Un fleuve de la jeunesse

Tous ces jeunes qui se rassemblent pour arrêter les dégats du monde monstrueux ! À propos de monstres, Henri Miller dans son essai sur Rimbaud, "Le temps des assassins" (1957), écrivait : "les monstres sont sortis des laboratoires"... voici deux poèmes écrits en 2010 et 2012 par Gérard Lemaire

  

J'ai vu un fleuve de la jeunesse rouler en

En doigts coupés

En mains écrasées

C'est trop beau de prendre place

Dans l'indifférence des techniques

Dans le flou des talents d'un art

Dans la beauté des jours

L'imposture a tous les vêtements légaux

Elle se pare des plus belles vertus

Ceint d'une armure celui-là devient inattaquable

Les publics l'applaudissent béatement

Pris d'un réflexe de vague générosité

Il est partout sur les scènes d'actualité

Mais il n'a pas fait face à cet enfant désarmé

Dans les quartiers à l'abandon

Il n'a fait que défigurer le plus sacré du Sentiment

L'homme dans sa fête devient ivre

Son poing balaie les tables

Pour ne pas payer

 

 

Gérard Lemaire 2010

      

        

 

  Un jeu abyssal.

 

J'ai vu un fleuve de la jeunesse rouler en

tumultes aveugles dans la rue

 

Ils couraient ils couraient en vague de liesse

Ils étaient l'avenir en majesté rieuse

Ils pouvaient arrêter les machines monstres se jetant

 

Ô fleuve

bousculant la résignation

étreignant d'un galop tous les risques de l'heure

 

Ils étaient tous les poètes du monde rassemblés

Dans la fuite et le bruit d'un cadavre

 

Ô fleuve

dans l'instant et son marbre

 

 

Gérard Lemaire 2012

                                                   

 

                                                   

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.