Le 9 mars, dénoncer la robotisation et son rôle destructeur d'emplois

Ces dernières semaines, les médias ont été nombreux à évoquer la question de la robotisation du travail. La suppression d'un nombre croissant d'emplois par le recours aux robots devient de plus en plus évidente dans les récits diffusés. Pourtant, les organisations syndicales restent étrangement silencieuses à ce sujet dans les appels aux mobilisations de ce mois de mars. Pour quelle raison ?

L'article du collectif Indépendance des Chercheurs « Droit du travail, mobilisations de mars 2016 et robotique » commence par cette introduction http://science21.blogs.courrierinternational.com/archive/2016/03/05/droit-du-travail-mobilisations-de-mars-2016-et-robotique-51481.html :

Le 6 mars 2016,  L'Est Républicain écrit « Technologie - Près d’un emploi sur deux pourrait être occupé par un robot », suivi du titre explicite « Travail : des robots à notre place ». Il s'agit d'un danger bien réel qui dans la pratique risque même de s'avérer bien pire, et on peut s'étonner qu'il ne soit pas davantage dénoncé. L'ouvrage de Luis Gonzalez-Mestres L'Enigme Bogdanov (Editions Télémaque) alertait déjà le public à ce sujet, de même que son blog L'Enigme Bogdanoff et son intervention plus récente La physique des particules, le partage du savoir dans Le Quart d'Heure des Sciences du 20 février (Radio Locale Bort Artense). Etrangement, rien n'est dit sur ce problème de la plus haute importance dans les appels aux mobilisations du mois de mars (journées des 9 et 31 mars) que nous avons pu trouver par des recherches. Pourquoi un tel silence récurrent ? Précisément, la robotique constitue un complément naturel de la nouvelle loi sur le travail en préparation et dont le contenu est dénoncé de manière unanime par les travailleurs au point que la pétition « Loi travail : non, merci ! » a dépassé un million et cent mille signatures au moment où nous écrivons cet article. Vu ses implications sociales, est-ce acceptable que la robotique puisse être développée dans le secteur privé, voire importée, en dehors de tout contrôle citoyen ?  Malheureusement, ni ladite pétition ni les communiqués syndicaux ne semblent évoquer le rôle de la robotique que nous avons souligné dans plusieurs articles sur ce blog. Et au vu d'une telle menace, quelle objection peut-on soulever devant la proposition de Luis Gonzalez-Mestres de supprimer purement le chômage en le remplaçant par des études et de faire bénéficier l'ensemble de la population d'une éducation scientifique et technologique de haut niveau ? Une revendication que nous avons reprise, notamment, dans notre article de décembre 2015 « L'Enigme Bogdanov, de Luis Gonzalez-Mestres, et la question du chômage » et dans « Chômage en France et robots de la SNCF (I) ».

 (...)

(fin de l'extrait)

 Nous défendons, en effet, cette double revendication :

- La suppression directe, pure et simple, du chômage en renvoyant l'ensemble des chômeurs suivre des études de longue durée de façon à améliorer de manière significative leur culture, leurs connaissances scientifiques et technologiques et leur qualification professionnelle.

- L'accès de l'ensemble de la population à des connaissances scientifiques et technologiques de haut niveau. Non seulement pour permettre à l'ensemble de la population d'échapper à l'hypothèque de la robotique, mais également afin de rendre possible un véritable contrôle citoyen du développement de l'informatique et de ses applications.

 Mais pourquoi un tel silence, de la part des organisations syndicales, dans leurs appels aux mobilisations des 9 et 31 mars ?

 

En réalité, la situation en est arrivée à un tel point que La Croix écrit même « Un "robot" est entré dans la rédaction », à propos des « logiciels de rédaction automatique » d'articles déjà utilisés à la place du travail de journalistes et pigistes.

De son côté, Le Point commente « Les robots intelligents arrivent, menaçant des millions d'emplois ». Et La Presse (Canada) annonce « Conseillers robots: mode d'emploi ».

En clair, il est du domaine public que la robotisation menace non seulement les emplois liés au travail manuel, mais également ceux liés au travail intellectuel. Pourquoi, donc,un tel silence dans les mobilisations syndicales ?

Il y a pourtant véritable urgence, la robotique étant en réalité indissociable du projet de loi El-Khomri. Dénoncer cette situation dans les mobilisations du mois de mars est un besoin impératif.

 

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