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Billet de blog 18 juin 2019

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Les gilets jaunes et la révolution 13

L’ISF n’est pas la bonne cible. Atteindre le plafond, c’est toucher la clé du système. Or la clé du système n’est pas l’absence d’impôt sur les grandes fortunes. La clé du système, ce sont les grandes fortunes elles-mêmes.

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Avant de se soucier d’imposer les grandes fortunes il faut donc se demander comment elles se font. D’où viennent les fonds? Pourquoi le profit va dans un seul sens : des travailleurs aux profiteurs? Comprendre comment fonctionne l’argent. Pourquoi l’argent attire l’argent et se retire de là où il manque. Pourquoi il monte plus qu’il ne descend. Et pourquoi plus il s’élève plus il augmente. Quant à la part de l’argent qui « ruisselle », il est veillé d’en haut à ce qu’un déluge n’en résulte pas.

Le système financier est une machination.

La machine à faire du profit est comme une poulie accrochée à un plafond. Dans cette poulie passe un fil qui fait descendre l’argent dans un sens et monter le profit dans l’autre. Le sens de la descente est le sens où l’argent va de ceux qui le fabriquent à ceux qui l'utilisent. Ceux qui le fabriquent ont le monopole de le faire, et ceux qui l'utilisent ont l'obligation de le faire, et cette obligation leur est imposée par l’État. Non seulement, ils ne peuvent pas fabriquer leur propre argent ni contrôler la fabrication de ceux qui ont le monopole de le faire, mais ils doivent utiliser cet argent fabriqué à l'exclusion de toute autre, dans toutes leurs transactions, et déclarer celles-ci à l’État, qui les impose pour cela.

À la poulie d’où l’argent « ruisselle » est accrochée une seconde poulie, qu’on ne voit pas d’en bas. Cette seconde poulie est l’autre face de l’État : non pas son autoritarisme, qui s'exerce de haut en bas, mais sa complaisance, voire sa servilité, dont le mouvement va dans l'autre sens. C'est cette complaisance ou cette servilité, comme on voudra, qui fait monter au-dessus du plafond l’argent qui remonte. C’est sa fonction de le faire. La force du courant qui la rend ascendante jusqu'à des hauteurs qu'on ne voit pas d'en bas ne vient pas du commerce, comme on le croit couramment, mais de l’impôt. C’est que l'impôt est une affaire d’État. Sa grande affaire. L’État pompe. Mais il ne fait pas que cela. En pompant il cautionne la valeur de l’argent, à laquelle on ne croirait pas (au sens de la croyance obligatoire de type médiéval) sans l’obligation de payer l’impôt dans la monnaie qu’exige l’État et l’interdiction d’en fabriquer soi-même quelque autre que ce soit (ce qui, soit dit en passant, explique le culte voué aux artistes par les financiers comme Bernard Arnault : ne créent-ils pas de la valeur ex nihilo comme s'ils avaient de l'or au bout des doigts ?).

L’État pompe...

L’impôt remplit ainsi un double emploi, en s’enrichissant de la possession usurpée d’un territoire d’une part, en validant la monnaie que fabriquent les banques, comme si elle venait de nulle part, ou d’une montagne d’or, d’autre part.

La légitimité de la possession d’un territoire ne peut pas être proclamée sans justification par qui que ce soit, personne ou État. Cette légitimité est usurpée lorsque une telle justification manque, ou lorsque sa contestation est interdite. C’est ce qui se produit partout où un territoire est possédé par un État. La raison donnée par l’État, qu’il représente l’intérêt général, est partout démentie par les faits, où l’on voit bien qu’il représente prioritairement des intérêts particuliers, qualifiés de supérieurs.

L’argent au service de ces intérêts monte par la combinaison des impôts et des taxes sur les achats. Où va l’argent qui disparaît au-dessus du plafond, et qui en fait quoi ? Quelles en sont les retombées invisibles ? Et comment se fait-il que ce qui se passe en haut et au-delà se produise sans que ceux d’en bas y voient quoi que ce soit ? La clé du système est dans cette machination, avant toute imposition appliquée à ceux d’en haut.

Cette machination est celle par laquelle du profit est créé, en premier lieu par l’appropriation, par une machine appelée État, d’un territoire appelé nation (sans remise en question du fondement – légal ou consensuel – de cette appropriation, qui pourrait pourtant faire l’objet d’une « cérémonie » périodique, ou révolution d’assainissement pacifique et d'intérêt public, qui ne manquerait pas d’avoir lieu tous les vingt ans au moins, si tous les citoyens étaient lucides et égaux), en second lieu en sous-payant les ressortissants de ce territoire par rapport au profit que les organisateurs de la machination capitaliste et étatique retirent de leur activité. Le capitaliste justifie ce profit en alléguant la rétribution de ses investissements et de ses risques. Ses risques ? Parlons-en ! Et d’où viennent ses investissements ? Du capital. Et d’où vient le capital ? Du profit, c’est-à-dire du travail sous-payé et des aides et cadeaux de l’État. C’est là que le système se boucle. Au départ, il y a l’usurpation du territoire ; le capitalisme vient de surcroît.

L’État et le Capital

On ne le répétera jamais trop : l’État a pour condition l’usurpation d’un territoire. De son côté, le capital a pour condition la propriété des moyens de production : ce qui revient au même, car cette propriété, appelée liberté, a pour condition sa légalisation par l’État. Et cette légalisation condamne les expropriés à travailler à leurs conditions. Il en résulte naturellement le profit de quelques-uns au détriment du plus grand nombre. La légalisation du profit est ainsi ce qui permet de changer en pouvoir la richesse acquise par le rapt d’un territoire.

