Le livre L'Enigme Bogdanov (Editions Télémaque, paru en novembre 2015) exprime très directement des critiques à l'égard de la stratégie de l'Union Européenne.

C'est ainsi que le Chapitre VII, pages 77-83, évoque explicitement le « défaut de transparence et de réflexion approfondie » avec lequel des milieux domimants assènent aux citoyens de nombreuses « certitudes ». Je m'inquiète en particulier du « rétrecissement progressif, par rapport à l'état des connaissances, des outils culturels et scientifiques de base fournis dans le cadre de l'éducation du plus grand nombre ». Une politique contraire en réalité aux besoins de l'économie et des pays concernés, mais imposée avec des visées d'hégémonie sociale et dont les institutions de l'Union Européenne sont devenues le véritable noyau dirigeant à.l'échelle continentale.

Mon exposé vise explicitement la stratégie de Lisbonne, adoptée au Conseil Européen de mars 2000. La « gauche plurielle » gouvernait en France à l'époque, et on nous vendait de genre d'accords européens comme des mesures très progressistes. En mars 2002, juste avant les élections présidentielles, le Conseil Européen a adopté les accords de Barcelone dont le projet de loi sur le travail de Myriam el Khomri est une application directe. Je m'étonne du silence des communiqués intersyndicaux à ce sujet, même si à l'époque un certain Jean-Luc Mélenchon était membre du gouvernement.

On nous dit, à propos du Brexit britannique, que ce sont surtout les « vieux » (????) qui ont voté pour la rupture avec l'Union Européenne. J'ai 68 ans, et depuis les années 1970 j'ai pu constater la détérioration progressive de la situation sociale aux échelles française et européenne. Sans doute, les européens de ma génération bénéficient de cette perspective historique qui diffère considérablement des schémas pro-Union Européenne que comporte l'éducation actuelle. 

Page 80 de L'Enigme Bogdanov, je dénonce les « pressions utilitaires à court terme générées par la stratégie de Lisbonne et les politiques qui en ont découlé ». Il s'agit, tout simplement, de la marchandisation de la connaissance avec la logique d'impartir au plus grand nombre un enseignement minimum et de pousser les jeunes à « courir trouver un emploi ». Quel est le bilan de cette politique ? La réalité est que, malgré l'instauration des 35 heures en 1998-2000, le chômage bat à nouveau des records dans le cadre d'une stratégie planifiée par l'Union Européenne en accord avec les gouvernements des Etats membres les plus influents.

C'est cette série de constats, qui m'a conduit à formuler la revendication principale exprimée dans L'Enigme Bogdanov : à savoir, l'accès de l'ensemble de la population à des connaissances scientifiques et technologiques de haut niveau. Les études pour tous m'apparaissant comme un investissement public autrement plus profitable que les allocations chômage.

Et que penser de la situation des chercheurs français et d'autres pays qui, par des biais institutionnels et financiers, se voient contraints de travailler dans le cadre de « grands programmes » européens, sur la base d'orientations décidées « au sommet » et sans pouvoir développer leur propre créativité ?

Le Brexit est-il autre chose que l'expression d'une détresse collective face à la politique qui nous est imposée depuis des décennies à l'échelle continentale ?

 

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