Jusqu’au bout (FINO ALLA FINE, par Cesare Battisti)

Attention, ceci est une traduction. Merci de garder en tête que Traduire, c'est toujours un peu trahir. Si cette traduction suscitait des questions, elles seront les bienvenues – vous pouvez retrouver l'original et son lien ci-dessous.

Lorsque j'ai pris la décision de rencontrer le procureur de la République de Milan pour assumer mes responsabilités politiques et pénales, je pensais que 41 ans après les événements, l'Italie avait consolidé une bonne démocratie garante et que l'État en était le digne administrateur. À partir de ces hypothèses, je croyais aussi que le moment était venu de faire la lumière, enfin, sur une partie de l'histoire de l'Italie qui était restée dans l'ombre jusqu'à présent. « Qui sait si l'arrestation avec les aveux de Cesare Battisti ne peuvent pas mettre fin à un conflit qui ne s’est jamais vraiment refermé », a écrit plus ou moins un grand magistrat italien. Je l'ai cru et j'ai assumé plus que ma part, car il aurait été impossible de faire une distinction dans un grand procès archivé.

Il ne s'agit donc pas d'une décision visant à obtenir des avantages personnels (sic), mais d'un signe de paix et de compassion pour toutes les victimes d'un conflit qui a créé une fracture sociale, ici en Italie, mais aussi ailleurs. C’est ainsi que j'ai fait confiance, comme les avocats et certaines voix garantes également au sein des institutions. Malheureusement, la réaction de l'État, par le biais de ses structures de pouvoir, a été mortelle.

Tout d'abord enterré vivant 20 mois à Oristano, puis, mis à mal par la grève de la faim, me voilà par eux précipité dans l'enfer de Guantanamo Calabro où un isolement indéfini m'attend, dans un régime plus féroce encore.

C'est ce que l'État réserve à qui s’est offert afin que la page d'un conflit armé enterrée sous plus de 40 ans de déni institutionnel et de désinformation puisse enfin être tournée. Un État fort sait et doit discerner, devant l'obscurité, il choisit toujours la lumière. Malheureusement, une fois de plus, un demi-siècle après les années dites de plomb, on utilise les anciennes méthodes qui ne font pas honneur à une démocratie du XXIe siècle.

La criminalisation du “monstre” ex novo est en cours. La propagande grossière s'est remise en marche et un secteur sans scrupules du système pénitentiaire se prête à épaissir le complot crasse.

On ne peut pas, il est ignoble de juger aujourd'hui avec les yeux du passé. En 41 ans, on grandit, on n'affronte plus la vie de la même façon. Et l'État existe pour observer et assister les évolutions au lieu de rejeter tout espoir dans l'oubli. Sans abandonner les principes d'égalité et de liberté, qui m'ont fait prendre les armes à tort, personne ne peut vraiment dire aujourd'hui que nous sommes comme nous étions alors.
Je ne suis pas un violent, à peine un écrivain qui paie la note.  

À ceux qui ne peuvent vraiment pas s'en passer, je recommande de trouver un autre monstre à exhiber.

 

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https://www.thechangebook.org/forum/thread/4314/un-mot-de-cesare/view_54962/

 

Fino alla fine.




Quando presi la decisione di incontrare il Procuratore della Repubblica di Milano per assumere le mie responsabilità politiche e penali pensavo che 41 anni dopo i fatti l’Italia avesse consolidato una buona democrazia garantista e che lo Stato ne fosse un degno amministratore. Con questi presupposti, credetti anche che fosse giunto il momento di far luce, infine, su un tratto di storia di Italia rimasto in ombra fino ad ora. ”Chissà che l’arresto con le ammissioni di Cesare Battisti non possano mettere fine ad un conflitto mai veramente chiuso” scrisse più o meno un grande magistrato italiano.  Io ci ho creduto e mi sono assunto più colpe del dovuto, giacché sarebbe stato impossibile fare un distinguo in un grande processo archiviato.
Non una decisione quindi interessata per ottenere benefici (sic) personali, ma un segno di pace e di compassione per tutte le vittime di un conflitto che ha creato una frattura sociale, qui da noi ma anche altrove. Mi sono fidato così come anche gli avvocati e alcune voci garantiste anche in seno alle istituzioni. Purtroppo, la risposta dello stato, attraverso le sue strutture di potere, è stata micidiale.  Seppellito prima 20 mesi ad Oristano, e poi, indispettiti dallo sciopero della fame, mi precipitano nell’inferno di Guantanamo Calabro dove mi aspetta un isolamento indefinito, in un regime di gran lunga più feroce.
Ecco cosa riserva lo Stato a chi si è reso disponibile affinché si potesse voltare finalmente la pagina di un conflitto armato sepolto da più di 40 anni di reticenze istituzionali e di disinformazione.  Uno stato forte sa e deve discernere, al buio sceglie sempre la luce. Purtroppo, ancora una volta, mezzo secolo dopo i cosiddetti anni di piombo, si ricorre agli antichi metodi che non fanno di certo onore ad una democrazia del secolo XXI.
La criminalizzazione del “mostro” ex novo è in corso. La propaganda becera si è rimessa in moto, e un settore spregiudicato del sistema penitenziario si presta ad ispessire la sporca trama.
Non si può, è ignobile giudicare oggi con gli occhi del passato. In 41 anni si cresce, non si affronta più la vita allo stesso modo. E lo stato esiste per osservare e assistere le evoluzioni invece di rigettare ogni speranza nell’oblio. Pur senza abbandonare i principi di uguaglianza e libertà, che mi fecero erroneamente prendere le armi, nessuno può oggi veramente dire che siamo tali e quali ad allora.
Io non sono un violento, appena uno scrittore che paga pena.  A coloro che proprio non possono farne a meno, consiglio di trovarsi un altro mostro da esibire.

Cesare Battisti,
14 Octobre 2020

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