Le développement du sabotage en France (1897-1914)

" Le sabotage clairement désigné comme tel fait son apparition en France en 1897, lorsque la Confédération Générale du Travail, fondée deux ans plus tôt, l’adopte comme moyen d’action. Il sert à désigner des pratiques très diverses afin de nuire uniquement aux intérêts de l’employeur." D. Pinsolle

Du ralentissement au déraillement :

le développement du sabotage en France (1897-1914)  - Dominique Pinsolle

 

Si la pratique précède l’emploi du mot, le sabotage clairement désigné comme tel fait son apparition en France en 1897, lorsque la Confédération Générale du Travail, fondée deux ans plus tôt, l’adopte comme moyen d’action. Le terme « sabotage » , est alors nouveau. Il sert à désigner des pratiques très diverses, qui ont cependant comme point commun la dégradation volontaire et clandestine de la qualité du travail, du matériel ou de la production elle-même, afin de nuire uniquement aux intérêts de l’employeur. Il ne s’agit donc ni d’une simple résurgence des bris de machines qui ont émaillé les débuts de l’industrialisation en Europe, ni d’un dérivé de la vague terroriste qui vient de s’achever en France par une répression suffisamment importante pour disqualifier la « propagande par le fait » telle qu’elle était pratiquée jusque-là.

Difficilement saisissable, tant sur le plan de la définition que l’on peut en donner que des sources permettant de l’étudier, le sabotage a, sauf exceptions, peu attiré l’attention des historiens en tant que tel. Son caractère marginal l’a maintenu au rang d’épiphénomène presque négligeable resurgissant ponctuellement en cas de fortes tensions sociales. Le sabotage représente pourtant un mode d’action original et digne d’intérêt, qui se développe au cœur de la IIe Révolution industrielle. Au-delà des points de vue normatifs, il s’agit bien d’un instrument de lutte particulier, qui cristallise de manière disproportionnée les attentes de certains révolutionnaires et les craintes des autorités avant la Première Guerre mondiale, lorsque les projets de « sabotage de la mobilisation » semblent constituer un réel danger. D’où la nécessité de saisir la spécificité et l’importance de ce moyen d’action, en étudiant la manière dont il a été théorisé et mis en pratique depuis son adoption officielle par la CGT en 1897 jusqu’au déclenchement du premier conflit mondial.

En effet, au cours de cette période, le sabotage passe du rang de pratique marginale cantonnée au lieu de travail à celui d’instrument de lutte susceptible d’entraver la mobilisation, voire de paralyser le pays tout entier. Aussi, il est nécessaire de revenir sur l’émergence de ce mode d’action dont l’apparente simplicité et la potentielle dangerosité suscitent autant d’enthousiasme que de réprobation morale, jusqu’à ce que les projets de « sabotage de la mobilisation » s’évanouissent avec l’Union sacrée. Pourquoi, en effet, le sabotage devient-il si important pour une frange des révolutionnaires français et si dangereux aux yeux de l’État entre 1897 et 1914 ? Comment en vient-il à dépasser le cadre du lieu de production pour devenir une arme susceptible de paralyser le pays dans son ensemble ? Nous verrons que le sabotage reste une pratique marginale (bien que très discutée) jusqu’à la grève des postiers de 1909. Cet instrument de lutte acquiert alors une nouvelle dimension, avant d'être pleinement intégré aux plans antimilitaristes suite à la mobilisation des cheminots de 1910-1911.

 

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en complément : https://www.monde-diplomatique.fr/2019/12/PINSOLLE/61100

 

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