sanitaire sujette à caution, devrait relever du libre-arbitre. Libre-arbitre, liberté d’appréciation et de choix, qui sont les fondements de la citoyenneté. Si le pouvoir ne croit pas à la faculté d’appréciation des citoyens sur le port du masque, pourquoi leur accorder le droit de vote sur des questions au moins aussi importantes ?

Plus grave, la démocratie est ruinée en son cœur avec l’opposition d’une France contre une autre. Un Ordre moral qui ne dit pas son nom est mis en avant par l’État et certains médias, aboutissant à la stigmatisation d’une population soi-disant « irresponsable », voire « antisociale », selon le mot du ministre hollandais. L’accent est mis sur la discipline individuelle, le contrôle social des comportements des uns par les autres ; l’« esprit de jouissance » et l’égoïsme des jeunes générations seraient la cause de la reprise de l’épidémie.

Dans le même temps, rien n’a été fait pour que les hôpitaux accueillent mieux les nouveaux cas graves. Sept mois après l’arrivée de l’épidémie en France, l’hôpital fait toujours face à une pénurie de moyens, matériels et humains. A l’heure actuelle, on évoque déjà la déprogrammation d’opérations ou de soins dits « non essentiels ». Ils le sont pourtant.

La crise n’est pas sanitaire, elle est hospitalière.

Le gouvernement a encore privilégié la ligne Maginot au détriment de moyens « militaires » et d’une véritable stratégie. Le renseignement aussi fait défaut : les tests PCR ne sont pas des bons indicateurs de la situation épidémique, et le classement des zones par couleur n’est toujours ni transparent ni pertinent.

 

Quelques scientifiques soutiennent l’obligation du port du masque en plein air, par « précaution » disent-ils, ou par « cohérence ». Qu’on ne s’étonne pas : c’étaient des militaires, les plus hauts gradés d’entre eux, qui avaient imaginé, soutenu, mis en œuvre la ligne Maginot. « La guerre est une chose trop sérieuse pour être confiée à des militaires », avait prévenu Georges Clemenceau. Un siècle plus tard, la leçon n’est toujours pas retenue.

A l’international, des gouvernements ont choisi de faire confiance à leurs citoyens, c’est le cas de la Suède par exemple, où le port du masque n’y a jamais été imposé. L’épidémie y est quasiment terminée, semble-t-il. D’autres gouvernements, après un moment d’égarement collectif, reviennent à une politique plus démocratique : les Pays-Bas et la Belgique ont su renoncer à l’obligation du port du masque à l’extérieur, mesure jugée peu efficace. A l’opposé, le Canada autorise depuis le 1er octobre la police à intervenir au domicile des citoyens qui bravent l’interdiction de recevoir des proches. Au Royaume-Uni, les amendes pour non-respect de la quarantaine peuvent s’élever à 10 000 livres (11 000 euros). Ce que les « démocraties illibérales » ont rêvé, les « démocraties libérales » le font.

Cela choque apparemment peu d’intellectuels en France, sidérés qu’ils sont par la peur, la volonté de ne pas savoir, la volonté de ne pas trancher. Qu’en temps de crise, la déliquescence intellectuelle et morale se retrouve au plus haut niveau, c’est malheureusement chose bien documentée.

« La police n’a pas à être le bras armé d’une incompétence sanitaire massive » alertait l’écrivain Alain Damasio au début du confinement. Sept mois plus tard, on en est toujours là. La police est appelée à suppléer une politique sanitaire toujours aussi incompétente, incohérente, néfaste.

Une politique sanitaire ne se résume pas à empêcher qu’un virus ou une maladie contamine une population. La politique de fermeture des gymnases, salles de sport et autres salles d’activité collective touche également les plus les âgés d’entre nous : ma mère, 68 ans, qui vit seule, voit fermés les cours de yoga et d’aïkido auxquels elle s’était inscrite cette année. Les associations sportives (MJC, maisons des habitants, associations sportives...) ne vont plus proposer ces activités qui sont parfois le seul moment de sociabilité ou d’activité hebdomadaire de beaucoup de personnes âgées. Votre politique de fermeture des gymnases et des salles de sport est non seulement inadaptée sanitairement mais criminelle pour ces publics que vous déclarez « protéger », souvent contre leur gré.

Monsieur le Président, si les chiffres sont exacts, si ce sont bien 32 000 personnes qui sont décédées du Covid-19 depuis le début de l’année, dont un tiers en établissement de soins pour personnes âgées, vous avez déjà perdu la guerre que vous avez lancée.

En sapant la démocratie, la confiance dans la légitimité de l’État, et en détruisant le tissu social de ce pays, c’est l’après-guerre qui sera également une défaite.

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Président, mes sentiments citoyens.

 

 

 

PS : Je suis signataire de la Déclaration de Great Barrington, rédigée et signée le 4 octobre 2020 par le Dr. Martin Kulldorff, professeur de médecine à l’université Harvard, la Dr. Sunetra Gupta, professeure à l’université d’Oxford, et le Dr. Jay Bhattacharya, professeur à l’Ecole Médicale de l’université de Stanford. Vous trouverez ce texte dans les deux pages suivantes.

