L'Enigme Bogdanov et l'affaire des robots vendeurs télécom

La fin de la conclusion de mon livre L'Enigme Bogdanov : « Développer les machines "intelligentes", ou instruire les êtres humains ? La réponse à cette question comporte un choix de société essentiel » a suscité une levée de boucliers générale. Mais à présent, les opérateurs télécoms annoncent le remplacement imminent de leurs personnels vendeurs par des robots (Le Monde Informatique, 1er avril).

Poisson d'avril, certes, mais...

« Développer les machines "intelligentes", ou instruire les êtres humains ? La réponse à cette question comporte un choix de société essentiel ». Telle est la réflexion, à la fin de la conclusion de mon livre L'Enigme Bogdanov, qui m'a attiré un flot de critiques « bien-pensantes ». Y compris, de source syndicale et « très à gauche ». Et pourtant...

A présent, Le Monde Informatique annonce en date du 1er avril : « 10 000 robots vendeurs dans les boutiques telcos en 2018 », avec d'emblée ce commentaire http://www.lemondeinformatique.fr/actualites/lire-10-000-robots-vendeurs-dans-les-boutiques-telcos-en-2018-64382.html :

Suite aux dernier scandale des vendeurs casseurs d'une boutique SFR, les opérateurs télécoms se sont mis d'accord pour remplacer leurs équipes de ventes par des robots.

(fin de citation)

Le remplacement de travailleurs par des robots devient ainsi, ouvertement, une sanction de fait dans la relation de travail. Certes, l'article ajoute que les entreprises de télécoms prévoient un plan de formation pour les personnels ainsi remplacés : il s'agirait de devenir « réparateurs de robots ». Mais de combien de « réparateurs » ces entreprises auront-elles besoin, par rapport au nombre de robots mis en place ?

Il paraît évident que le remplacement des vendeurs par des robots dans les télécoms comportera une vaste suppression d'emplois humains.

Et que penser, dans ce contexte, des appels syndicaux à un « partage du travail » et à l'instauration des 30 heures hebdomadaires ? C'est avec ce prétexte, que les directions syndicales refusent systématiquement de dénoncer la suppression progressive d'emplois humains opérée par l'informatisation, la généralisation de l'intelligence artificielle, la robotisation...

Mais quel es le bilan réel des 35 heures instaurées sous la « gauche plurielle » de Lionel Jospin en pleine offensive de casse sociale (accords européens, LOLF...) ? Les lois adoptées sous Nicolas Sarkozy concernant la prétendue « autonomie » (marchandisation et privatisation progressive) des universités, ou encore la casse du système des retraites, sont-elles autre chose que l'exécution des engagements contractés sous Lionel Jospin à l'échelle européenne ?

La réalité est que la facture des 35 heures de travail hebdomadaire s'est traduite par une véritable dégringolade sociale (prestations diverses, accès aux soins médicaux, droits des travailleurs et des secteurs populaires, coût de l'éducation...). Et le chômage, provisoirement amorti par l'instauration des 35 heures, atteint à nouveau des records. Quelle sera la facture des 30 heures ?

La réalité, également, est que pour l'essentiel, dans l'actuel système économique et social, personne n'est ni ne sera payé sans travailler, quoi qu'en disent les promesses syndicales et les verbiages divers. C'est précisément pour diminuer le « coût du travail », que les différentes sortes d'automatisation sont introduites pendant que les standards sociaux subissent une dégradation progressive.

Commentaire : La référence par Le Monde Informatique à de futurs robots vendeurs télécom est un poisson d'avril, mais le simple fait que Le Monde Informatique ait pu y penser en dit long... Il y a un mois environ, j'avais adressé une annonce analogue à un vendeur télécom dont le comportement m'avait franchement choqué. Et plus globalement, sans vouloir généraliser, on assiste à une dégradation du comportement face au public d'une partie des personnels de certains services. Qui est responsable de cette évolution ? Les tensions sociales n'y seraient-elles pour rien ?

 

 

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