Les coulisses de Mediapart

Huit collégiens, six garçons et deux filles, de 14 ans ont passé une semaine en stage d’observation de 3e à Mediapart. Ils vous racontent leur expérience.

(pdf, 92.6 kB)

En venant ici, nous voulions découvrir les métiers du journalisme et plus généralement ce milieu professionnel. Nous ne sommes pas déçus car tout au long de la semaine (du 12 au 16 décembre), nous avons fait de nombreuses rencontres. A commencer par les journalistes du pôle International.

Ce service est composé de trois journalistes : Thomas Cantaloube qui le coordonne, Amélie Poinssot qui s'occupe de l'Europe de l'Est et Pierre Puchot qui s'occupe du Moyen-Orient et du Maghreb. Pour les autres pays, Mediapart fait appel à des pigistes. Les budgets alloués pour chaque reportage varient selon la durée (entre 7 et 15 jours), les forfaits varient entre 700 et 2 500 €.

Nous avons rencontré Thomas Cantaloube qui dirige ce pôle. Il est aussi reporter pour Mediapart et part à l'étranger cinq ou six fois par an ; il a notamment couvert la campagne américaine des primaires. Quand il ne peut pas partir, il contacte des pigistes à l'étranger. Il nous a aussi raconté qu'en poste aux USA, il a été pigiste pour des journaux français pendant cinq ans. Son rôle principal à Mediapart est de coordonner les articles des correspondants à l'étranger. Selon lui, un journaliste international doit connaître plusieurs langues.

Nous avons ensuite rencontré la Directrice générale, Marie-Hélène Smiejan.

Elle fait partie des fondateurs de Mediapart et s’occupe du pôle gestion du journal. Elle nous a parlé des débuts difficiles, de l’économie, de la façon de fonctionner du journal et de son souci d’indépendance.

En effet, le journal étant financé par ses lecteurs et abonnés, Mediapart a plusieurs fois, faute d’abonnements, failli mettre la clef sous la porte.

Ce sont les révélations de Mediapart sur l’affaire Bettencourt qui ont fait décoller la cote de popularité du journal.

Fabrice Arfi a accepté de nous accorder une interview. Il travaille depuis 2008 chez Mediapart et dirige le pôle Enquête/Investigation.

Ce journaliste travaille dans les affaires de lutte contre la corruption, il a révélé plusieurs scandales fiscaux dont l'affaire Cahuzac, le financement de la campagne de Sarkozy par Kadhafi, l'affaire Karachi et bien d'autres… Son but est de récupérer des preuves et de révéler des affaires au grand jour. À l'origine de l'affaire Cahuzac, Fabrice se questionnait sur les relations des deux politiques, Woerth et Cahuzac qui se soutenaient. Il a découvert alors plusieurs comptes cachés en Suisse et à Singapour.

M. Arfi a travaillé tout d'abord dans une presse locale lyonnaise, puis a créé son propre journal à 19 ans. Il a ensuite travaillé pour l'AFP et pour 20 Minutes.

On n’a jamais tenté de corrompre Fabrice mais des gens mal intentionnés ont tout de même cambriolé le journal et espionné la rédaction.

Mediapart est le journal qui a le moins perdu de procès.

Fabrice Arfi a publié sept livres au cours des dix dernières années et a réalisé un film documentaire sur l'affaire Karachi qui a été diffusé sur Arte.

Pour Fabrice Arfi, « un bon journaliste est un journaliste qui ne reste pas à son bureau ».

Puis Jade Lindgaard, l’unique journaliste du pôle écologie, est venue nous expliquer son travail. Son rôle dans Mediapart est particulièrement éprouvant, car elle est obligée de sacrifier certains sujets qui auraient moins d’audience que d’autres en raison de leur impact sur l’actualité. Nous lui avons demandé ce qui était nécessaire pour devenir journaliste. Jade nous a répondu qu’il fallait d’abord respecter la règle des « 5W » qui signifie « where », « when », « who », « why » et « what » lorsqu’on interviewe quelqu’un. Ensuite, la qualité indispensable pour être journaliste d’après elle est la curiosité.

Dans les articles du pôle écologie, comme dans les autres pôles de Mediapart, les articles sont souvent contestés pour leur caractère dénonciateur et parfois très sévère, nous a-t-elle expliqué. Jade Lindgaard part fréquemment en reportage ou fait des entretiens car, à Mediapart, sortir du journal pour aller au plus près de l’actualité est une marque de fabrique. Le plus grand scoop du pôle écologie est pour l’instant l’affaire Rémy Fraisse.

