L’enfance, personnage central de Jack London
Avec en fond son corolaire : la pauvreté. « Où vont tous ces enfants dont pas un ne rit ? demandait l’auteur des Misérables. Leur quotidien ? L’abandon sans famille, l’errance de vagabonds, les rapports de domination, la brutalité comme mode de survie, l’emprise des trafiquants et des proxénètes, l’exploitation à l’usine, l’ivrognerie pour tenir dans des travaux extrêmement pénibles, les débrouilles et les manigances, les compromissions, tout ceci emplit abondamment l’œuvre de Jack London. La situation a pu se transformer avec les techniques nouvelles, cependant... Au terme de notre premier quart de siècle, l’expérience de plusieurs années auprès des enfants en souffrance a rapproché le sociologue Laurent Mélito* de tous ces récits du 19e siècle finissant qui annonçaient déjà combien nos sociétés sont impitoyables envers les plus faibles.
Aujourd’hui, à l’heure des rapports d’UNICEF, d’incontournables statistiques sur la maltraitance des enfants, des sans-toit, des sans-abris, des sans-papiers, des sans-droits, et, pire encore ! des sans-parole. Chaque enfant est une personne, et le texte de Laurent Mélito n’a jamais été aussi nécessaire pour prendre le recul qui permettrait des prises en charges mieux adaptées aux conditions qui sont faites à nos populations.
Le parcours de lecture du livre
Chercheurs d’or !... Les fièvres qui aiguillaient les aventuriers du Grand Nord ont changé de visage, mais pas de nature profonde. La carte n’est plus sépia. Elle est colorée, fluorescente, plutôt. En revanche... De nos jours encore, les itinéraires sont de véritables gouffres où l'on peut se perdre à jamais. Il y a des milliers d'enfants et de jeunes qui dorment dehors partout, à la ville comme à la campagne, on meurt de froid, de chaud, de faim et de soif dans nos pays à forte technologie et à confortable produit intérieur brut. Des étudiants se prostituent, les restaurants universitaires deviennent inaccessibles, et, dans les quartiers relégués, les contrôles au faciès coupent des marges entières de notre jeunesse du reste du pays, les foyers sont surchargés, ne parlons même pas des prisons, ou, encore, des CRA, centres de rétentions administratives ; jusqu’au système de la carte scolaire qui déclare ses défaillances : de trop nombreuses classes sont laissées sans profs ; avec, en fond, parallèle cruel, la précarité qui brise les familles.
Jack London avait en 1909 effectué un reportage photographique sur cette misère produite par la structure de la société elle-même, par son fonctionnement, par ses règles au bénéfice des plus riches : Le peuple de l'abîme. À son tour, mais sans photo, Laurent Mélito tresse son voyage dans l’espace qui vole leurs enfances aux enfants. Il rattrape Les enfants du froid, un autre titre de London, de 1902, et il nous donne à voir combien l’abîme est sordide et profond. Il n'y a pas de fracture des siècles, pas d’évolution, pas de progrès — seulement un lent glissement, invisible mais inexorable, dans la dépossession des esprits, dans la prise des corps et dans l’emprise des personnes. Surtout mineures.
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Un outil pour se repérer
C’est pour cela que notre maison d’édition associative a choisi de prolonger le texte initial de Laurent Mélito : il en résulte 200 pages d’abondantes données, d’analyses, d’adresses utiles — pour les jeunes, les élèves, leurs profs, les parents et les familles d’accueil, les personnels de l'éducation spécialisée, les institutions en charge de l’aide aux enfants et aux familles. Attention ! dire que le livre est adressé aux premières personnes concernées, ce n’est pas dire qu’il s’agirait de leur vendre cet outil, non !... il s’agit d’abord et surtout de s’adresser aux organismes dont c’est la vocation de se procurer l’ouvrage à prix de coopération pour le donner à leurs publics. POUR LEUR DONNER L’OUTIL DE DÉCRYPTAGE qui les aidera à entrevoir quelques réponses aux questions qui se posent nécessairement et qui sont rarement mises en relations.
Ce seront les organismes chargés de la protection de l’enfance qui commanderont ce livre à prix réduit. Pour faire œuvre sociale en direct avec les jeunes et leurs familles.
