Attentat de Nice, éducation pour tous et lutte contre le terrorisme (I)

Dans mon livre L'Enigme Bogdanov, j'avais réclamé une éducation de haut niveau pour l'ensemble de la population. Au vu de l'événement tragique survenu le 14 juillet, je ne peux que confirmer cette revendication. L'attentat de Nice aurait-il pu avoir lieu si l'ensemble de la population avait accès à des études de haut niveau, supprimant en même temps le chômage des jeunes par la durée des études ?

Alors que le chômage des jeunes bat des records, pour quelle raison l'éducation obligatoire ne dépasse-t-elle pas l'âge de 16 ans ? L'accès à la terminale du lycée correspond à un âge de 17 ans pour ceux qui n'ont pas rencontré de problème auparavant. Pourtant, le site Service Public précise clairement que l'instruction obligatoire en France concerne "tous les enfants, français et étrangers, à partir de 6 ans et jusqu'à l’âge de 16 ans révolus". Or il serait possible de supprimer entièrement le chômage en rendant obligatoire l'éducation jusqu'à des études d'un niveau universitaire. Tel est le point de vue défendu dans mon livre L'Enigme Bogdanov (Editions Télémaque) et dans ce blog.

La technologie et l'industrie françaises seraient largement bénéficiaires d'une telle mesure, pourvu que les capitaux ne soient pas délocalisés à la recherche des plus bas salaires et des acquis sociaux les plus faibles. Mais surtout, une telle amélioration du niveau des connaissances réduirait considérablement les inégalités et permettrait à l'ensemble de la population d'intervenir très directement dans la gestion du pays. Sans doute, la manière la plus efficace de contrer la propagande des milieux terroristes.

A l'examen des informations diffusées sur l'auteur de l'attentat de Nice, âgé de 31 ans et arrivé en France à l'âge de 20 ans, on peut se demander ce qu'il connaissait vraiment sur l'histoire de la France, la Révolution française, les origines de la fête du 14 juillet... Et de manière plus générale, quel est actuellement le niveau des inégalités en matière d'éducation au sein de la population française ? La propagande terroriste ne profite-t-elle pas de ces inégalités et de la marginalisation de secteurs de la population ? L'éducation n'est-elle pas, tout compte fait, le meilleur moyen de combattre le terrorisme ? A condition, bien évidemment, d'être accompagnée d'une politique sociale combattant les inégalités.

Malheureusement, depuis l'adoption de l'Acte Unique Européen en 1986, la politique appliquée à l'échelle continentale a suivi une orientation diamétralement opposée. La stratégie de Lisbonne, adoptée en mars 2000, a organisé une marchandisation générale de l'éducation avec une privatisation progressive de ce service public. Les inégalités en matière d'éducation n'ont cessé de se développer depuis, en France et dans l'ensemble des pays soumis à cette politique. Deux ans après le Conseil Européen de Lisbonne, celui de Barcelone de mars 2002 a aggravé encore la situation en généralisant le même type de stratégie au droit du travail, aux salaires, aux retraites... La loi El Khomri n'est que la suite de l'exécution des accords de Barcelone.

La montée du terrorisme dans des pays comme la France peut-elle être valablement dissociée des conséquences de la détérioration progressive de la politique éducative et sociale ? Et que penser du fait que l'attentat de Nice ait eu lieu juste après le vote sur le Brexit ? Quel est le niveau réel de la détresse des populations ?

 

Luis Gonzalez-Mestres

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