Il s’est agi en période de pré-campagne présidentielle de reposer de manière pluraliste des questions politiques de fond quant à la relance de la perspective d’émancipation sociale au XXIe siècle, en mettant à l’écart les questions immédiatement électorales. Ce premier forum a souhaité explorer les questions suivantes :

Quels outils pour les émancipations alors que les boussoles héritées du XXe siècle sont mises à mal par des bouleversements profonds sur les plans politique, économique, social, culturel et démocratique ?

Longtemps les partis politiques ont porté les espoirs d’émancipations. La professionnalisation de leurs dirigeants, l’intégration dans les institutions, leur fonctionnement essentiellement électoraliste, leurs promesses démagogiques, leur impuissance à peser sur le réel, et donc la coupure avec les attentes et les aspirations de la société, ont largement contribué à la crise de légitimité et de représentation actuelle.

Aujourd’hui, nombre de résistances et d’alternatives s’enracinent en dehors des organisations traditionnelles. Peuvent-elles, par leur développement et leurs convergences, fédérer des outils d’émancipations ? La « forme parti » est-elle devenue obsolète ou bien d’autres partis, radicalement différents, sont-ils possibles ? L’heure des femmes et des hommes providentiels est-elle venue ?

Pour explorer ces questions, la fin de matinée a été consacrée à une conférence-débat de Jean-Christophe Angaut sur « Critique sociologique des partis politiques depuis Roberto Michels ». Jean-Christophe Angaut est maître de conférences de philosophie à l’Ecole Normale Supérieure de Lyon. Il est l’auteur de la première traduction française intégrale d’un des livres pionniers de la critique des tendances oligarchiques à l’œuvre dans les partis politiques à visée démocratique, publié pour la première fois en 1910 par le sociologue allemand Robert (ou Roberto) Michels, ami de Max Weber : Sociologie du parti dans la démocratie moderne. Enquête sur les tendances oligarchiques de la vie des groupes (Gallimard, collection de poche « Folio », 2015). Dans sa conférence, Jean-Christophe Angaut s’est aussi intéressé aux convergences des analyses de Robert Michels avec celles de Michel Foucault et de Pierre Bourdieu. Jean-Christophe Angaut est par ailleurs de sensibilité libertaire et membre de la revue anarchiste Réfractions.

L’après-midi a été organisée autour d’une table-ronde animée par François Bonnet, directeur éditorial de Mediapart. Elle comprenait des personnes de sensibilités différentes parlant en leur nom propre : Verveine Angeli (membre du secrétariat national de l’Union syndicale Solidaires), Fabrice Flipo (philosophe écologiste), Samuel Johsua (professeur en sciences de l’éducation, sensibilité ex-LCR) et Roger Martelli (historien, sensibilité ex-PCF).

Les enregistrements vidéo de la conférence-débat et de la table-ronde du 21 janvier sont mis ici à disposition.
Le son a été pris par Clara Bordarier et Tristan Bregnard, les images par Stéphane Elzière.

Un autre forum le 4 mars

Un second forum aura lieu le samedi 4 mars 2017 sur le thème « Sortir du capitalisme ? Luttes locales, nationales, mondiales ». Il aura également lieu à Nîmes, Foyer Maurice Albaric (27 rue Jean Reboul), de 10h30 à 12h30 et de 14h30 à 17h30. De 11h à 12h30 aura lieu une conférence-débat d’Andreu Coll (militant de Podemos) sur « Ils nous gouvernent mais nous représentent-ils ? ». De 14h30 à 17h30 se tiendra une table-ronde animée par un-e journaliste de Mediapart. Elle réunira : Carmen Castillo (cinéaste franco-chilienne et ancienne militante de la gauche révolutionnaire chilienne sous le gouvernement de Salvador Allende), Andreu Coll (militant de Podemos), Philippe Corcuff (politiste, sensibilité libertaire) et Gustave Massiah (animateur du Forum Social Mondial et membre du Conseil Scientifique d’ATTAC France), voir http://uccn30.blogspot.fr/ .
Les vidéos de ce second forum pour l’émancipation sont aussi disponible sur Mediapart : https://blogs.mediapart.fr/les-invites-de-mediapart/blog/130317/comment-sortir-du-capitalisme-de-podemos-aux-discussions-strategiques-pour-demain

 

 

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Toute organisation humaine vise à coordonner un ensemble d'individus qui prétendent partager un objectif. Le cadre institué par statuts et réglement intérieur propose une éthique et des modalités de fonctionnement. Une partie des adhérents au sein des institutions ainsi érigées, se voient doter d'une fonction supplémentaire souvent ambigue. Il sont à la fois garant de l'activité de l'institution en rapport avec l'objectif commun et garant du respect des règles. C'est à ce niveau que ce situe le point faible de l'organisation.

Parfois, un organe chargé de débattre des contentieux possible est prévu. Mais comme toute instance juridique il ne peut agir que consécutivement à une plainte par une instruction et un jugement. Or ceci demande du temps et ne peut aboutir que dans le futur. Le fonctionnaire en responsabilité est dans l'actuel. La contradiction entre un actuel objectif et un futur possible se résout naturellement dans un premier temps au profit de l'actuel. Contre une attaque en "faux" le fonctionnaire a toujours dans un premier temps la possibilité de faire accréditer un "vraisemblable". Dans un premier temps il suffit qu'un acte, qu'une procédure paraisse vraie pour désarmer la contestation même si à terme la contestation s'avère justifiée.

Toute organisation propose d'optimiser les chances d'un équilibre dans un ensemble de déséquilibres potentiels. Ne pas avoir d'organisation ne change rien au problème des rapports de forces induits par les différences individuelles. Pour imparfaites qu'elles soient  les organisations proposent une forme d'objectivation des valeurs et des pratiques. Saule la vigilance de l'ensemble des adhérents permets d'échapper peu ou prou aux faux semblants. L'histoire des organisations politique en témoigne, comme la quête du Graal, la recherche de l'organisation politique qui échapperait à tout risque de perversion est une quête sans fin. Nous n'avons pas d'autre possibilité que d'accepter l'imperfaction avec une volonté de vigilance suffisante pour l'éviter.