MACRON EST EN TRAIN DE PERDRE LA BATAILLE DE L'OPINION

" La lutte contre le pass sanitaire et l'obligation vaccinale déclenchée par les provocations de Macron est peut-être en train d'unifier par en bas tous les combats dispersés par en haut jusque là ( santé publique, statut de la fonction publique, soldats du feu etc) tous ceux qui subissent de plein fouet les attaques du gouvernement et du Medef." J. Chastaing

Article de Jacques Chastaing  1er aout 2021

MANIFESTATIONS DU 31 JUILLET : UN NOUVEAU PAS EST FRANCHI

MACRON EST EN TRAIN DE PERDRE LA BATAILLE DE L'OPINION QU'IL AVAIT ENGAGEE SUR L'OBLIGATION VACCINALE ET LE PASS SANITAIRE

CELA VA AVOIR DES CONSEQUENCES IMPORTANTES

Il y avait probablement entre 450 000 et 500 000 manifestants le 31 juillet selon les comptages militants, marquant une augmentation importante de la participation en cette date de principal chassé-croisé des vacanciers au plein cœur de l'été, par rapport à celle de la manifestation du 24 juillet estimée le plus souvent à 320 000 participants et encore plus par rapport aux dates précédentes.

La police elle-même était obligée de reconnaître cette nouvelle hausse de la participation, l'estimant à 204 000 manifestants contre 161 000 le 24 juillet et 110 000 le 17 juillet.

De leurs côtés, les sondages, quelle que soit la confiance qu'on leur accorde, estimaient qu'on était passé d'un soutien aux manifestants de 35% au début du mouvement à 40% aujourd'hui, et plus, à une compréhension du mouvement devenant majoritaire dans l'opinion à 51%.

On est bien sûr loin des 60 à 70% de soutien aux Gilets Jaunes mais vu la tendance actuelle, il est probable qu'on s'en rapproche de plus en plus, alors que cette fois-ci, c'est Macron lui-même qui a choisi le terrain du conflit lors de son allocution du 12 juillet et qui espérait ainsi avoir l'opinion avec lui pour détruire un peu plus les libertés et les acquis sociaux en piégeant les français dans sa confusion volontaire de l'obligation vaccinale et de l'éradication de l'épidémie

L'ampleur de la participation lors de cette 5e journée de mobilisation (6e dans certaines villes) en 15 jours et au plein cœur de l'été contre le pass sanitaire, l'obligation vaccinale, la société de contrôle, la casse du code du travail et du statut de la fonction publique, est unique dans l'histoire de France. Cela confirme un peu plus l'ancrage de la mobilisation en profondeur et en durée qu'on avait déjà perçu le 24 juillet en même temps qu'elle appuie l'orientation générale que prend peu à peu cette mobilisation.

Avec l'augmentation notable de la participation, de nombreux primo-manifestants sont à nouveau apparus ce 31 juillet réaffirmant encore plus fort qu'au 24 juillet que la population marche de moins en moins dans la propagande gouvernementale et médiatique qui confond volontairement la vaccination et l'obligation vaccinale et que ce basculement fait en seulement 15 jours va s'amplifier dans la période à venir jusqu'à pouvoir devenir, pourquoi pas, un ras-de-marée dans la période à venir qui pourrait bousculer l'ordre social bien au delà des questions de vaccin ou de santé .

Ainsi, la proportion d'anti vaccins, de complotistes et de militants d’extrême droite sur lesquels Macron comptait s'appuyer pour dénoncer l'irresponsabilité et l'égoïsme de cette opposition à sa politique, a diminué dans les mobilisations, au point que la grande presse ne parle quasiment plus de manifestations anti-vaccins mais de manifestations anti pass sanitaire. Cela signifie que la mobilisation est en train de déplacer la question que Macron voulait centrer sur le vaccin - pour ou contre - afin de diviser les classes populaires et leurs organisations et de passer au profit de cette division sa politique de casse des acquis sociaux et des libertés, vers la question plus générale de la santé, de ses moyens et de qui la contrôle.

Ainsi, ce qui a aussi marqué le 31 juillet et les journées autour, c'est la forte et croissante participation de soignants et agents hospitaliers – vaccinés ou non tous unis - aux manifestations, mais aussi l'augmentation rapide du nombre d'appels à la grève émanant de syndicat hospitaliers, à Marseille, Lyon, Lille, Montélimar, Poitiers, Lons-le-Saunier, Montbéliard/Belfort, Nîmes, Bastia, Gourdon, la Martinique, La Réunion et droit de retrait à l'hôpital Tenon de Paris. Ces appels se prononcent contre l'obligation vaccinale et les sanctions de suspension du salaire qu'elle entraîne pour les soignants, contre le pass sanitaire et le danger que cela représente pour les patients qui n 'en auront pas mais aussi pour l'augmentation des moyens pour la santé, en lits, matériels, effectifs, salaires, etc...

La plupart des appels, souvent à la grève illimitée, ce qui témoigne de la détermination des agents, se placent autour du 5 août, date où le Conseil Constitutionnel doit se prononcer et avant donc le 9 août, date de mise en application de la loi d'extension du pass sanitaire prévue par le gouvernement. Cela veut dire non seulement que la prochaine mobilisation du samedi 7 août, juste entre les deux, sera à nouveau très suivie, mais sera encore plus marquée par l'empreinte des agents de santé et de leurs revendications, de plus en plus loin donc des thèses conspirationnistes et d'extrême droite, et par contre de plus en plus proches des augmentations des moyens et effectifs de santé – dont le manque est particulièrement mis en valeur l'été où bien des services d'urgence ferment faute de personnel -, d'un contrôle de la santé publique par la population et d'un mouvement de grève générale de la santé pour y arriver.

