Le Monde Libertaire Novembre 2020 N°1822

Le Numéro de Novembre 2020 du Monde Libertaire est disponible. Bonne lecture du blog.

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 Edito

 

Ce mois-ci, dans le dossier thématique, on vous parle de l’ajustice.

L’ajustice, avec un petit « a ».

L’ajustice, kézako ?

L’ajustice, c’est comme l’anarchie, mais en moins bien.

En fait non, ça n’a rien à voir. Le seul point commun entre les deux mots, c’est un petit « a » que messieurs les grammairiens et mesdames les grammairiennes intitulent avec solennité « privatif ». Là où l’anarchie annonce une société où l’organisation sans le pouvoir prévaut, l’ajustice dépose platement sur le tapis le constat d’une société privée de justice. Déjà, la justice, on aimait pas bien ça : justice bourgeoise, justice de classe… Mais à présent, c’est un peu comme si on n’allait même plus se donner de point de repère. Une société sans justice du tout, l’ajustice. Avec pour seul dessein l’exercice féroce de la domination, par l’intermédiaire du bras armé de l’État, détenteur de la violence légitime. Pour rappel, la violence légitime de l’État n’est ni un droit, ni une fatalité. C’est un choix politique, celui de la répression. C’est à cela que nous autres, anarchistes, continuons d’opposer le projet d’une société fraternelle et sororelle, qui n’évite ni le conflit ni le dissensus mais qui cherche leur résolution sans le recours à la violence, sans domination de classe.

 

Retrouvez également nos rubriques : Terrains de luttes, Histoire, où vous avez rendez-vous avec Chico Rei et Élisée Reclus, ainsi qu’un anniversaire en images, celui des deux bougies du mouvement des Gilets Jaunes. Passe-ports franchit les frontières, vers le Pays Basque, l’Espagne, le Chili… Et des Réflexions, et des Recensions.

 

L’équipe du comité de rédaction continue d’apprendre de ses erreurs. On ressent le soutien de nos compagnons et compagnonnes, qui nous porte, et on essaye de tirer le meilleur des critiques qui nous sont adressées. On ne cherche pas la perfection. Serait-ce donc le chemin qui nous mène vers… l’aperfection ?

 

Christophe.

 

Virucide

Ce mot du siècle dernier, du latin « virus » (poison) auquel est accolé le suffixe « cide » (qui tue), retrouve une nouvelle jeunesse avec la COVID-19. En effet, on en retrouve des occurrences, dans la langue française, dès les années 1970, en particulier dans la littérature médicale.

C’est le cas, par exemple, d’un article portant sur la désinfection des eaux résiduaires : « Nous devons poursuivre nos essais de traitement d’effluents primaires, l’étude de l’action virucide devant faire l’objet d’une publication ultérieure par le Dr Jacques Maurin » (Bulletin de l’Académie nationale de médecine, novembre 1975).

Une dizaine d’années plus tard, ce mot bénéficie d’une nouvelle médiatisation, notamment avec Pierre Langlois, inventeur du tampon Pharmatex : « En tant que simple gynécologue, j’étais persuadé de l’action non seulement spermicide mais également bactéricide et virucide de mon tampon » au chlorure de benzalkonium (Le Monde, 13 janvier 1987).

Avec la pandémie de SIDA, on associera désormais ce terme aux techniques de prévention, notamment celles destinées aux femmes (Journal des anthropologues, 1997), avant que l’émergence du virus de la grippe A (H1N1) au Mexique, à la fin des années 2000, ne fasse apparaître dans les revues des expressions d’une troublante familiarité : « La désinfection des mains était réalisée avec un gel hydro-alcoolique virucide » (Santé publique, 2011).

Sans entrer dans le débat consistant à considérer (ou non) le virus comme un « être vivant » (Sciences et avenir, 31 mars 2017) – pouvant donc être tué, ce qui soulignerait le caractère impropre du terme « virucide » (Le Journal des femmes, 29 octobre 2014) – on pourrait plutôt se demander pourquoi son cousin « virocide » a la préférence du Robert.

Toujours est-il que ce mot rime étrangement avec d’autres catastrophes humaines, surtout chez ceux dont la conscience historique est interpellée chaque fois que les tenants du pouvoir décrètent état d’urgence, couvre-feu et autres confinements, en disséminant la peur (de la maladie, de la contagion, puis de la mort) sur un ton faussement paternaliste.

L’appauvrissement de pans entiers de la population laborieuse, l’incertitude qui frappe un nombre grandissant d’individus, en particulier les jeunes, la stigmatisation de personnes déjà précarisées ne risquent-elles pas, en fin de compte, de nous conduire à un sociocide masqué qui dégagerait une forte odeur d’alcool ?

Nedjib SIDI MOUSSA

 

https://monde-libertaire.net/index.php?articlen=5199

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