Et si on arrêtait de les regarder comme “des cas” ?
Ce livre n’est pas un diagnostic. C’est un instrument de compréhension (de lecture) de nos fonctionnements : « Où est-ce que je me place dans ma situation ? », « Quelle place voudrais-je avoir et que je pourrais atteindre ? « Quels obstacles à franchir pour parvenir à des fins justes et légitimes ? » – « Celle de mes droits !... ». Ce livre ne prétend pas à donner des prescriptions (« Voilà ce qu’il faut faire ! »), non !... Ce livre dit : « Voilà ce qui est ! » — Il dresse la carte de l’état de nos lieux, celui de nos enfances, objectivement, sans la fièvre, qui fut, au passé celle des chercheurs du Klondike et qui s’est largement complexifiée avec la mondialisation.
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Tous et toutes concerné·es — même sans le savoir
Quel que soit notre statut, enseignant·e, éducateur·rice, parent, travailleur·euse social·e, jeune, ado, citoyen·ne, juge ou agent des forces de l’ordre — Les enfants de l'abîme vous parlent, ils nous parlent, ils parlent de ce véritable face à face entre adulte et enfant, un face à face qui peut devenir terrible si l’on n’y prend pas garde. Parce que l’enfance, ce n’est pas un “sujet” — c’est notre responsabilité commune, à quelque titre que l’on se place.
Les enfants de l’abîme (re)lire Jack London, de Laurent Mélito — 220 pages avec illustrations, ouvrage gratuit pour les premières personnes concernées par l'intermédiaire des associations, collèges, centres sociaux, PMI, à tarif dégressif selon la quantité commandée. — ABCeditions.org
* Laurent Mélito est éducateur spécialisé de formation initiale. Il a exercé auprès des majeurs et des mineurs en situation de prostitution à Marseille puis a occupé pendant 15 ans des postes de responsable de formation initiale, de la formation continue et de la recherche au sein de centre de formation en travail social. Sociologue, il intervient en tant que consultant et analyste des pratiques professionnelles auprès de la Protection de l'enfance. Il est notamment l'auteur des ouvrages : Jean-Claude Michéa, entre héritage et contestation. Une anthropologie politique en tension, à L'Harmattan, 2025 et de Enfances captives. La prostitution des mineurs. Comprendre, reprer, accompagner. À paraître chez Erès, 2026.
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Le plan du livre : 5 parties de 5 chapitres + 3 annexes
L‘ENFANCE SAUVAGE
L’appel de la forêt
Les enfants du Nord : apprentissage de la loi primitive
Les rues comme territoire : l’enfance errante
Enfance perdue, enfance rêvée
Quelle société pour quelle enfance ? Penser l’émancipation
TRANSMISSIONS ET HÉRITAGES
Le poids des pères
Inceste et violences intrafamiliales : le foyer comme piège
Orphelinats et foyers : quand l’institution remplace la famille
Enfance captive des écrans : nouvelles formes d’exploitation
Enfances en reconstruction : que reste-t-il après la tempête ?
GRANDIR
Petites mains de la machine industrielle
Enfants de l’exil : entre deux mondes
Enfances racisées : le poids des discriminations précoces
Forger l’acier : la violence comme pédagogie
La bibliothèque ou l’évasion : quand les livres sauvent
STIGMATES ET BLESSURES
Corps marqués
Enfances médicalisées : pathologiser la souffrance sociale
Justice des mineurs : punir l’enfance déviante
L’enfance comme capital : investissement et rendement
L’école comme champ de bataille : éduquer ou dresser ?
INTÉRIORITÉS INTIMES
Forteresses invisibles et mondes secrets
Enfants en situation de handicap : vulnérabilité augmentée
Regard rétrospectif : quand l’adulte juge l’enfant qu’il fut
Solidarités enfantines : s’organiser pour survivre
... L’enfance comme promesse brisée
• Bio-Bibliographie
• Index des concepts abordés avec leurs définitions
• Fiches pratiques : Protéger un·e enfant maltraité·e – organismes aidant pour des soins, du soutien social ou des recours juridiques