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Julien Baker, Phoebe Bridgers et Lucy Dacus, malgré leurs carrières respectives déjà promises aux cieux, ont formé ce groupe par admiration réciproque et sororité, mais aussi en réponse à ceux qui les ont souvent comparées entre elles car considérées comme « filles à guitares », qui n’est pas un genre musical en soi, comme elles aiment le rappeler.
Leur premier éponyme EP sorti en 2018, illustré avec une pochette en clin d’œil au groupe Crosby, Stills, Nash and Young, fut volontairement conçu avec pratiquement que des femmes. Salué par la critique et le public, cet EP est un sans-faute exécuté en six morceaux, avec des moments de grâce tels que Souvenirs, Bite the hand et le puissant Stay Down. The Record, sorti en 2023, prolonge l’aventure avec un album très hétérogène, en raison de la touche affirmée de chacune des trois compositrices. Whitout and whitout Them, le morceau d’ouverture chanté a cappella dans un style bluegrass, brouille les pistes mais installe cet équilibre entre elles par l’harmonie entre leurs voix.
Tropisme rock oblige, les lampes chauffent sous l’impulsion de Julien Baker, avec les titres $20 ou Satanist, moments forts du disque. Les titres folks à faire dresser les poils sont bien là et on a souvent envie de claquer son PEL pour un van pourri et vivre au Canada à l’écoute de Cool about it ou Leonard Cohen. Album riche et varié, même si certains morceaux trop calibrés peuvent rebuter les puristes abonnés à Gonzai mais ajoutent une touche de guilty pleasure pas déplaisante. Face B à faire pâlir des faces A, l’EP The Rest, sorti peu de mois après, prolonge ce disque et laisse entrevoir des routes plus chaloupées et électroniques à l’écoute de petits bijoux comme Black Hole ou Power.
The Record, de Boygenius (Matador Records), 2023
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