Un fil d’air

On peut sans doute dire aujourd'hui que Cesare est enterré vivant en Calabre. Il croule sous les coups d'une série de sanctions disciplinaires. l'une d'elles sanctionne la transmission de ses textes littéraires, témoignages et revendications par voie postale depuis la prison d'Oristano

... alors que Cesare n'était pourtant pas soumis à la censure, ces sanctions disciplinaires l'empêchent pratiquement d'envoyer et de recevoir son courrier (hormis les dizaines de lettres de menaces, qui elles, étrangement, ne semblent pas soumises à la censure)....

Une autre de ces mesures de représailles sanctionne sa tentative de faire passer par sa famille des informations pour ses avocats, qu'il n'a pas pu avoir en ligne depuis le 12 Septembre (jour où il a été transféré en Calabre, encore plus inaccessible pour eux comme pour le maintien du lien familial), et dont l'enregistrement avait été diffusé par les médias italiens le 26 Septembre dernier. Depuis, son isolement total se maintient, sans même un livre à lire.


Le texte qui suit illustre en partie, sous une forme littéraire, cette situation, ses efforts pour ne pas voir son esprit se disloquer sous un tel traitement, et la façon dont cela affecte, malgré de tels efforts, son élan vital. En voici la traduction faite par 1mot2Cesare. (Le texte original suit juste après)
Merci, si vous êtes en mesure de le faire, de vérifier cette traduction, ou de la prendre avec précaution dans le cas contraire. En effet, la maxime selon laquelle "traduire est toujours un peu trahir", outre les faux frères fréquents entre l'italien et le français, prend d'autant plus de sens dans une situation comme celle que Cesare vit actuellement.

L © Sandra Encaoua L © Sandra Encaoua


Un fil d'air


L'oreille appuyée contre le matelas de mousse, Marco entend le grondement des parois saturées de peines. Air figé, odeur de temps mort.
« Vous devriez changer d'oreille », dit la tache brune sur le mur, qui se dilate et se contracte au rythme de la respiration. C'est une question d'air, pense Marco. Le bon air fait du bien aux esprits reclus et aux ombres sans soleil.
Marco est quelqu'un qui a travaillé dur pour se libérer des besoins fondamentaux. Dont l’air, qui lui manque à en mourir. En revanche, le temps règne en maître, avec ses milliers de bougies soufflées.
Lorsqu'il repose sur une seule oreille, il peut entendre les bruits anciens, les traces des illusions chargées de poussières et les promesses effilochées. Échos d'un monde encore rythmé par le temps. On n'y est jamais absolument libre. Les murs le savent, les taches, les araignées et les moustiques le disent. Des millions de visages défaits par un rictus de satisfaction.
Si Marco envisageait de s’agiter, juste pour faire quelque chose, il offenserait la sagesse de ses murs et resterait seul. Il arrive à Marco de décoller brusquement l’oreille du matelas déprimé, c'est pour voir s'il n'y a rien d'autre autour à éliminer. Il taquine le temps, qui ne lui cache pas une dernière récurrence. Mais les murs ne se laissent pas tromper, ce sont des soubresauts paranoïaques.
Comme lorsqu’on s’imagine pouvoir sentir l'espace entre ses doigts. Il écarte les doigts juste assez pour laisser passer un filet d'air et en aspire les effluves à narines dilatées. Juste une astuce pour distraire l'esprit et ouvrir une fenêtre. Donner de la mobilité aux ombres stagnantes.
Marco, lorsqu'il rêve, c'est comme s'il volait entre des ballons colorés et des guirlandes d'or et d'argent.

Cesare Battisti - Octobre 2020










Un filo d'aria

L’orecchio schiacciato contro il materasso di gommapiuma, Marco sente il brontolio dei muri saturi di pene. Aria stagna, odore di tempo morto.
“Dovresti cambiare d'orecchio” dice la macchia bruna sul muro, che si dilata e restringe al ritmo della respirazione. È una questione d'aria, Marco pensa. Quella fina fa bene alle menti chiuse e alle ombre orfane di sole.
Marco è qualcuno che ha sudato per liberarsi da bisogni basilari. Tranne l’aria, gli manca da morire. In compenso domina il tempo con le sue migliaia di candeline spente.
Quando riposa su un orecchio solo, percepisce i rumori antichi, strascichi di illusioni cariche di polvere e promesse sfilacciate. Echi di un mondo ancora scandito dal tempo. Non si è mai assolutamente liberi. Lo sanno i muri, lo dicono le macchie, i ragni e le zanzare. Milioni di facce sbaragliate da un ghigno di soddisfazione.
Se a Marco venisse in mente di agitarsi, tanto per far qualcosa, offenderebbe la saggezza dei suoi muri e resterebbe solo. A Marco capita di scollare bruscamente l'orecchio dal materasso avvilito, è per vedere se non ci sia altro in giro da eliminare. Stuzzica il tempo, che non gli nasconde un'ultima ricorrenza. Ma i muri non si lasciano ingannare, sono soprassalti paranoici.
Come quando si immagina di sentire lo spazio con le mani. Allarga le dita quel tanto da far passare un filo d'aria, e ne aspira gli effluvi a narici dilatate. Appena un trucco per distrarre la mente ed aprire uno spiraglio. Dare mobilità alle ombre stantie.
A Marco, quando sogna, sembra di volare tra palloncini colorati e ghirlande d'oro e d'argento


Cesare Battisti
Rossano,
Ottobre 2020.



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