Lénaïg Bredoux
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Billet de blog 10 avr. 2015

Ayrault se livre (un peu)

Dans un documentaire réalisé par sa fille et diffusé lundi sur France 3, l’ancien premier ministre revient sur ses deux ans à Matignon. Florange, l’alliance Montebourg-Hamon pour soutenir Valls, la gouvernance par SMS de François Hollande, l’abandon de la réforme fiscale : Ayrault livre pour la première fois sa version du début d'un quinquennat dont il a brutalement été débarqué.

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Dans un documentaire réalisé par sa fille et diffusé lundi sur France 3, l’ancien premier ministre revient sur ses deux ans à Matignon. Florange, l’alliance Montebourg-Hamon pour soutenir Valls, la gouvernance par SMS de François Hollande, l’abandon de la réforme fiscale : Ayrault livre pour la première fois sa version du début d'un quinquennat dont il a brutalement été débarqué.

L’exercice était risqué. D’abord parce qu’un documentaire sur un ancien premier ministre peut vite se transformer en hagiographie pathétique. Qu’il n’aurait pu être qu’une longue suite d’interviews si langue de bois qu’on en aurait été gêné. Ensuite parce qu’un film coréalisé par une fille sur son père aurait pu faire sombrer le tout dans une mauvaise sitcom. De ce point de vue, le documentaire Mon père ce Ayrault, réalisé par Elise Ayrault et diffusé lundi 13 avril sur France 3 à 22H25, est une bonne surprise.

Bien sûr, certaines scènes sont convenues – personnellement, le combi Volkswagen un peu rouillé mais qu’on arrose au jet d’eau, je m’en serais bien passée. Bien sûr, Jean-Marc Ayrault n’est pas bousculé dans les entretiens et jamais, il n’a à répondre de la pertinence de la politique qu’il a menée et de son rejet auprès de l’électorat de gauche. Mais le parti pris est assumé ; le film finalement très pudique et parfois passionnant sur les rouages des institutions et sur ceux qui les incarnent.

Il est d’abord assez cruel pour François Hollande. Interrogé à l’Elysée sur la manière avec laquelle il s’est séparé de Jean-Marc Ayrault, le président de la République apparaît embarrassé et finalement brutal. Jean-Marc Ayrault, manifestement blessé, narre comment François Hollande ne lui a pas dit tout de suite, le 31 mars, de démissionner – le sort de son premier ministre était pourtant tranché. Il a attendu la fin d’après-midi et un simple coup de fil.

Pire encore : ce n’est que « quelques secondes » avant que Manuel Valls n’entre dans la cour de Matignon, le lendemain, jour de la passation entre les deux hommes, que François Hollande fait remettre à Jean-Marc Ayrault une « lettre manuscrite » le remerciant pour son action. « Cette lettre arrive à la dernière seconde », raconte l’ancien premier ministre qui précise que le chef de l’Etat ne le lui a jamais dit en face.

L’ex-maire de Nantes témoigne aussi des dysfonctionnements entre l’Elysée et Matignon et de ce président qui gouverne par SMS directement auprès des ministres. «  Je trouve que ça, c’est navrant », lâche Ayrault. Il dit aussi : « Le président de la République aurait intérêt à rester le pilote, l’arbitre, mais qui laisse travailler son premier ministre avec plus d’autonomie dans son travail quotidien. »

Il revient également longuement sur l’épisode Florange fin 2012 qu’il a toujours considéré comme un point de rupture du quinquennat, sur son opposition violente avec Arnaud Montebourg – Ayrault regrette de ne pas avoir obtenu sa démission à l’époque – , sur la duplicité de l’Elysée sur le scénario d’une nationalisation partielle. Il lâche : « Une affaire navrante mais qui révèle un dysfonctionnement entre l’Elysée et Matignon. »

Il dénonce aussi le soutien de Montebourg et de Benoît Hamon à la nomination de Manuel Valls à Matignon. « Il y a eu une sorte d’accord politique. Montebourg et Hamon soutenant Valls pour prendre le pouvoir. C’est pour moi une sorte de mystère : est ce que le président de la République a accepté de nommer Manuel Valls en sachant ça ? », témoigne Ayrault.

Et pour finir, l’ancien premier ministre lance une ultime pique dans son dialogue par caméra interposée avec le chef de l’Etat : s’il a un regret, c’est celui de ne pas avoir lancé la réforme fiscale. « J’ai un regret politique, c’est de pas avoir mené à bien la réforme fiscale. C’est important dans une démocratie, l’adhésion à l’impôt. J’avais proposé cette réforme. (…) Ca reste nécessaire d’engager cette remise à plat de notre système fiscal. (…) Il n’est pas trop tard », dit-il à sa fille. C’est un demi-regret : Ayrault le sait pertinemment, puisque c'est lui qui avait proposé à Hollande de lancer la réforme et qui s’est heurté à l’opposition d’une partie du gouvernement et… de l’Elysée.

Mon père ce Ayrault, un film d’Elise Ayrault en collaboration avec Patrice Menais, diffusé lundi 13 avril à 22H25 sur France 3.

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