Léane Alestra
Podcasteuse et autrice, créatrice de Mécréantes
Abonné·e de Mediapart

17 Billets

0 Édition

Billet de blog 19 sept. 2022

Léane Alestra
Podcasteuse et autrice, créatrice de Mécréantes
Abonné·e de Mediapart

Le mouvement social des Iraniennes instrumentalisé par la droite française

La droite française, loue (à juste titre) le courage des Iraniennes sans même comprendre que le mouvement en cours dénonce à la fois le racisme d’Etat, les inégales répartissions des richesses dans le cadre de l’inflation, les violences policières et patriarcales. Bref, un programme « wokiste » que cette même droite n’hésite pas à réprimer chez elle.

Léane Alestra
Podcasteuse et autrice, créatrice de Mécréantes
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Une nouvelle fois, la droite et l'extrême droite française dépolitisent et instrumentalisent les luttes des femmes à des fins sexistes et racistes. Depuis plusieurs mois, le régime iranien en place durcit sa répression avec une hausse constante des condamnations à mort. Cette répression grandissante est une réponse aux mouvements sociaux provoqués notamment par l’inflation qui accable le pays.

Depuis 2018, l’Iran subit des sanctions économiques de la part des USA et la crise touche le plus populations les plus pauvres du pays. Pour ne rien arranger, en mai dernier, le prix de l’huile et de la farine ont explosés suite à la guerre en Ukraine. En effet l’Ukraine, surnommée « le grenier de l’Europe », représentait jusqu’alors presque un tiers des apports en blé en Iran. Aujourd’hui plus d’un tiers des Iraniennes et Iraniens vivent sous le seuil de pauvreté et de nombreuses personnes ont des difficultés pour accéder à l’eau potable.

Les vagues de mobilisations s’accélèrent donc en Iran depuis 2018. Afin d'endiguer la contestation, le régime iranien en place depuis août 2021, (toujours sous l’autorité de Ali Khamenei) se durcit. Le rapport de Iran Human Rights (IHR) publié en 2021 fait état d’une augmentation de +25 % des condamnations à mort couplées d’un nombre croissant de femmes iraniennes exécutées.

Dans ce pays, deuxième au monde en termes de mise à mort derrière la Chine, deux militantes pour les droits LGBT+ lesbiennes ont été condamnées à mort début septembre. Le 17 septembre Mahsa Amini, âgée de 22 ans, est arrêtée avec plusieurs autres femmes par la police des mœurs chargée d’appliquer les règles vestimentaires strictes pour les femmes, dont l’obligation de se couvrir les cheveux avec un foulard. Elle décède au commissariat dans des circonstances floues. D’après les autorités elle aurait été victime d’un arrêt cardiaque, mais le frère de la victime qui entend porter plainte est formel : « Son visage était enflé et ses jambes pleines d’hématomes ». 

Cet épisode a déclenché la colère d’une partie des femmes iraniennes qui défilent dès lors dans les rues pour réclamer le départ du dictateur. En signe de protestation de nombreuses Iraniennes se rasent la tête, brûlent ou brandissent le foulard qu’elles sont obligées de porter. Elles ont depuis été rejointes par les étudiantEs de l’université de Téhéran. En avril dernier, déjà, les étudiantEs de Téhéran dénonçaient une nouvelle série de règlements visant à restreindre les libertés des étudiantes. Cependant les violences patriarcales ne sont pas les seules violences dénoncées dans ce mouvement survenant après la mort de Mahsa Amini. En effet la jeune femme était kurde, une communauté réprimée par les autorités et accusée entre autres de séparatisme. 

Dans L’Orient-Le Jour, Clara Hage souligne que certains internautes dressent le parallèle entre le destin de Masha Amini et celui de George Floyd. Mahmoud Sadegui, avocat et ancien membre du Parlement iranien a par exemple tweeté : « Qu’a à dire le guide suprême sur le traitement de la police iranienne envers Mahsa Amini, lui qui a légitimement dénoncé la police américaine dans l’affaire George Floyd ? ».

En France, en réponse à la mobilisation à la fois sociale et sociétale touchant l’Iran, l’extrême droite et la droite ont sauté sur la funeste occasion de détourner le combat crucial et périlleux des Iraniennes quitte à le vider de son sens. L'objectif ? Stigmatiser encore davantage les femmes de confession musulmane vivant sur le territoire français.

Sur Sud Radio Jean-Jacques Bourdin donne la parole à un auditeur arguant qu’en France aussi nous aurions une police religieuse assurée par les pères et les frères de confession musulmane. L'auditeur va jusqu'à regretter « la disparition des beurettes, si jolies qui avaient des cheveux longs et avec qui ont pouvait sortir ». Sur Twitter l’auteur Eric Naulleau s’empresse de commenter : « C’est sans doute par pudeur que nos féministes françaises les plus médiatiques n’expriment pas leur solidarité avec ces héroïques femmes iraniennes. Un peu de courage, mesdames, surmontez votre timidité ! ». Ce tweet dont la condescendance sexiste est évidente fut largement repartagé par les militants d’Eric Zemmour, de Florian Philippot, mais également par des figures politiques de droite comme Valérie Boyer.

La dessinatrice de presse Coco, de la rédaction de Charlie Hebdo, a pour sa part réalisé une illustration mettant en scène deux femmes. La première, Iranienne lance « Je suis iranienne et je risque ma vie pour enlever le voile », la deuxième femme lui répond tranquillement « Je suis française et je te pisse à la raie ! ».

