Chômage, précarités et coronavirus : une triplette mortelle

Les chômeurs et les précaires risquent de se retrouver dans des situations dramatiques pendant et après la crise. Demander une prolongation des droits des chômeurs devrait être l'une des priorités des syndicats des salariés entre autres revendications ultimes pour... sauver des vies !

Il faudra quand tout ça sera fini compter les "morts sociaux". Je suis morbide, mais la situation de chômage peut entrainer une grande dépression, c'est un fait connu. Et le confinement, surtout si la personne est isolée, peut carrément entrainer des comportements suicidaires. Aussi, il n'y a absolument rien de rassurant. Quant à Pole Emploi, nous pouvons craindre les décisions hâtives pour des personnes qui désemparées par l'épidémie auront passé un mois sans répondre à aucune offre.

La logique voudrait que tous les chômeurs gagnent l'équivalent de la durée de la crise épidémique en temps d'indemnités chômages car dans les conditions actuelles, il est normalement impossible de se rendre à un entretien dans des conditions sanitaires correctes, surtout s'il est éloigné et encore plus si la personne ne dispose pas de véhicule. L'employeur et le salarié ont besoin de se rencontrer "en vrai" pour juger l'un de l'autre, et vice versa. Même en ces temps de chômage, il est normal que le salarié puisse ressentir s'il sera bien ou pas dans un emploi et pour ça la vidéo-conférence ne suffit pas. Bref, tout  justifie actuellement d'étendre les droits des chômeurs. D'autre part, je ne peux pas le vérifier, mais je suppose que dans beaucoup de secteurs, la "création de postes" est en suspend. Moi-même j'ai postulé pour un emploi, j'ai été à l'entretien (alors que je n'aurais pas du, j'ai pris énormément de risques pour y aller), et enfin, je sais que pour l'instant le processus est en suspend pour des raisons bien compréhensibles.

Si toutefois le gouvernement ne le faisait pas, les chômeurs qui arrivent en fin de droit seront nombreux à se retrouver dans une situation compliquée. Ceux qui arrivent déjà en fin de droit au cours de la crise sanitaire se retrouveront très vite dans une situation précaire sans rien pouvoir faire : ils ne pourront pas demander ni une aide d'urgence, ni les droits universels à la santé, ni aucune aide sociale, les services sociaux n'étant pas toujours disponibles dans cette situation de confinement. Que se passera-t-il alors pour eux surtout s'ils sont isolés et ne dispose pas dans leur entourage d'un réseau de solidarité suffisant pour "survivre" ?

Des situations dramatiques peuvent apparaître chez les plus précaires privés de leurs droits. Ces situations là, il serait nécessaire de pouvoir les détecter autant que le virus car elles peuvent entrainer des chutes sociales parfois mortelles.

Nous devrions demander une prolongation des droits au chômage pour tous de 6 mois afin de compenser ces semaines perdues, car pour beaucoup, c'est parfois 6 mois d'effort qui peuvent être détruits par la crise. J'irais même plus loin, je pense qu'il faut vite revenir aux 3 mois pour l'obtention du droit au chômage, afin de sortir un maximum de personne de la précarité à long terme. Et d'autre part, pendant cette crise sanitaire, il faut un maintien des droits des chômeurs sans condition, ce serait la moindre des choses.

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