Le Monde Libertaire Juin 2021 N°1829

Le Monde Libertaire de Juin 2021 N° 1829 vient de paraître. Ci dessous L'édito du compagnon Bernard, puis le lien du menu de la dernière une du Monde Libertaire et ensuite un article du ML papier ''Agnosticisme et athéisme'' de Jean Marc Raynaud. Bonne lecture Bon moi Juin !

Edito

« Occupe-toi de tes affaires ! »

 

Qui n’a jamais reçu cette remarque cinglante ?

Eh bien, justement, nous te proposons de t’occuper de tes affaires. Avec d’autres…

Regarde autour de toi : syndicats, associations, organisations, l’engagement ne fait plus recette.

Tous les jours est favorisé l’isolement. Cartes de crédit, ordinateurs et mobiles nous permettent d’organiser nos achats et démarches sans contact avec le moindre humain. Les services publics, notre bien commun, sont détricotés dans l’indifférence quasi générale.

Quelle réponse apportée ? Commencer par s’occuper de soi à la quête du « bien-être » ? Jean-Luc nous en parle. Il nous parle également d’un combat local… Alors s’engager localement dans un collectif de défense d’intérêts (au sens noble) locaux ? Lutter pour ne plus courber l’échine devant une loi décidée en notre nom ? Devant des actionnaires et des patrons qui profitent de notre travail ?

Se battre seul ? À éviter…

Se mettre en marge de cette société mortifère ? Rappelle-toi : quand tu es dans la marge tu restes dans le cahier. La marge, c’est cette bande étroite que te laissent les tenants de la page. On tolère tes annotations, tes remarques « révolutionnaires » à condition que tu ne franchisses pas la ligne qui te tient à l’écart de là où tout se joue.

Alors, occupons-nous de nos affaires, solidairement, sortons des marges.  

A lire pour avoir envie d’actions communes l’article sur les IWW. A lire pour comprendre que l’engagement est toujours possible, l’article sur des femmes en lutte dans le monde arabe.

A lire le témoignage d’une aide à domicile, membre du Collectif national et régional IDF de la force invisible des aides à domicile… Se battre seul ? À éviter…

 

Bonne lecture.

 

Bernard

Menu de la dernière Une du Monde Libertaire

Agnosticisme et athéisme

 

De prime abord, les agnostiques, qui estiment qu’il n’y a pas plus de preuves de l’existence de Dieu que de sa non existence, et, donc, n’excluent aucune de ces deux hypothèses, semblent gens de raison.

De prime abord, les athées, qui affirment que Dieu n’existe pas tout en clamant que s’il existait, il faudrait s’en débarrasser, semblent gens de déraison. Car, mais c’est bien sûr, à quoi bon vouloir se débarrasser de quelque chose qui n’existe pas ?

De prime abord, de prime abord… voir ?

 

L’agnosticisme ou le cache-sexe d’un déisme n’osant pas dire son nom

Les agnostiques, pour la plupart, sont parfaitement lucides sur les conséquences inéluctables de la croyance en Dieu, à savoir la religion, ses guerres et ses institutions totalitaires. Et c’est pourquoi, pour la plupart, ils sont résolument antireligieux et anticléricaux.

Forts de cela, ils se targuent de rationalité voire de démarche scientifique dont chacun sait qu’elle repose sur le doute, l’émission d’hypothèses et la méthode expérimentale. De ce point de vue, pour eux, l’existence ou la non existence de Dieu ne sont que des hypothèses et comme il n’y a à ce jour aucune preuve de l’existence ou de la non existence de Dieu, on ne peut en rester qu’aux hypothèses. Donc, au doute. Et dans le doute, on s’abstient. Imparable ! Sauf que…

Sauf que, s’il n’y a effectivement pas plus de preuves (sauf les pseudo-preuves et autres fake news des arnaques religieuses) de l’existence de Dieu que de sa non existence, il est de multiples indices laissant à penser que Dieu n’existe pas (la terre comme la vie n’existaient pas avant le Big Bang, la mort du soleil et de notre planète aura lieu un jour…), hormis comme invention humaine. Et en Cour d’assises, cela suffit à ne pas envoyer aux galères que des innocents.

Mais, pourquoi les agnostiques ont-ils à ce point une conception hors-sol de la raison et d’une démarche scientifique ? Pourquoi, ce faisant, tout en dénonçant les effets d’un phénomène, acceptent-ils d’en cautionner les causes ?

Le seul fait d’envisager l’hypothèse de l’existence de Dieu implique que l’on croit plus ou moins en l’existence de Dieu. Et croire plus ou moins en l’existence de Dieu, c’est, qu’on le veuille ou non, croire en Dieu. Oh, certes, j’ose l’espérer, ce Dieu, pour eux, n’est pas celui des religions. Ce serait… ? En fait, on ne sait pas vraiment qui il pourrait être. Une espèce de grand Architecte de l’univers ? Un esprit pur ? Un petit homme vert ?... Mais ce qui est certain c’est qu’il existe, car sinon, comment expliquer l’univers, la vie… ? On appelle cela le déisme dont la définition est : « position philosophique de ceux qui admettent l’existence d’une divinité sans accepter de religion révélée ni de dogme ».

