Le viol, arme de destruction massive

75.000 femmes violées chaque année en France, soit 200 femmes par jour, soit une femme toutes les sept minutes: ces chiffres donnent le tournis; ils s'appuient pourtant sur des études très sérieuses, de l'Insee à l'Observatoire national de la délinquance.
Spot 1+2+3 "Campagne contre le viol" © CFCV Mix-cité OLF campagne contre le viol
Spot 1+2+3 "Campagne contre le viol" © CFCV Mix-cité OLF campagne contre le viol

75.000 femmes violées chaque année en France, soit 200 femmes par jour, soit une femme toutes les sept minutes: ces chiffres donnent le tournis; ils s'appuient pourtant sur des études très sérieuses, de l'Insee à l'Observatoire national de la délinquance. Mais ils restent largement méconnus, tant les violences machistes sont encore taboues en France, tant l'idée sur le ringardisme du féminisme, qui serait un combat d'arrière-garde réglé depuis longtemps, est toujours prégnante.

Et ce, malgré l'obstination de plusieurs générations de militant(e)s. Cette fois, elles sont trois organisations -le Collectif féministe contre le viol (CFCV), Mix-Cité et Osez le féminisme- à lancer une campagne nationale, avec quatre petits films (voir ci-dessus), des affiches qui se veulent choc (représentant une jeune femme violentée par un homme en costume) et pour slogan «75.000 femmes violées par an ça fait beaucoup de "cas isolés"». Elles ont aussi monté un site internet, très encombré dès son lancement, qui rassemble informations, témoignages de victimes et une pétition en ligne. Mercredi en milieu d'après-midi, «le manifeste contre le viol» avait déjà réuni près de 2.000 signatures. Plus d'une centaine de personnalités soutiennent aussi l'initiative, de la chanteuse Agnès Bihl (auteure d'une magnifique chanson sur le sujet) à la comédienne Eva Darlan, en passant par Marina Foïs, Florence Foresti, Agnès Jaoui ou Nolwenn Leroy.

L'idée est venue aux organisatrices en découvrant, presque par hasard, l'ampleur du phénomène dans leur entourage. «On a découvert avec effroi que c'était pas un cas isolé, mais qu'il y avait 10, 15, 20 personnes concernées autour de nous. Cela a été un peu un choc», dit par exemple Caroline De Haas, pour Osez le féminisme, une des dernières nées des associations féministes, créée l'an dernier à l'occasion du combat pour la défense du Planning familial.

L'objectif des trois organisations est à la fois de «libérer la parole» des victimes, souvent marquées par la honte et la culpabilité (et ce discours récurrent: «mais elle l'avait bien cherché non? avec sa mini-jupe...») et d'avancer plusieurs revendications, portées depuis des années par le mouvement féministe, comme le développement de l'éducation sexuelle. Histoire qu'un jour, la célèbre phrase de l'écrivaine Benoîte Groult soit enfin obsolète: «Le féminisme est un beau mouvement pacifique, qui n’a jamais tué personne, alors que le machisme tue tous les jours.»

PS: Un numéro de téléphone Viol-Femmes-Informations 0 800 05 95 95

PPS: le 25 novembre, journée internationale contre les violences faites aux femmes. A Paris, le Collectif national pour les Droits des Femmes (CNDF) appelle à un rassemblement devant Bercy à 19h.

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