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Billet de blog 26 oct. 2021

La sortie du système : choisir entre Etre et Avoir

Pour l'immense majorité des gens le système capitaliste est un enfer et le maintien du système, comme toute dictature idéologique, repose sur des leviers puissants. Alors, comment sortir du capitalisme lorsque renoncer à son fonctionnement n'a rien d'un avenir radieux ?

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Qui ne rêve de sortir du capitalisme ? Il y a bien sûr les aveuglés et décérébrés par la TV, ceux qui sont parfaitement intégrés et ont foi dans le progrès économique ou la science et à qui on va vendre le dernier I Phone, l'eldorado de l'homme augmenté ou de la nourriture bio, ceux qui se considèrent comme de bons citoyens parce qu'ils vont voter et qu'ils achètent éthique.

Mais pour l'immense majorité des gens du pays (et d'ailleurs dans le monde) le système capitaliste est un enfer masqué. Un travail pénible pour un salaire qui permet de moins en moins de vivre décemment, des crédits pour payer la voiture nécessaire au travail et aux déplacements, l'épée de Damoclès face au moindre pépin de la vie qui vous met dans le rouge avec le spectre du chômage, du déclassement, de la pauvreté, de la rue.

Alors les gens grognent et manifestent mais n'ont toujours pas sorti les piques comme en 1789. Pourquoi ?

L'abrutissement des médias, le règne du politiquement correct et de la morale, l'infantilisation permanente nous ont persuadé que chaque fois que nous faisons quelque chose de façon indépendante, nous sommes des affreux méchants. Pire, ils nous ont persuadé que les élites qui dirigent le pays, suçant les richesses comme des vampires, sont à leur poste par la volonté du peuple et que le capitalisme avec sa poursuite infinie de croissance est un système transhistorique qui ne peut être remplacé par rien sinon le chaos.

La propagande de la caste pour maintenir ses privilèges est à son comble, car contrairement à l'après-guerre il ne reste plus rien à redistribuer pour calmer les foules ; au contraire, il s'agit de leur enlever littéralement le pain de la bouche.

Une colère juste gronde mais sans parvenir à déboucher réellement, car le maintien du système, comme de toute dictature idéologique, repose sur 3 axes très puissants : la propagande, la répression et la peur.

La propagande : à force d'avoir infantilisé les gens, de leur avoir enlevé toute forme d'initiative et d'autonomie, les gens sont devenus incapables de réagir, de prendre des initiatives voire de penser leur oppression. Cela arrange le système et rend la sortie de celui-ci plus difficile.

La répression : le système cherche à criminaliser toute pensée déviante. Tous les moyens sont bons pour justifier auprès de l'opinion publique ce qui est bien de ce qui est décrié comme monstrueux, inadmissible, et mérite une punition d'une extrême sévérité. Les lois sur les fake news est une caricature du genre qui permet de trier les populations : ceux qui adhèrent, les dociles, et les autres. Il est facile de taper sur les seconds en s'assurant d'être applaudis par les premiers. Le pass sanitaire en est une parfaite illustration.

 Se rappeler que dans l'Angleterre du début du capitalisme, pour inciter les gens à travailler dans les usines on les a privés de leur terre puis on a promulgué des lois anti-vagabondage et contre le vol, punis de peine de mort. Cela a bien fonctionné.

La peur : découlant des deux autres, la peur s'installe. Du coup, pour tenter de sortir du système il faut à la fois s'émanciper du discours ambiant, affronter le regard des autres, risquer la délation de ses pairs et en plus affronter l'appareil répressif de l'Etat. Cela fait beaucoup d'obstacles, d'autant qu'on a cassé les solidarités !

Alors les gens ont beau voir que la caste des puissants règne sans partage, s'affranchit des lois, bafoue tous les principes imposés dogmatiquement aux autres, vole le commun et méprise les gens, ils ne savent pas quoi faire : tout le système politique, judiciaire et institutionnel est mis au service des nuisibles.

C'est pourquoi malgré la violence et l'injustice du système, ce qui prédomine est souvent la peur. Peur de résister seul, peur de l'inconnu qu'implique le changement. Le monde est si complexe et mondialisé que toute action semble vaine, pourquoi résister ? A cela s'ajoute le besoin naturel de se sentir rassuré. Qu'il est confortable de déléguer sa vie à celui qui vous assure de vous mener à bon port.

Les gens voudraient que tout change mais que cela se fasse en douceur tout en conservant le meilleur de ce qu'offre le système : en somme, le beurre et l'argent du beurre. C'est impossible mais tellement tentant de le croire, tellement tentant de prendre enfin sa revanche sur la richesse spoliée, alimentée par les images de vies de rêves, les illusions de l'argent comme sésame vers un paradis sur terre.

Oui, mais sortir du capitalisme signifie renoncer à son fonctionnement, pas l'étendre à tous : douche froide !

Alors, comment prendre le risque, pourquoi le prendre lorsque l'inconnu de la liberté est plus effrayant que l'horreur des chaines ? C'est évidemment sur ce dilemme que repose la force apparente du système.

La violence est inéluctable mais elle ne garantit pas la sortie du système. Elle peut n'être qu'une barbarie capitaliste de plus : le combat généralisé de tous contre tous.

Pour sortir du système il faut refuser le pouvoir, recentrer les préoccupations autour des besoins humains, refuser le chacun pour soi, refuser la production pour elle-même ou pour le profit, cesser de compter et de rationaliser, cesser d'opposer les personnes entre elles ... il y a tant à faire.

Il va falloir y réfléchir ensemble. Entre illusion et chimère le chemin est étroit et c'est rarement le chemin le plus aisé qui apporte la réponse. Le nouveau paradigme ne nous promet pas des lendemains qui chantent mais de revenir vers une responsabilisation de nos vies, de nos choix, une autonomie dans la construction commune. Personne ne sait comment car le chemin de la liberté n'est pas rassurant et tout tracé, il est fait d'adaptation au réel au jour le jour. Peu se sentent capables de l'emprunter et personne ne sait où il nous mène. Et pourtant c'est sur cet espoir fou que C. Colomb a découvert le nouveau monde.

La promesse d'un avenir meilleur repose autant sur le courage que sur le rêve d'un monde plus juste et plus fraternel. Il n'est pas fait de promesses faciles et illusoires. Mais il nous réserve des trésors que nous avons oubliés à force d'être attirés par les miroitements futiles de l'argent : non plus avoir mais être, non plus posséder mais exister.  Se sentir vivre, se sentir utile, aimé, reconnu, libre et responsable, se sentir enfin vivant, créatif et partie prenante de la grande communauté humaine dans l'aventure de la Vie, voilà le nouveau défi.

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