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Le Club de Mediapart sam. 30 juil. 2016 30/7/2016 Édition de la mi-journée

La charrette, le brouilleur et même pas Twitter

Moi aussi j’avais ri. En 2007, Sarkozy sur un cheval en Camargue, jeans et chemise à carreaux pour son dernier déplacement de campagne et, à quelques mètres, une charrette pleine à craquer de journalistes. Comme un symbole des dérives de la politique spectacle et de la presse aux ordres. Sûrement, j’avais pensé que jamais, au grand jamais, je ne serais de ces journalistes. Je ne les jugeais pas, je me croyais à l’abri.

 © Reuters © Reuters
Moi aussi j’avais ri. En 2007, Sarkozy sur un cheval en Camargue, jeans et chemise à carreaux pour son dernier déplacement de campagne et, à quelques mètres, une charrette pleine à craquer de journalistes. Comme un symbole des dérives de la politique spectacle et de la presse aux ordres. Sûrement, j’avais pensé que jamais, au grand jamais, je ne serais de ces journalistes. Je ne les jugeais pas, je me croyais à l’abri.

C’était penser trop vite. Mercredi, j’étais à Alger pour couvrir la visite de François Hollande. Il avait prévu de commencer par une « déambulation » (le jargon “hollandais” de campagne, importé à l’Elysée, pour dire “bain de foule”, “serrage de mains” et belles images au 20H). La presse est arrivée avec plusieurs heures d’avance –c’est souvent comme ça, les voyages officiels, on attend. Longtemps, parfois très longtemps.

 © L.B. © L.B.
Sur le front de mer, les Algérois se massent derrière des barrières, dûment fouillés, contrôlés, filtrés par les services de sécurité bientôt aussi nombreux que la « foule » elle-même. Tout est sous surveillance. Il y a des raisons de sécurité : en Algérie, le risque d’attentat ne relève pas du fantasme total. Il y a aussi des raisons politiques : pas question de voir l’opposition débouler, pas un islamiste ni un syndicaliste en vue, mais quelques portraits du président algérien et des slogans tout ce qu’il y a de moins politique. « One two three, viva l’Algérie » mais pas de « visas, visas ! » comme en 2003 lors de la visite de Jacques Chirac. Il y a aussi la com’ : veillons aux images qui feront la Une des journaux et aux reportages qui décriront la « foule en liesse » accueillant Hollande et Bouteflika.

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Sur le boulevard, on est plusieurs dizaines de journalistes badgés, cordon jaune autour du cou. Devant nous, deux camionnettes aménagées avec un petit escalier (pour qu’on voit bien) sur lequel on est prié de se planter. Deux heures d’attente et voilà le cortège. On n'y voit rien, en fait. La délégation de costumes sombres (très très peu de femmes) est imposante. Elle marche vite, enfin aussi vite que le peut Bouteflika. Elle passe de gauche à droite, serre les mains, fait coucou aux balcons.

Dans l'avion du président, y’avait aussi Jean-Pierre Elkabbach, invité officiel de François Hollande (mais ça ne l’empêchera pas de l’interviewer vendredi matin sur Europe 1, je vous rassure). En attendant, ce mercredi après-midi, on est devant, à les regarder, sur notre charrette à moteur, roulant au pas, sous les cris des photographes qui cherchent le bon angle et les tirs à blanc des cavaliers berbères.

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Au pied de la camionnette, un officiel algérien, une valise à antenne à la main. Ah oui, parce qu’en présence de Bouteflika, tous les téléphones sont brouillés. Plus de réseau pour éviter le déclenchement d’une bombe. C’est con, on peut même pas twitter. Reste l’ennui et un malaise grandissant. C’est long, vingt minutes. Vingt minutes à me dire, à nous dire (oui, hein, parce que mes confrères ne sont pas ravis non plus de figurer au cirque) : « Mais qu’est-ce que je fais là ? »


PS : Je couvre l’Elysée pour Mediapart et je suis régulièrement amenée à suivre François Hollande dans ses déplacements à l’étranger. J’aime bien ça, ça m’intéresse. La visite en Algérie était particulièrement importante. Elle ne se résume évidemment pas à ces vingt minutes (cf. mes articles ici, et encore ).

 

 

 

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