"Les Diaboliques" montrent leurs vrais visages

Quand les femmes bousculent le Monde du Cinéma,les Dominants montrent leur vrai visage tout en jouant une comédie dramatique..

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Dans les années 50-60, une génération de cinéastes, de critiques de cinéma, d'étudiants, de féministes et d’aficionados dénonçait le cinéma "bourgeois". Ils dénonçaient alors les "grandes gueules" et le machisme, le structuralisme était l'arme des critiques. Ces critiques et ces faiseurs de films voyaient dans ces "grandes gueules", dans ce machisme et dans la virilité des mots, des personnes qui pouvaient facilement basculer vers la droite, vers le boulangisme ou vers la dénonciation de bouc-émissaires. Ils y voyaient une perception bourgeoise du peuple.

40 ans plus tard, nous nous retrouvons au même point, une nouvelle génération de femmes critique le monde du cinéma comme cela était le cas déjà dans les années 60. Le cinéma se faisait miroir de l'époque et donnait la parole aux femmes. Qu'en est-il aujourd'hui ? Le cinéma ne se fait plus "miroir de l'époque", en revanche, le Monde du Cinéma, au sens où nous l'entendons chez les sociologues, c'est-à-dire tous ceux qui contribuent à la fabrication des films, tous ceux qui constituent, comme on le dirait dans une tradition plus française, le "champ cinématographique", est à l'image de notre époque (à quelques exceptions notables près) : a-critique, masculin et... très bourgeois !

Il est temps qu'une "Nouvelle Vague" progressiste, utopiste, critique, écologiste, féministe, social, solidaire, révolutionnaire émerge, si toutefois cela est possible. Mais aujourd'hui, cette "Nouvelle Vague" ne peut pas se constituer à l'intérieur d'un système hermétiquement clôt, mais devrait se construire "à côté de", "en dehors de", le combat est encore plus rude pour exister que dans les années 60 (les cinéastes bénéficiaient alors d'une liberté qui provenait aussi d'un rapport de classe favorable) pour trouver la liberté de fabriquer un reflet critique du monde. Comme il y a eu le Rock Alternatif dans les années 80, nous aurions besoin d'un "Cinéma Alternatif". Mais il est plus compliqué de réunir une équipe pour fabriquer un film que de se réunir à 4 dans un garage pour faire du rock.

Aujourd'hui, la plupart de ceux qui dominent le Monde du Cinéma s'expriment depuis leurs quartiers embourgeoisés parisiens, leur vision du monde est tronquée par leurs habitudes bourgeoises. En France, les dominants du cinéma ne vivent pas en communauté dans la banlieue de Los Angeles, mais ça revient au même, ils forment une communauté aux valeurs communes. Il faudrait une véritable révolution culturelle pour envisager de retrouver au cinéma l'image du monde. On pourra toujours citer quelques "pépites" (actuellement, les émissaires du Monde du Cinéma aiment citer "Les Misérables", l'exception qui sert d'alibi), quelques films en marge qui parlent de notre monde avec discernement et sens critique, mais nous sommes bien loin d'une armée des douze singes, d'une initiative d'éducation populaire chez les ouvriers de la Rhodia, ou de films qui reflèteraient la perversité et l'écrasante outrecuidance de la bourgeoisie. Et je passe toute cette production de comédies soi-disant populaires qui permettent, dit-on dans le Monde du Cinéma, de "financer les vrais films", le "cinéma d'auteur". Nous passerons aussi sur toutes ces productions "téléfilm" où le cinéma est bafoué dans sa dimension référentielle au cinéma lui-même, téléfilm plat et lisse.

Manquer de respect pour ces Comédies serait manquer de respect pour le "peuple". La pratique de l'inversion symbolique est la caution même du cynisme et du populisme : se moquer du peuple tout en affirmant être son reflet bienveillant. La "bienveillance" est comme la confession du Dimanche, elle donne bonne conscience aux salauds.

Que les femmes continuent à bousculer le Monde du Cinéma, les langues se délient et "Les Diaboliques" montrent leurs vrais visages. Merci à vous toutes !

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