La clé du système n’est donc pas l’absence d’impôt sur les grandes fortunes, mais la façon dont un écart de fortune se crée, se maintient et s’accroît, entre les accapareurs du produit du travail collectif et le plus grand nombre, avec le concours de l’État. La clé du système est dans la privatisation du produit du travail collectif, à partir du moment où l’organe de la privatisation a la capacité de poser les règles de sa répartition. Ce qui serait un bénéfice, s’il était réparti de manière égale ou proportionnelle par consentement mutuel entre les parties, devient alors un profit de mauvais aloi.

L’état est déterminant dans la possibilité de fonctionnement de ce système, parce que c’est par lui qu’il peut être déclaré légal ou non.

Ou l’État accepte le principe du profit excessif, ou il ne l’accepte pas. Ou il le légalise, ou il le déclare illégal. Or, comment un État pourrait-il déclarer illégal le principe du profit excessif, alors que c’est lui qui en a posé les bases, en s’appropriant abusivement un territoire et en exerçant une autorité abusive sur les gens qu’il en a expropriés et qui y survivent ? Cette appropriation est le modèle de la privatisation du collectif, et sa justification par l’intérêt général fournit le cadre de la légalisation du profit de mauvais aloi.

Profits d'État

Il existe une troisième possibilité : le profit excessif étant moralement condamnable, l’État le tolère et, fermant les yeux, le favorise. On est en droit de supposer que dans ce cas, comme dans le premier, il en profite. Ce profit est moralement condamnable et sera dûment condamné dans un futur inévitable.

Cela posé, la belle découverte, que Macron est l’employé des grandes fortunes ! Si on en est convaincu, comment peut-on imaginer qu’il cède ? Il faudrait qu’il ait l’aval de ses patrons. C’est-à-dire que les grandes fortunes acceptent d’être imposées.

Mais comment voulez-vous qu’elles l’acceptent, alors que ce sont elles qui dirigent le système qui consiste à s’enrichir par la pression exercée sur ceux qui sont le moins aptes à se défendre, et qu’elles ont placé à la tête de l’État un homme qui leur est dévoué de tout son corps sans âme pour pousser aujourd'hui en France au plus vite ce système plus loin qu’il ne l’a jamais été ?

Macron remplit son contrat et joue son rôle en faisant écran entre les grandes fortunes et la population par un comportement trépidant qui fixe toute l’attention sur lui. Grâce à quoi, long est le chemin qui, d’une protestation contre une taxe en excès, pourrait conduire à la mise en accusation des Ayrault, Bolloré, et autres Rothschild en tant que dirigeants effectifs, pas vraiment cachés, mais intouchables, et qui ont les moyens de se rendre inaccessibles. Ce que dans l’Antiquité on appelait des dieux, en faisant semblant de croire qu’ils étaient autre chose que des hommes.

Des dieux et des hommes

Et qu’en termes intemporels on recommence à appeler l’oligarchie. Qu’on appelle aussi maintenant d’un nom américain, « deep state ». Mais sans bien voir de quoi quoi il s'agit. Quelle est la “minorité”, trop absconse pour être nommée et désignée, à qui l’État accorde le droit de piller la nation, sinon l’ancienne noblesse chassée par la Révolution, éclipsée de la scène politique, tardivement convertie au commerce, et agissant sous le couvert de l’État bourgeois pour reconquérir ses anciens privilèges ? Comment a-t-on pu croire qu’elle était morte – revenue de l’étranger où elle s’était exilée, reconstituée dès l’Empire et affairée depuis dans toutes les restaurations ? S’y sont opportunément ajoutés les parvenus de tout poil qui forment la noblesse d’État donnée à voir au public, qui s’en obsède, la hait autant qu'il l’envie, et ne se rend plus compte de ce qu’il adore lorsqu’il se prosterne devant les autels de la République.

La soumission de la masse à l’autorité étant un acquis sur lequel celle-ci sait pouvoir compter – d’autant plus que la masse est atomisée et que l’autorité peut être incarnée, car son essence est d’être unique, – le mouvement des gilets jaunes n’a aucune chance de renverser ce système (ni d’obtenir quoi que ce soit en fin de compte) tant qu’il restera au niveau des revendications. Il ne peut crever le plafond que par un dépassement de son impulsion initiale, en passant de la revendication à la détermination, de la demande d’attention bienveillante à des actions ciblées, et de la lutte symbolique à la lutte effective.

C’est-à-dire à la guerre – pour reprendre le mot, lancé en 2012 par Hollande, qui fit tant pour le succès de son élection.

Pourtant, à ce seul mot de guerre, on peut être assuré de voir 99% des gilets jaunes rendre leur gilet. Ils préféreront attendre que la guerre vienne de l’adversaire, car ils pourront alors l’en incriminer. N’être pas le premier qui reprendra le mot de guerre. N’être pas le premier qui aura dit : il est temps de penser stratégiquement.

À cette prudence peut se mesurer la distance qui sépare la simulation de la lutte des actes qui en seraient la réalité. Pour être faits, ces actes demandent une force réelle, c’est-à-dire une communauté d’intérêts regroupés en une véritable puissance. En d'autres termes une résistance organisée.

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