Une nouvelle fois, les mouvements politiques et sociaux portés par les femmes, ici les iraniennes, sont commentés de manière extrêmement réductrice. Ainsi, un mouvement contestataire iranien dénonçant entre autres le racisme d’État dont sont victimes les communautés kurdes servent en France à justifier la monté des répressions contres les communautés musulmanes elles aussi accusées de séparatisme…

De plus, au travers de ces commentaires, les femmes sont une nouvelle fois opposées entre elles. Les femmes musulmanes et les féministes sont jugées complices des violences que subissent les iraniennes, rendant d’une certaine manière les féministes occidentales coupables des violences patriarcales qu’elles dénoncent. Il est d'ailleurs intéressant de constater qu'étrangement, les françaises choisissant de se marier ne sont pour leur part jamais accusées de faire la promotion des mariages forcés. À ma grande surprise je n'ai jamais vu quiconque commenter sous une photo de mariage :  « En France les femmes se marient alors qu'une fille sur 5 est mariée de force avant ses 18 ans. À travers le monde, 650 millions de femmes vivent aujourd'hui en ayant été mariées pendant leur enfance.». 

Quoi qu'il en soit il est intéressant de noter combien la droite, loue (à juste titre) le courage des Iraniennes sans même comprendre que le mouvement en cours dénonce à la fois le racisme d’état, les inégales répartitions des richesses dans le cadre de l’inflation, les violences policières et patriarcales… Bref, un programme que cette même droite française trouve bien trop « woke » et n’hésite pas à réprimer chez elle. Encore, une fois, restons concentréEs.

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

Les articles les plus lus
Journal — Élections italiennes : après Draghi, l’extrême droite
Journal — Qatar : le Mondial de la honte
Journal — Élections italiennes : après Draghi, l’extrême droite
Recommandés par nos abonné·es

À la Une de Mediapart

Journal — Europe
Comment dire « non au fascisme » est devenu inaudible en Italie
La victoire du post-fascisme n’a surpris personne en Italie, où l’extrême droite s'est installée dans le paysage politique et médiatique depuis des décennies. Le « centre-gauche », impuissant et sans repères, porte une lourde responsabilité dans cette banalisation. Aujourd’hui, seules quelques rares organisations de jeunesse tentent de bousculer l’atonie générale qui s’est emparée de la péninsule.
par Ellen Salvi
Journal — Corruption
Qatar-Sarkozy : les nouvelles liaisons dangereuses
Un rapport de la police anticorruption montre que Nicolas Sarkozy aurait fait financer a posteriori par le Qatar, en 2011, des prestations de communication réalisées par le publicitaire François de La Brosse pour sa campagne électorale de 2007, puis pour l’Élysée. Aucune d’entre elles n’avait été facturée.
par Fabrice Arfi et Yann Philippin
Journal — Justice
Ce double condamné que Macron envoie représenter la France
À la demande d’Emmanuel Macron, Nicolas Sarkozy a représenté la France, mardi 27 septembre, aux obsèques de l’ancien premier ministre japonais. Le fait que Nicolas Sarkozy ait été condamné deux fois par la justice, notamment pour « corruption », et soit lourdement mis en examen dans l’affaire libyenne, notamment pour « association de malfaiteurs », ne change rien pour l’Élysée.
par Fabrice Arfi et Ilyes Ramdani
Journal
Crise de l’énergie : sans « compensation » de l’État, le scolaire et l’université en surchauffe
Pour affronter la flambée des prix de l’énergie dans tout le bâti scolaire et les établissements d’enseignement supérieur, collectivités et présidents d’université s’arrachent les cheveux. Le projet de loi de finances 2023 est cependant bien peu disert sur de possibles compensations de l’État et écarte l’hypothèse d’un bouclier tarifaire. En réponse, économies, bricolage ou carrément fermeture des établissements d’éducation.
par Mathilde Goanec

La sélection du Club

Billet de blog
Italie, les résultats des élections : triomphe de la droite néofasciste
Une élection marquée par une forte abstention : Le néofasciste FDI-Meloni rafle le gros de l’électorat de Salvini et de Berlusconi pour une large majorité parlementaire des droites. Il est Probable que les droites auront du mal à gouverner, nous pourrions alors avoir une coalition droites et ex-gauche. Analyse des résultats.
par salvatore palidda
Billet de blog
Italie : il était une fois l’antifascisme
On peut tergiverser sur le sens de la victoire des Fratelli d'Italia. Entre la revendication d'un héritage fasciste et les propos qui se veulent rassurants sur l'avenir de la démocratie, une page se tourne. La constitution italienne basée sur l'antifascisme est de fait remise en cause.
par Hugues Le Paige
Billet de blog
Interroger le résultat des législatives italiennes à travers le regard d'auteur·rices
À quelques jours du centenaire de l'arrivée au pouvoir de Mussolini, Giorgia Meloni arrive aux portes de la présidence du Conseil italien. Parfois l'Histoire à de drôles de manières de se rappeler à nous... Nous vous proposons une plongée dans la société italienne et son rapport conflictuel au fascisme en trois films, dont Grano Amaro, un film soutenu par Tënk et Médiapart.
par Tënk
Billet de blog
Trop c’est trop
À tous ceux qui s’étonnent de la montée de l’extrême droite en Europe, il faudrait peut-être rappeler qu’elle ne descend pas du ciel.
par Michel Koutouzis