un poète tué par décision

Javier Heraud (1942-1963) : symbole de la poésie et de l'acte poétique. Ceux qui l'ont abattu, obéissaient ; on ne leur demandait pas autre chose.

 

Javier Heraud me regarde dans les yeux

Je l'avais tout à coup oublié

 

Il descendait du beau quartier

Sa trajectoire devait être fulgurante

 

Malgré tout sa stature géante

Domine tout l'espace / cet espace tant rétréci

 

Ses poèmes parlaient des traîtres

Ce langage qui ferait peur aujourd'hui

 

Que dire des soldats qui l'ont abattu

Obéissant à leur propre malheur

 

De quelles rues misérables sortaient-ils

Ils n'étaient que traîtres à eux-mêmes

 

Son corps est-il tombé dans l'eau du fleuve

Troué par l'autre décision

 

Gérard Lemaire 2011

p311 du livre : « Gérard Lemaire, un poète à hauteur d'homme » (mai 2019)

né le 19 janvier 1942 à Lima, Javier Heraud Perez était un poète péruvien, professeur et guerillero membre de l'Ejército de liberacion Nacional (ELN). Il a été tué par la police le 15 mai 1963.

Influencé par le postmodernisme américain et les poètes espagnols des générations de 98 et de 27, il publia Le Fleuve (1960) et Le Voyage (1961) qui l'ont fait reconnaître après sa mort dans la guérilla castriste, comme le symbole de la poésie et de l'acte poétique. (Dictionnaire des littératures, Larousse)

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