Mais pourquoi, quand on se veut rationnel et progressiste (dès lors que l’on dénonce un Dieu inventé par les hommes et les religions qui ont fait leur nid dans cette mythification, on est progressiste), pourquoi avoir besoin de se raccrocher à l’idée même de Dieu ?

Ce n’est pas la moitié d’une bonne question.

 

Athéisme et croyance… en l’homme

Les athées sont des gens comme les autres. Ils ont peur de la mort et recherchent un sens à la vie. Mais…

Les humains sont les seules bestioles qui pensent au-delà du ressenti, et, surtout, qui se pensent. Et, se pensant, il leur est très difficile de se penser ne plus pensant, c’est-à-dire mort. Et c’est cette angoisse de la mort qui les fait se raccrocher à ce fol espoir d’une vie éternelle dans l’au-delà d’où, pourtant, personne n’est jamais revenu. Et, donc, à l’idée de Dieu, à la mode des arnaques religieuses ou à la mode éthérée du déisme.

Les humains sont également les seules bestioles qui se posent la question du sens de leur vie et de la vie. Vivre, c’est quoi ? Pourquoi ? Et d’où vient-on et où va-t-on ? Ce n’est pas possible que la vie soit une simple entre-parenthèses entre le néant et le néant. On doit bien venir de quelque part et aller quelque part. Il doit bien y avoir un début à tout cela. Et qui est au début de ce début ? À part Dieu ?

Les athées, bien qu’ayant peur de la mort et recherchant un sens à la vie, réfutent cependant l’hypothèse Dieu. Pourquoi ?

Comme tous les humains, les athées ont peur de la mort. De leur mort. Mais, peur ou pas, cékomça. Et, comme tous les humains, ils recherchent un sens à leur vie et à la vie. Un sens à la vie ? ils aimeraient bien qu’il y en ait un, mais ils n’en trouvent pas et n’éprouvent pas, pour autant, le besoin d’en inventer un. Tout simplement, ils n'ont pas de réponse à la question. Ils savent juste qu’ils ne savent pas. Certains d’entre eux attendent d’en savoir plus, d’autres se disent qu’en attendant d’en savoir plus, si tant est qu’il y ait une réponse à la question, autant s’attacher à mettre du sens dans notre vie. Ça ne mange pas de pain. Et, concrètement, ça change tout. Mais qu’est-ce que mettre du sens dans notre vie ? Peut-être y mettre simplement du bon sens ?

Pour l’heure, on ne sait pas d’où on vient, où on va, s’il y a eu un début et s’il y aura une fin. Mais on sait qu’on est là. Qu’on n’a pas toujours été là et qu’on ne sera pas toujours là. Donc, profitons simplement de l’instant. Et, profiter de l’instant, ça signifie quoi ? Eh bé, tout bêtement de profiter de la vie, d’essayer d’être le plus heureux possible, et, comme on vit en société, d’essayer d’être le plus heureux possible avec ceux qui nous entourent, étant entendu que le bonheur des uns étend celui des autres à l’infini. Mais c’est quoi le bonheur et être heureux ? En tout cas ce n’est pas faire du mal aux autres en les exploitant ou en les opprimant. Pas davantage accumuler des biens ou des sous plus que de besoin. Encore moins, se faire la guerre sous des prétextes dérisoires de race ou de civilisation soi-disant supérieures. Et quant à croire qu’on pourra continuer impunément à croître dans un univers fini et dilapider le capital de la nature au mépris de sa capacité à se renouveler, il faut vraiment être fou à lier.

Bref, les athées, malgré leur peur de la mort et leur recherche d’un sens à la vie, ont fait le choix de donner un sens de bon sens à leur vie. Et, dans cette optique, combattre pour la liberté, l’égalité, la libre fédération d’associations coopératives de toutes sortes… c’est la cerise sur le gâteau.

Et pas besoin de Dieu ou de l’hypothèse Dieu pour cela. De celui des religions dont on connaît les effets, comme de celui, inutile, du déisme.

Et, on l’aura compris, quand les athées nient l’existence de Dieu tout en affirmant que s’il existait il faudrait s’en débarrasser cela signifie tout simplement que Dieu, qu’il existe ou non, sera toujours l’ennemi de l’homme. Bakounine l’avait déjà compris quand il disait : « Si Dieu est, l’homme est esclave ; or l’homme peut, doit être libre, donc, Dieu n’existe pas. »

 

En clair, plutôt que de croire en une hypothèse, mieux vaut croire en ce qui est, en l’occurrence, l’être humain, ici et maintenant.

 

Jean-Marc Raynaud

Bakounine Bakounine

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