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Billet de blog 22 mai 2022

Grève et manif à 14h le 24 mai 2022 à l’hôpital de Gourdon

par Merzouk Sider

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Paru le 22 mai 2022 

 « Pour reconstruire le service public »

Oh mon país, oh mon espital !

Voici le récit d’un désastre sanitaire, celui du démantèlement méticuleux et silencieux de notre hôpital bourian, autrefois place forte d’un accès égalitaire aux soins, ramenée aujourd’hui au statut d’entreprise aux ambitions lucratives centrées sur ce nouvel eldorado de l’or gris. Arrivé dans l’établissement dans les années 90, j’ai découvert une structure dynamique porteuse d’un projet collectif et participatif bien en contraste avec ce qu’elle est devenue.

L’établissement comportait en son sein de nombreux services essentiels à notre bassin de vie : une maternité, un service de cardiologie, un service de gastro-entérologie, des soins intensifs cardiologiques, trois lits de réanimation, un bloc opératoire de chirurgie orthopédique et digestive avec un chirurgien et un anesthésiste de permanence jour comme de nuit. Les années 2000 ont connu le virage de la rationalisation méthodique et de l’optimisation technocratique réduisant peu à peu mais sensiblement les prérogatives locales à coup de normes sous les conseils avisés de consultants privés dont le budget dans l’état (à en croire l’ouvrage « les infiltrés » rédigés par deux journalistes de l’Obs) est estimé égal à celui du ministère de la culture.

Localement, les fermetures de lits continuent : encore 27 lits fermés le mois dernier. L’hôpital ne comporte en son sein plus qu’un service de médecine générale, un service de réadaptation gériatrique et un service d’urgence bien fragile au même titre que les autres établissements qui fonctionnement eux aussi avec le mercenariat de médecins intérimaires. Notre établissement de proximité jadis souvent qualifié de « familial », du fait de l’humanité ambiante qu’il offrait aux personnes les plus fragiles a connu ce nouvel élan managérial. Si la gestion du personnel s’appuyait jusque-là sur la vocation servile des acteurs de santé, les rapports entre direction et soignants deviennent de plus en plus austères; certains même dénoncent aujourd’hui un management qui peut tourner à l’humiliation.

Une fléxi-précarité est imposée au personnel avec un décloisonnement des services de soins. Les infirmières et les aides soignantes jadis spécialisées dans leur domaine sont amenées à travailler « à l’arrache » dans d’autres services bien différents en organisation et en soins pour compenser dans une insécurité professionnelle réelle conséquente à la fuite des soignants qui ont quitté l’établissement vers des secteurs plus valorisants ou plus lucratifs. La continuité du suivi des patients s’en trouve bien sûr entravée surtout pour les plus vulnérables en nécessité de repère. La prise en charge de plusieurs services de soins par une même infirmière se généralise, notamment la nuit.

Dans les EPAD, certains personnels en sous effectifs ont cette désagréable impression de voir plus le derrière des patients que leur visage tant le rythme est soutenu. Le rappel sur les jours de repos et les congés annuels sont très fréquents amputant la vie sociale et familiale du personnel pourtant déjà éprouvés par la période COVID. Le plan blanc instauré dans de nombreux hôpitaux à l’occasion de la période COVID sur du personnel déjà en sous effectif se trouve maintenant relancé pour ce motif redondant de manque d’effectifs. Il est à signaler que cette pénurie a été planifié depuis des années par les directions d’établissement qui ont asséché les pools de remplacement. Cette situation enfonce à nouveau un coup de canif dans le droit du travail des personnels de santé.

Les soignants sont déjà corsetés par leur devoir de réserve, l’obligation d’un service minimum relatif à la continuité des soins en cas de grève. Ils vivent par conséquence une réelle limitation de leur droit d’expression. Des menaces de mise en diffamation sont régulièrement prononcé à l’égard de ceux qui osent dépasser le climat de peur installé dans les établissements de soins pour dénoncer leur conditions de travail. La qualité des soins relève d’un sophisme : les contrôles d’accréditation des établissements sont annoncés des mois à l’avance. Les jours avoisinant le contrôle, les poses de congés sont interdits, et les soignants se trouvent mal alaises dans un soudain sur-effectif, alors que le sous-effectif est plutôt coutumier de leur environnement de travail.

L’administrateur chargé de la qualité passe tous les jours dans les services à cette période faisant répéter les informations à répondre aux questions des enquêteurs avec une phrase bien rodée «  je ne vous menace pas, mais….. », « si vous voulez que l’hôpital ait des moyens supplémentaires… ». Le personnel incrédule constate que les moyens s’atrophient aux rythme des visites des ARS(… !). Les fermetures de services continuent. Le lendemain de l’accréditation, notre fonctionnaire zélé a déserté les couloir des services pour semble t’il quelques années. Il fait parti de ces quelques missionnaires dont font partis nos directeurs en tout genre venus d’un pays lointain, affectés à la tâche pour quelques années et qui repartiront grandis et récompensés vers d’autre cieux, bien indifférents au destin de notre pays bourian.

À en vivre ces circonstances et ce climat insécure, certains employés de l’établissement s’interrogent sur une voie entamée vers la privatisation qui serait orchestrée par le haut et nous acheminerait vers un rachat de type structure ORPEA gérant les résidents et les patients comme de la marchandise. J’espère en moi-même que cette hypothèse impensable il y a quelques années, même si elle serait porteuse de bénéfices colossaux pour des actionnaires perfides reste une pure spéculation et que nos politiques locaux sortiront de leur résignation pour soutenir la survie de notre hôpital à cette dynamique mortifère. Je souhaite surtout que le sort de nos aînés, des plus vulnérables et pour les plus pragmatiques du premier employeur de l’intercommunalité attirera l’intérêt de ces acteurs et de la population Gourdonnaise.

Bien tristement !

Un soignant qui espère et qui se bat.

L'hôpital de Gourdon-en-Quercy © M. S.

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