Masiero, une leçon de courage

Le geste de Masiero fait fleurir les polémiques. pourtant si ses détracteurs se concentrent sur une critique de la laideur, de la vulgarité et de l'indécence, je trouve au contraire, que ce geste met à nu une réalité : la laideur du système capitaliste.

La polémique autour du geste de Corinne Masiero est symptomatique de la vision étriquée de notre société arcboutée autour de la préservation du paradigme capitaliste.
La réaction de la ministre Bachelot sent la naphtaline de droite. La bouche pincée de dégoût, sa réaction outrée de bienpensance de cul béni et son souci outré de l'image de la France à l'étranger paraît bien ridicule et surtout parfaitement hypocrite.

Quel culot et quelle mauvaise foi d'utiliser cet argument alors que depuis la répression des gilets jaunes, la communauté internationale a mis la France en demeure d'abandonner les LBD et la répression policière contre sa population. Le discours gouvernemental sur la liberté d'expression et la défense des droits se heurte à la réalité d'une France qui régresse chaque année dans l'indice de la liberté de la presse et qui depuis début 2021, voit notre pays relégué officiellement au rang des démocraties défaillantes. Belle image !

Après, il y a les réactions de sexisme habillées sous l'objectivité des critiques esthétiques. En art, il n'y a pas de laideur, en politique non plus ! Si ce geste avait été fait par un homme, même vieux et bedonnant on aurait valorisé le courage. Ici, le débat est déplacé sur le physique pour éviter de mettre en avant l'acte politique, ce qui en dit en dit long sur l'impossibilité en France de tenir un discours différent de celui des dominants et long aussi sur le sexisme ambiant d'une classe politque mâle, blanche et réactionnaire. Ça leur va bien de manier la morale, à ces corrompus !

Surtout on ne parle pas de la détresse réelle et de la pauvreté croissante, ni du musèlement de plus en plus autoritaire des voix discordantes. L'heure est à la défense de l'action gouvernementale officielle : " La France est un pays de solidarité et de redistribution.... bla bla bla "

La réalité c'est que les situations des personnes sont très différentes. Idem en janvier 2019 après la crise des gilets jaunes. Les milliards de Macron et la soit-disant revalorisation de 100 euros pour les personnes à faible revenu s'est traduite grâce à un tour de passe-passe dans le calcul des APL par une baisse de 100 euros en moyenne du revenu de ces personnes. Mais ... on n'en a pas parlé. Officiellement elles ont gagné davantage !

Il y a donc la com d'un côté, c'est à dire en fait, la PROPAGANDE, et la réalité de l'autre. Mais les faits sont têtus : c'est ce qui rentre mais surtout ce qui reste à la fin du mois dans le porte-monnaie qui représente le baromètre exact des chiffres ...

La réalité en 2021, c'est que comme d'habitude, l'argent distribué si généreusement (plus de 500 milliards d'argent magique !) sert surtout aux très riches, aux entreprises qui licencient. La preuve ? Plusieurs études montrent que la crise a enrichi massivement les riches et appauvri les pauvres. Et on se demande pourquoi le gouvernement nous maintient ainsi en surveillance ? Si c'était pour notre santé, on aurait ouvert des lits d'hôpitaux, mais là on continue de les fermer. On aurait soigné les gens, mais là on interdit les médicaments. On aurait fermé les frontières, mais là non. On aurait fait confiance aux gens, mais là on les dénigre, on les surveille, on les rançonne. On voudrait faire fonctionner le pays ? On n'aurait pas dit qui est indispensable et qui ne l'est pas ...

On approche du noeud caché du problème : peu importe que certains aspects soient indispensables à la vie (comme les hôpitaux), pour le paradigme capitaliste, seul ce qui rapporte de l'argent doit être encouragé. Le reste doit disparaître et le covid permet d'exercer cette violence en toute impunité, grâce à un argument imparable : la décision sanitaire des experts renforcée par le discours de peur et de culpabilisation !

Masiero est un grain de sable dans cette communication huilée, déversée 24 heures sur 24 sur les chaînes TV, les radios, les journaux. Masiero c'est une épine dans le travail d'invisibilisation de la casse sociale, toutes ces manœuvres putassières mises en place depuis l'élection de Macron et accélérées par la crise covid.

Car, Masiero est avant tout une femme engagée, militante, une des rares dans le milieu artistique qui a soutenu et revendiqué être Gilet Jaune. Aujourd'hui comme hier, les ligues de vertus, celles-là même qui fabriquent les lois de pauvreté, crachent sur les pauvres et des député LR ont déposé plainte pour exhibition sexuelle. C'est risible lorsqu'on connaît les mœurs dépravées des puissants de ce monde. La justice est moins zélée pour Darmanin, Griveaux, Balkany, Sarkozy et consorts....

La triste vérité NUE que révèle cette histoire, c'est le retour des meutes de loups qui hurlent au scandale, à la vulgarité et à l'indécence, oubliant que si des actes comme celui-ci deviennent nécessaires, c'est qu'il ne reste plus aucun espace démocratique pour exprimer l'avis des millions de personnes qui rejettent profondément les mesures politiques et économiques prises par les gouvernements successifs qui ne vont que dans un sens : celui du néolibéralisme.

La crise du covid a montré que non seulement le gouvernement n'a rien fait pour soigner, ni pour protéger sa population, mais au contraire elle a été une merveilleuse aubaine pour LIQUIDER des pans entiers de l'économie NON RENTABLE, dont la culture, arroser les riches d'argent public, détruire les solidarités, diviser les gens et l'opinion, passer des lois liberticides.

Le happening de Masiero, c'est un acte qui dit STOP à cette politique de l'argent roi, stop à la politique de la sous-culture dans laquelle chacun est sommé d'être rentable ! Si Léonard De Vinci n'avait pas eu de mécène, aurait-il créé ce qu'il a créé ? 

La centralité de l'argent, de la valeur, de la réification humaine induite par le capitalisme rend toute chose vendable, échangeable, monnayable car réduite à l'état de marchandise ... est-ce que cette "utopie" qui règne depuis plus de 400 ans et qui détruit tout peut encore être défendue ??

Masiéro par son courage personnel (chose qui tend aussi à disparaitre, car tout le monde se veut responsable mais pas coupable, surtout nos dirigeants) montre la seule voie possible : celle de la révolte. L'esprit de la Commune, des pétroleuses honnies par les versaillais est plus que jamais d'actualité. Mettons ces clowns, ces escrocs, ces meurtriers dehors, faisons changer la peur de camp !

Masiero a dépassé sa peur ; elle nous montre la voie. Chapeau  !

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