Ce texte est signé par déjà (au 8/10/2020) plus de 4000 chercheurs en santé, et 8000 professionnels de santé.

Lien vers le site de la déclaration de Great Barrington : https://gbdeclaration.org/

Voici le texte de la déclaration:

 

La Déclaration de Great Barrington

En tant qu’épidémiologistes des maladies infectieuses et scientifiques spécialisés en santé publique, nous sommes inquiets des impacts physiques et mentaux causés par les politiques actuelles contre le COVID-19 et nous recommandons une approche alternative que nous appelons Protection focalisée (Focused Protection). 

Que nous soyons de gauche ou de droite, et quel que soit notre pays d’origine, nous avons consacré nos carrières à la protection des populations. Les politiques actuelles de confinement produisent des effets désastreux sur la santé publique à court, moyen et long terme. Parmi les conséquences, on peut citer, entre autres, une baisse des taux de vaccination chez les enfants, une aggravation des cas de maladies cardio-vasculaires, une baisse des examens pour de possibles cancers ou encore une détérioration de la santé mentale en général. Cela va engendrer de grands excès de mortalité dans les années à venir, notamment dans la classe ouvrière et parmi les plus jeunes. Maintenir les écoliers en dehors de l’école est une grande injustice. 

Conserver ces mesures en attendant qu’un vaccin soit disponible causera des dégâts irréparables. Les couches sociales les moins favorisées seront les plus touchées. 

Heureusement, notre compréhension du virus s’améliore. Nous savons que la vulnérabilité à la mort par le COVID-19 est plus de mille fois plus haute parmi les personnes âgées et infirmes que chez les jeunes. En effet, pour les enfants, le COVID-19 est moins dangereux que bien d’autres maux, y compris la grippe. 

L’immunité grandissant dans la population, le risque d’infection baisse pour tout le monde, y compris les plus vulnérables. Nous savons que toutes les populations vont finir par atteindre l’immunité collective, c’est-à-dire le point où le nombre de nouvelles infections est stable, et que ce processus peut s’accompagner (sans pour autant dépendre) de l’existence d’un vaccin. Par conséquent, notre objectif devrait être de minimiser la mortalité et le mal fait à la société jusqu’à ce qu’on atteigne l’immunité collective. 

Une approche à la fois compassionnelle et prenant en compte les risques et les bénéfices consiste à autoriser celles et ceux qui ont le moins de risques de mourir du virus de vivre leurs vies normalement afin qu’ils fabriquent de l’immunité au travers d’infections naturelles tout en protégeant celles et ceux qui ont le plus de risques de mourir. Nous appelons cela la Protection Focalisée (Focused Protection). 

Le fait d’adopter des mesures pour protéger les plus vulnérables devrait être le but central des réponses de santé publique au COVID-19. A titre d’exemples, les résidences pour personnes âgées devraient être dotées de personnel qui a acquis l’immunité et qui réalise fréquemment des tests PCR pour les autres membres du personnel et les visiteurs. Par ailleurs, la rotation du personnel devrait être la plus faible possible. Les personnes retraitées qui vivent chez elles devraient se voir livrer leurs courses à domicile. Quand c’est possible, elles devraient rencontrer les proches en plein air plutôt qu’à l’intérieur. Une liste de mesure complète et détaillée, incluant des approches pour les foyers comprenant plusieurs générations, peut être mise en œuvre. C’est largement dans la capacité et les prérogatives des professionnels de la santé publique. 

Ceux qui ne sont pas vulnérables devraient immédiatement être autorisés à reprendre une vie normale. Des mesures d’hygiène simples, comme se laver les mains et rester chez soi si l’on est malade, devraient être pratiquées par chacun pour réduire le seuil de l’immunité collective. Les écoles et les universités devraient rouvrir pour des enseignements en présentiel. Les activités extrascolaires comme le sport devraient reprendre. Les jeunes adultes qui présentent peu de risques devraient travailler normalement plutôt que depuis chez eux. Les restaurants et les commerces devraient ouvrir. Les arts, la musique, le sport et les autres activités culturelles devraient reprendre. Les personnes qui présentent plus de risque peuvent participer si elles le souhaitent à ce processus tandis que la société dans son ensemble bénéficie de la protection ainsi conférée aux plus vulnérables par ceux qui ont construit l’immunité collective. 

Cette déclaration a été rédigée et signée le 4 octobre 2020 à Barrington, aux Etats-Unis, par : 

Le Dr. Martin Kulldorff, professeur de médecine à l’université Harvard, biostatisticien et épidémiologiste spécialisé dans la détection et la surveillance du déclenchement des maladies infectieuses et l’évaluation de la sécurité des vaccins.

Le Dr. Sunetra Gupta, professeure à l’université d’Oxford, épidémiologiste spécialisée en immunologie, dans le développement de vaccins et la modélisation mathématique des maladies infectieuses.

Le Dr. Jay Bhattacharya, professeur à l’Ecole Médicale de l’université de Stanford, médecin, épidémiologiste, économiste de la santé et expert en santé publique spécialiste des maladies infectieuses et de leurs effets sur les populations vulnérables.

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