Re-habiliter Marx

Propagande de droite, féminisme bourgeois, mouvement identitaire, racisme, écologie BCBG... De nombreuses mouvances idéologiques actuelles agissent comme si les dominants souhaitaient achever tout ce qui se rapprocherait de loin ou de près de la critique marxiste.

Marx a incarné pendant tout le XXe siècle la pensée critique. Les mouvements féministes des années 60-70 se mélangeaient à une critique marxiste du Capital. Le système capitaliste était alors perçu comme une évanescence du patriarcat dominant désigné alors comme le cœur même de toutes les inégalités et violences sociales. Le racisme était aussi perçu comme un succédané de la pensée bourgeoise. Les bourgeois étaient alors accusés de diviser pour mieux régner, de justifier la domination du Capital par l'essence naturelle de la domination bourgeoise, d'apparenter le prolétariat aux sauvages, de justifier le colonialisme par l'essence supérieure de la société capitaliste. La destruction de la nature était alors perçue comme un effet majeur du Capital et les militants désignaient alors les bourgeois comme les premiers malfaiteurs contre l'environnement "Après nous, le déluge". Les mouvements nationalistes et identitaires étaient perçus comme des manipulations bourgeoises pour détourner l'attention des questions sociales et environnementales vers des questions identitaires quitte même à instrumentaliser ces questions identitaires pour développer les réseaux du Capital.

Devrait-on s'étendre encore longtemps sur la force du mouvement marxiste qui a tant fait craindre à la bourgeoisie de perdre ses privilèges au profit d'un nouvel ordre social populaire. Les bourgeois en sont venus à soutenir et financer les régimes autoritaires et fascistes pour  s'opposer à la montée de mouvement contestataire, ils n'ont eu cesse d'assiéger et de corrompre toutes les tentatives alternatives, peu importe les conséquences à long terme soit-elle même fatale pour toute l'humanité. Marx avait apporté une critique radicale du Capital, il fallait donc tuer ce que les bourgeois entrevoyaient comme la principale menace contre leurs intérêts de classe. Il fallait en finir définitivement avec la lutte des classes. Ils se sont donc méthodiquement appropriés le champ médiatique pour promouvoir ce que l'on appelait à une autre époque la "pensée unique".

Tant et si bien qu'aujourd'hui la contestation se construit sur des fantasmes et des idéologies qui ne sont plus que des déclinaisons de cette pensée unique : délires de la conspiration, racisme, identité nationale, féminisme anti-social, écologie des cadres supérieurs (les ingénieurs)...

Il est temps de retrouver une critique radicale et de déclarer à nouveau la guerre au Capital si l'on ne veut pas que tout se termine dans une guerre entre les peuples. Aux efforts constants de la bourgeoisie pour détourner l'attention des vraies questions sociales et écologiques, nous avons besoin de répondre par une nouvelle lutte des classes en prenant en compte l'affaiblissement voire la disparition de la classe ouvrière. Trouver les moyens de re-construire les solidarités devrait être une obsession constante de toutes et tous ceux (celles) qui veulent une transformation radicale de la société. L'enjeu est lourd puisqu'il s'agit de sauver la vie. Re-habiliter Marx est l'une des étapes nécessaires à la définition d'une nouvelle lutte de classe.

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