“Indio”, l’un des derniers romans de Cesare, paru au Seuil

Il raconte l’aventure méconnue de Cosme Fernandes, un colon portugais qui voulut faire du Brésil une utopie fraternelle.

À Cananéia, au sud du Brésil, un homme nommé Indio Pessoa est retrouvé noyé au large de la baie. L'un de ses amis descend de Sao Paulo pour enquêter sur cette mort suspecte. La victime n'a laissé derrière elle que de mystérieuses notes sur un certain Bacharel, fondateur de la ville du même nom, que l'histoire officielle semble avoir oublié.

indio-battisti


Presse :
- la présentation du roman par Serge Quadruppani sur Lundi matin, avec également un extrait,
et une proposition surprenante à retrouver en tout bas de page : participer au prochain roman en envoyant ce que vous pourrez trouver de la documentation nécessaire à Cesare pour l'écrire.

- L'article de Gilles Martin-Chauffier sur Paris Match :

Devenu bateau, le tronc ne redevient jamais un arbre. Cesare Battisti pensait qu’il serait toujours un nomade.
Après qu’il a fui l’Italie, il est passé au Mexique, en France, au Brésil, ailleurs encore.
Une existence étroite comme un ruisseau qui n’a jamais le temps de devenir un fleuve.
Les exilés poursuivis par la loi vivent en sourdine, installés dans leur quotidien comme dans une salle d’attente.
Les années glissent sur eux comme l’eau sur la pierre, sans laisser de traces apparentes.

Derrière ses barreaux en pointillé, il a pourtant toujours gardé les yeux ouverts.
Là où sa cavale le menait, il se passionnait pour l’histoire, la géographie, la langue ou la culture du pays qui l’accueillait.

« Indio », son dernier roman, se passe au bord de l’Atlantique, au sud de São Paulo.
On baigne dans la torpeur de Cananéia, une petite ville de pêcheurs où les cocotiers ondulent sous une brise exténuée de chaleur.
Pas du tout l’endroit pour préparer le grand soir auquel Battisti songeait dans sa jeunesse.
Au mieux, les idées vont et viennent au rythme assoupi d’une marée paresseuse.
Entre l’océan, la lagune, les mangroves, les dunes et les îles, on pourrait se croire au paradis.

Sauf qu’il y a les moustiques gros comme des mouches, assoiffés de sang et toujours en grande forme la nuit.
Le narrateur y est appelé à la mort par noyade d’un de ses amis qui lui a laissé des malles de papiers.
Des textes anciens et confus évoquant la découverte de l’Amérique.
Hasard étrange, trois jours après, un pêcheur à son tour est retrouvé sans vie sur la rive avec une marque de corde sur les poignets.
On pourrait se croire dans un polar.
Le narrateur pose des questions, se promène sous le regard de tous.
Dans ces villages, de même que personne ne voit le carillon que chacun entend, nul ne vous parle mais tout le monde vous remarque.
Au point qu’il est même convoqué par le milliardaire en train de faire main basse sur les zones de pêche.
Le genre d’homme qui vous menace à voix basse comme un serpent qui piquerait poliment.
L’atmosphère de polar se renforce encore.
Mais ce ne sont pas des meurtres que l’on découvre peu à peu.
C’est une nouvelle version de la colonisation du Brésil.

Rien à voir avec la saga des soutanes, épée à la main et crucifix au cou, partis bénir les Indiens à coups d’eau bénite.
Les documents de son ami racontent la découverte de Cananéia par maître Cosme Fernandes, un ingénieur portugais arrivé sur les lieux dans un navire arabe. Trente ans avant le débarquement officiel de ses compatriotes ! Et là, aucun massacre mais la création d’une cité indienne, d’un chantier naval et d’une armée de plusieurs milliers de guerriers.
On a quitté le roman noir pour aborder chez Alexandre Dumas.
Tout repose sur des faits établis.
Au Brésil, maître Cosme Fernandes est devenu une légende sous le nom de Mestre Bacharel.
Pour les besoins du récit, il se révèle l’ancêtre de l’ami qui a mené le narrateur à Cananéia.
Battisti a dû beaucoup s’amuser. À défaut d’écrire l’Histoire en Italie, il l’aura réécrite au Brésil.
C’est ainsi : une petite hache abat un grand arbre et un simple stylo efface les grands mensonges.
Passionnant. n ■
Par Gilles Martin-Chauffier

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.