Mais pas seulement;

De la même manière que la mobilisation des agents de santé est croissante au fur et à mesure qu'on avance dans les manifestations, on a vu apparaître dans plusieurs cortèges ce 31 juillet des pompiers en uniforme sur un fond de colère montant chez les combattants du feu et de menaces d'actions conjointes des syndicats de pompiers, puisqu'ils estiment que les effectifs de pompiers volontaires diminueraient d'environ 20% en cas de pass sanitaire alors qu'il manque déjà des pompiers.

Par ailleurs, des agents territoriaux moins visibles dans les manifestations mais certainement très présents aussi, étaient également appelés à la grève en cette fin juillet notamment tous ceux qui ont affaire au public dans les bibliothèques, piscines, médiathèques, musées, etc... et demain dans les écoles, parce qu'ils refusent de faire un travail de police pour contrôler les pass sanitaires. De même, les organisations syndicales de cheminots, avertissaient que pas un seul train ne roulerait si on les soumettait à l'obligation vaccinale ou au contrôle des pass sanitaires.

Tout cela signifie que la lutte contre le pass sanitaire et l'obligation vaccinale déclenchée par les provocations de Macron est peut-être en train d'unifier par en bas tous les combats dispersés par en haut jusque là, qui pour la défense de la santé publique, qui pour la défense du statut de la fonction publique territoriale, qui pour plus de moyens pour les soldats du feu et bien d'autres encore demain, notamment tous ceux qu'on appelait les premières lignes et tous ceux qui subissent de plein fouet les attaques du gouvernement et du Medef...

Les principales confédérations syndicales sont toujours absentes du mouvement comme les principales directions politiques d'opposition qui pour ces dernières, mais les premières aussi, n'ont comme objectif à offrir que d'attendre les élections présidentielles de 2022.

Cela freine la mobilisation générale qui, elle, veut la démission immédiate de Macron et est unie autour de cela mais en même temps lui laisse toute liberté pour faire le plein et aller exactement là où elle le veut.

En même temps, le fait que bien des militants syndicalistes, des syndicats, des sections syndicales et parfois des Union locales ou départementales appellent à ces mobilisations, contribue non seulement à l'évolution de la tonalité politique générale du mouvement mais aussi, contrairement à ce qui s'était passé avec les Gilets Jaunes où la coupure avait été organisée d'en haut, fait que les militants syndicalistes de base, sont eux-mêmes entraînés hors des bornes traditionnelles économiques du syndicalisme pour faire de la politique.

Ils se lient ainsi au fond de lutte politique pour les libertés, de critique de la société de contrôle, de combat contre la destruction générale des acquis sociaux que porte la mobilisation actuelle et associent ces combats à la démission immédiate de Macron, condition de leur succès. Ils politisent leurs combats. Ils reprennent donc de fait, sur le terrain, par la pratique, l'idée que porte ce mouvement de la nécessité d'un combat général et d'un combat général politique pour la démission de Macron maintenant, qui pourrait ainsi donner bien plus de poids aux slogans anti-capitalistes et anti-fascistes qu'on voit germer et croître dans de nombreux endroits, construisant peu à peu la tonalité générale subversive du mouvement en train de se dessiner, la détermination qui y correspond et la tendance générale en cours pour faire face à la période qui vient.

Macron, s'était déjà appuyé sur l'épidémie de covid pour contribuer à casser les mouvements issus des Gilets Jaunes en 2018 et contre la remise en cause de la retraite en 2019-2020. Aujourd'hui, au delà de ses calculs pour les prochaines élections présidentielles, comme la plupart des autres dirigeants occidentaux qui mènent aujourd'hui peu ou prou la même politique de pass sanitaire et d'obligation vaccinale un peu partout dans le monde, il voudrait continuer à garder la main dans cette période qui pourrait voir la fin de l'épidémie ou en tous cas son atténuation, contre une reprise éventuelle et amplifiée des grands mouvements sociaux planétaires de 2018-2019, qu'il craint par dessus tout, comme les autres dirigeants.

Craignant par ailleurs que cette reprise de la lutte sociale avec l'atténuation de l'épidémie puisse coïncider avec la période des élections présidentielles au printemps 2022 et donc contribuer à la politisation du mouvement social au détriment de l'illusion électorale – principal garant de la stabilité de l'ordre social - comme les énormes taux d'abstention des élections régionales en profilaient la perspective, il a préféré prendre les devants pour tenter d'écraser et de soumettre dés aujourd'hui toute velléité de combat des classes populaires en les divisant autour de la question du vaccin.

Or, tout montre que son plan est en train d'échouer et qu'au lieu de soumettre les classes populaires, il ait contribué à les mobiliser encore plus.

Bien sûr, rien n'est encore joué, on ne connaît l'issue des combats qu'à leur fin, mais d'ores et déjà, il est de plus en plus clair maintenant que tout le monde doit participer à ces manifestations car elles ne touchent pas qu'au pass sanitaire et à l'obligation vaccinale mais à la société dans laquelle nous voulons vivre.

De nouveaux appels ont été lancé pour le prochain samedi, le 7 août, deux jours avant la date de l'entrée en vigueur du pass sanitaire dans les commerces, bars et restaurants. Il faut y participer, vaccinés ou non vaccinés, construire notre unité et appeler à y participer pour y être le plus nombreux possible.

NON AU PASS SANITAIRE

MACRON DÉMISSION

Jacques Chastaing

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