Cesare Battisti en grève de la faim et des soins

Ce mercredi 2 juin, Cesare s’est officiellement déclaré en grève de la faim et des soins. Sans traitement, son état de santé risque de se détériorer très rapidement. Il nous avait fait part de son intention, il y a déjà plusieurs mois, mais nous avons préféré croire que cela n’arriverait pas.

Nous comptions beaucoup sur les multiples demandes faites par ses avocats pour le sortir de cette prison de Rossano, en Calabre, où il est enfermé en Quartier Haute sécurité (AS2) avec des terroristes djiadistes.

En Septembre 2020, il avait déjà initié une grève de la faim, afin que finisse son isolement, qui d'après la justice ne devait durer que 6 mois et s'était malgré tout poursuivi 21 mois durant. En effet la prison d’Oristano, en Sardaigne, où il était alors, ne comptant aucun autre détenu AS2, le condamnait déjà à un isolement de fait. Quelques jours après avoir initié la grève de la faim et des soins, il avait été transféré brutalement, mais non pas à Rome comme demandé (plus proche de sa famille) et au régime normal (et “non AS2” conformément à la décision de la Cour d'Assise de Milan), mais en Calabre, encore plus loin, toujours en AS2 et dans une prison dédiée aux détenus djihadistes. Par ailleurs, ce transfert avait été réalisé sans en avertir les avocats qui n'ont alors pas eu la possibilité de s'y opposer.

Dans la prison “Alta sicurezza” de Rossano, en Calabre :

  • il a été soumis à une censure totale de son courrier ;
  • son ordinateur qui lui servait d'outil de travail lui avait été confisqué (un nouveau livre qu'il a écrit à oristano est d’ailleurs en voie de publication) ;
  • l’accessibilité à la prison, qui était déjà difficile pour ses enfants depuis la France ou le Brésil et pour sa famille qui se trouve près de Rome et de Grossetto, est devenue encore plus compliquée. Sa fille Valentine n’a pu le voir qu’une seule fois depuis son extradition : la vengeance d’État s’applique de fait à la parentèle ;
  • bien que son isolement ait théoriquement pris fin dans les décrets, il ne s’est en réalité jamais interrompu dans les faits, puisque Cesare se retrouve dans une prison exclusivement réservée aux seuls détenus djihadistes condamnés pour terrorisme, avec lesquels il ne peut risquer de se confronter ne serait-ce que pour sa propre sécurité, sinon pour leurs visions du monde diamétralement opposées.

Certains recours ont abouti et nous avaient laissé beaucoup d’espoir que ces conditions puissent enfin s’améliorer : ainsi la censure a pu être retirée, et son ordinateur lui a récemment été rendu (sans pouvoir accéder à la captation électrique).

Cependant, ont été systématiquement rejetées toutes les demandes de transfert susceptible de le rapprocher de sa famille et en terminer une fois pour toutes avec cet isolement qui dure depuis maintenant 28 mois (deux ans et demi !) sans avoir jamais vu la lumière naturelle depuis son arrestation.

Pour avoir vécu le confinement du Covid, nous savons à quel point l’isolement peut être... “difficile”. Que dire alors de pareilles mesures aux limites de la torture mentale infligées depuis bientôt trois ans à un homme vieillissant, malade et qui ne représente plus aucun risque pour personne ? – Pas de sortie journalière, repas froid quotidien, une seule heure de parloir par semaine pour communiquer par video-conférence avec la famille... Cesare n’a pas d’autre choix que d’attirer dramatiquement l’attention sur son cas. La suite des évènements risque de se précipiter de manière tragique. La justice italienne le laissera-t-elle mourir ?

Le traitement qui lui a été soumis depuis son enlèvement en Bolivie en janvier 2019 sera-t-il également celui que l’État italien réserve aux dix ancien.ne.s activistes de gauche menacé.e.s d’extradition ici en France[1] ?

[1] Quand ont au contraire été systématiquement libérés les auteurs d’extrême-droite des attentats aveugles extrêmement meurtriers de la piazza Fontana en décembre 1969 (30 morts, le triple de blessé.e.s) ou de la gare de Bologne en août 1980 (80 morts, des centaines de blessés graves avec mutilations) !...

Prisonnier des Années de plomb © ABC’éditions Prisonnier des Années de plomb © ABC’éditions

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