La grande démission

Le covid a permis de mettre à jour l'absurdité du système dans lequel nous vivons. Aux USA, le phénomène a crée des démissions en cascade. En France, cela n'est pas le cas ou bien à la marge. Il n'est pas exclu qu'avec la précarité et le chômage engendrés, le mouvement s'amorce et accélère la décomposition du capitalisme.

Le Covid et « la grande démission »

Charles Reeve

paru dans lundimatin#304, le 13 septembre 2021

Depuis quelques mois, un étonnant phénomène social accompagne l’épidémie de Covid 19 aux États-Unis. Des centaines de milliers de salariés quittent leurs emplois, le chiffre dépassait, en avril 2021, les quatre millions et continue depuis d’augmenter à un rythme soutenu. On appelle désormais le phénomène : « La grande démission ». Au pays de la « libre entreprise » et de la « main invisible », les motivations ne sont pas faciles à cerner et son ampleur questionne. Charles Reeve essaye de creuser ici ce que peut signifier cette vague de démissions. Son introduction est suivie de la traduction d’un entretien réalisé par le site américain Hard Crackers avec une psychothérapeute ayant démissionné cet été.

Les défis que pose le travail salarié pendant une pandémie mondiale, s’ajoutent aux craintes et aux angoisses ressenties par les travailleurs ordinaires. Si beaucoup ont accepté de continuer à travailler avec très peu de protection, modifiant leur vie pour faire face à un virus mortel, certains ont décidé que ça suffisait comme ça ! Cet exode n’est d’ailleurs pas spécifique aux États-Unis. La tendance commence aussi à préoccuper les spécialistes du marché du travail de ce côté-ci de l’Atlantique, où, pourtant, le rapport capital travail est plus réglementé et offre encore un minimum de garanties et de protections, par ailleurs violemment attaquées au nom de la « gestion de la pandémie ».

Il est encore trop tôt pour mesurer et analyser, comprendre, les conséquences à long terme de la pandémie et des mesures politico-scientifiques qui accompagnent sa « gestion », sur le terrain de l’économie en particulier, sur le fonctionnement de la société et sur les mentalités.

Qu’est donc « la grande démission » ? Une addition multiple, massive, d’attitudes individuelles, liées les unes aux autres, engendrées par une situation commune. Expression d’un refus qui, s’il reste non collectif, possède une force de dérangement qui ne peut pas être ignorée, sous-estimée. Il s’agit, dans un premier temps, d’un moment de rupture, comme un arrêt sur image dans le film d’horreur où nous sommes des figurants. Un moment d’arrêt positif, qui implique, nécessairement, une réflexion sur soi, sur la place de l’individu social dans la machine. La reproduction du capitalisme continuant, cette rupture est vouée à l’impasse. Pour qu’une suite se profile, il faudrait qu’une réponse collective prenne forme, ouvrant la voie à un projet social de réorganisation du monde, vers une autre vie, vers un autre sens. Un inconnu à inventer. Nous n’en sommes pas là.

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