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Billet de blog 4 juin 2011

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La dictature de l'immédiateté (1)

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(Article rédigé par Samuel BON )

Stéphen Kerckhove, plus connu pour le combat qu’il mène sans relâche contre les dangers des téléphones portables, livre, dans un court essai, de très intéressantes réflexions sur le temps.

Qualifié d’ « agité du bocal » par Nicolas Sarkozy, en octobre 2008, le délégué général de l’association « Agir pour l’environnement » (2) est parfois pris pour un de ces activistes, comme il en existe tant : provocateur et sans épaisseur. Qu’on ne s’y trompe pas toutefois : Kerckhove pense aussi, plutôt vite et plutôt bien. Pour s’en convaincre, il suffit de lire l’ouvrage qu’il a publié en janvier dernier (3), chez une maison d’éditions peu connue, au catalogue pourtant fort intéressant (4).

De quoi est-il question dans cet essai, agréable à lire ? D’une idéologie, le « présentialisme », qui, faisant fi de toute durée, contribue à instaurer une véritable « dictature de l’immédiateté ». D’un monde où, progressivement, l’homme moderne se mue en un être replié sur sa « bulle privative », « alternant surtension et dépression », et qui, en « refusant de s’inscrire dans le temps et la durée », est sur le point de refuser de faire société. Notre monde. Celui de nos sociétés pressées. Compressées. Où tout cela conduit-il Kerckhove ? A penser que si rien n’est fait pour enrayer le processus désormais à l’œuvre, nous courrons, sans même nous en rendre seulement compte, à une inéluctable perte. Bref, à tirer des conclusions qui, sans doute, telles que formulées, peuvent laisser perplexes maints lecteurs.

Cela étant dit, on aurait très certainement tort de ne pas suivre Kerckhove dans nombre de ses développements, par exemple ceux consacrés à l’automobile (ch.8), au totalitarisme de la transparence (ch. 6) et au « bougisme » (ch.4). On aurait tort parce qu’on comprend assurément mieux, une fois le livre refermé, l’urgente nécessité qu’il y aurait à méditer cette maxime attribuée à Talleyrand, selon laquelle « on perd bien du temps à n’avoir pas le temps ».

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SAMUEL BON

* Texte paru sur Le Soupirail . Pour que l'auteur puisse y répondre, les commentaires ne sont ouverts que sur ce blog.

(1) Article initialement paru dans RDR, n°6, octobre 2010, p 5

(2) http://www.agirpourlenvironnement.org/

(3) Stéphen KERCKHOVE, La dictature de l’immédiateté. Sortir du présentialisme, Editions Yves Michel, 2010, 132 p, 12 €.

(4) http://www.yvesmichel.org/

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