Le jeudi après-midi, Edwy Plenel nous a invités à le suivre pour qu'il puisse nous dire qui il était à Mediapart. Nous nous sommes présentés à tour de rôle, car il voulait mieux nous connaître afin d’instaurer un climat propice à la discussion. Nous avons demandé à Edwy Plenel de raconter son parcours afin d'orienter l'échange. Journaliste depuis plus de quarante ans, il l'est devenu par la simple conviction « qu'il y a un droit de savoir pour les citoyens »…En l'espace d'une heure et demie, Edwy Plenel s'est confié sur son enfance. Il se présente comme un Breton d'outre-mer car il a vécu dans plusieurs endroits, de la Bretagne à la Martinique en passant par l'Algérie. Son parcours est varié, de la direction du Monde à la création de Mediapart, mais aussi fulgurant. En quelques années, il a su s'imposer comme pointure du journalisme. Cette rencontre a été assez calme, timide presque. Sans doute étions-nous impressionnés face au personnage qu'est Edwy Plenel.

Nous avons également rencontré la journaliste Sabrina Kassa, qui anime avec Bruno Doguet la partie « Club » du site. Elle est fondamentale et signe la singularité de Mediapart, puisque c’est la partie qui regroupe les billets des abonnés (plus de 200 billets par jour) et les tribunes. Nous avons aussi fait la connaissance de Joseph Confavreux, qui anime des émissions et des entretiens deux à trois fois par semaine pour la partie studio de l’entreprise et s’occupe de La Revue du Crieur, en partenariat avec les éditions de La Découverte ; de Carine Fouteau, journaliste au pôle société sur les questions de migration ; et de Michaël Hajdenberg, qui travaille sur le dossier du moment, les Football Leaks, avec Yann Philippin et d’autres journalistes extérieurs à Mediapart.

Mais il ne faut pas s’y tromper, nous n’avons pas seulement rencontré des journalistes ! Mediapart est une entreprise qui réunit de très nombreux métiers, tous indispensables à la bonne marche de l’ensemble. Marketing, technique, gestion, bien sûr (nous avons notamment fait la connaissance d’Angélique Bourgeois du service comptable et financier), mais aussi le service des abonnés (localisé à Poitiers), l’équipe des correcteurs et enfin Lorraine Melin qui est à l’accueil, gère de nombreux aspects de la vie quotidienne à Mediapart et nous a accompagnés tout au long de cette semaine.

Étienne Samson dirige le service technique de l’entreprise qui compte douze personnes et accapare à lui seule 30 % du budget de l’entreprise. Son rôle de directeur technique consiste à accompagner son équipe afin qu’elle puisse administrer et faire évoluer la plateforme et développer de nouveaux projets.

Renaud Creus quant à lui travaille, avec Julie Escamez, sur la partie communication grâce aux réseaux sociaux tels que Facebook, Twitter et Instagram. Mediapart compte près de 2 millions d'abonnés sur Twitter et plus de 700 000 sur Facebook. Renaud a fait une école de communication. Il est le responsable de Julie, qui s'occupe entièrement des réseaux sociaux, c'est-à-dire qu'elle publie des tweets ou des posts Facebook (toutes les vingt minutes pour Twitter et toutes les heures pour Facebook), notamment lorsqu'un article est mis en ligne sur le site de Mediapart. Le travail de Julie consiste à rendre populaire chaque article via les réseaux sociauxou toutes autres sortes de procédés sur Internet. Le mercredi soir a lieu le Live Tweet, sur Twitter. Le plus gros concurrent de Mediapart est Le Monde, ils ont atteint les 3,5 millions d'abonnés sur Facebook. Nous en concluons que le seul support publicitaire du journal est les réseaux sociaux.

Nous avons particulièrement aimé rencontrer toutes ces personnes, car cela nous a permis de découvrir beaucoup de métiers de Mediapart. Ils nous ont aussi donné des conseils pour nos études et notre futur professionnel, de manière générale mais aussi plus particulièrement concernant les métiers des médias et du journalisme.

L’équipe de Mediapart s’est mobilisée pour nous faire vivre au mieux notre stage. Ainsi, nous avons aussi simulé une conférence de presse avec les journalistes politiques Mathieu Magnaudeix et Lénaïg Bredoux, qui jouaient les rôles du président de la République François Hollande et de son attachée de presse. L’objectif était de trouver trois raisons valables qui permettaient de comprendre pourquoi le Président ne se présentait pas à sa propre succession. Cette simulation nous a donné un aperçu de la manière dont se passe une conférence de presse et nous a initiés au métier de journaliste. Nous avons aussi assisté aux conférences de rédaction quotidiennes : ce sont des réunions où toute l’équipe se rassemble pour se mettre d’accord sur la une du jour et celles à venir. Aucune de ces réunions ne se ressemble, car l’actualité est toujours différente et les journalistes ne sont pas toujours d’accord sur les articles à mettre en une.

Mediapart étant un journal connu pour ses enquêtes, nous pensions que le nombre d’employés était beaucoup plus important que celui actuel (80 employés).

Nous remercions toute l’équipe de nous avoir accueillis pendant cette semaine et nous avons hâte d’avoir un autre stage pour pouvoir revenir ici !

Achille, Agathe, Charles, Hugo, Nils, Ismaël, Oscar et Yvana, stagiaires à Mediapart

  

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.