« Vous n’enterrerez pas vos morts ! »

Ce que dit le meurtre de Steve n'est pas tout-à-fait une histoire de violence policière comme les autres.

Je ne crois pas que : « Le pouvoir est en guerre contre la jeunesse. Contre la fête. Contre la joie. Contre la lutte. Contre la vie même » (les citations sont celles de Nantesrévoltée dans un post que l'on trouve ici et dont en général je partage les propos, les analyses : https://www.facebook.com/Nantes.Revoltee/posts/2345658478803645?__tn__=K-R). Et, cherchant les responsables, si elle l’est évidemment : « La BAC de Nantes et la Compagnie Départementale d'Intervention. Ces agents ont tiré, tabassé, gazé, insulté les jeunes qui dansaient. Provoquant des chutes dans la Loire. Comme dans un état second, grisés par leur violence, ils ont continué à tirer alors même que plusieurs personnes leur hurlaient “il y a des gens dans la Loire !”. À aucun moment ils n'ont été en danger. Une fois leur forfait commis, ils sont repartis. Laissant derrière eux une foule en état de choc. Des blessés, et un mort. », je suis certaine qu’il ne s’agit pas uniquement de ça, que nous sommes passé au stade supérieur.

La phase après les violences d'État incarnées par ses polices, ici la BAC, dont les membres seraient uniquement grisés par leur forfait, l'impunité garantie, même si c’est aussi le cas.
La phase après les répressions exercées depuis des décennies contre les racisé.e.s, puis sorties "des quartiers" et généralisées aux blanc.he.s, pour autant qu'ils-elles soient pauvres ou expriment l'ombre d'une oppositions, ce qu’ont découvert les jaunes sans toujours le comprendre.
La phase après la mise à mort des personnes exilées, hommes femmes et enfants dans les rue de nos villes.
La phase d’après…

Je ne crois pas que le pouvoir ait peur, pas une seconde. Certains reclus endiamantés dans leur arrondissement parisiens en décembre, oui, mais pas le pouvoir, pas les profiteurs ou les serviteurs du capitalisme. La violence est l'un des bras de ce pouvoir. Elle lui est consubstantielle. Il a eu beau tenter divers coups pour éteindre le peuple (je pense auxdites “30 glorieuses” dont certain.e.s pleurent encore les soi-disant élans de... générosité. Imparable : la vie alors – mais pas pour tou.te.s, n’est-ce pas ! – était plus confortable. Elle revêtait les belles parures du CNR… La majorité du peuple y croyait. Un petit nombre déjà avait compris. Un autre se lamentait de tant de gaspillage…

Les objectifs restent identiques, le fond n’a pas changé, les méthodes, oui.

Que la majorité les flics soient de grand.e.s malades sociaux (sociopathes) fascisants ivres de violence de mépris et de haine me paraît être une proposition crédible. Plus qu’autrefois ? Peut-être. Il-elles sont surtout plus nombreu.se.x. Mais on n’entre pas seul dans la police, on est recruté. Et les recruteu.se.rs savent ici comme ailleurs parfaitement qui iels recrutent et pourquoi. Ce serait leur faire injure que d’imaginer qu’iels n’ont aucune compétence dans le métier qu’il-elles pratiquent. On ne voudrait pas les injurier, n’est-ce pas ?
Que la hiérarchie laisse faire, un peu débordée mais n’osant pas brusquer ou contrer des agents de l’État dont elle a besoin et qu’il ne faudrait pas se mettre à dos pour chaque jour – ils sont nombreux ces derniers temps… – où elle les appelle à donner d’elleux dans des circonstances difficiles ? C’est une blague ?!

Je ne sais pas si les ordres sont clairement donnés. C’est tout à fait possible, ce ne serait pas la première fois dans l’histoire. Mais ils sont clairement compris et parfaitement exécutés.
Parfois, les sociopathes choisissent leur cible, oui. Parfois non. Elle n’est pas mauvaise pour autant... en ce qu’elle n’a plus aucune importance. Dès lors qu'elle reste dans le référentiel cadre, c’est parfait, sinon, quoi ? Sinon rien.
Quelle que soit maintenant la personne exécutée, sciemment et comme meurtre au premier degré ou pas, peu importe : ce qui se joue, se joue après. Les personnes n’existent plus, elles sont devenues en langage policier, administratif, médiatique, juridique, médical, etc. des "individus".

Après ? L’IGPN, certes. Elle fait son travail. Qui attend quoi que ce soit d’autre de sa part ? L’inspection générale inspecte. Elle ne décrit pas la réalité, ne dit pas la "vérité", elle inspecte. Au mieux, inspecte-t-elle des faits. Et tire les conclusions qu’elle doit en tirer. À savoir celles dont le pouvoir a besoin ou dont ses membres et rapporteurs estiment que le pouvoir a besoin. Ça tombe bien. Comme la justice d'ailleurs – pensons à ce procureur qui pense que le président préfèrerait…
Seule l’innocence politique de croyant.e.s en une démocratie qui n’a jamais, en réalité, existé ailleurs que dans le discours des dominant.e.s et la tête de citoyen.ne.s persuadé.e.s – chacun.e ses petits besoins – vivre dans un pays à la grandeur infaillible et perpétuée, peut faire attendre quoi que ce soit d’autres d’institutions telles que l’IGPN. Au point de se réjouir que IGA ait été saisie.

Que nous dit l’État en franchissant le stade supérieur mais non ultime de la domination ?
"Nous vous tuons si et quand nous le voulons. Sans que le moindre lien ne soit nécessaire entre l’intervention de la police et votre mort, nous vous tuons."
Et parce que cela n’est encore rien, l’État refuse de rechercher le corps d’un homme disparu, d’un homme qu’il sait avoir tué.

Trente huit jours Steve, mort, a été laissé dans le fleuve.

Trente huit jours. "Nous vous laissons pourrir et vous décomposer le temps que nous voulons".
Trente huit jours. "Vous n'enterrerez vos morts que lorsque nous en déciderons".
Trente huit jours.

« Vous n'enterrerez pas vos morts. »

Squelettes travestis © Bernard Buffet; 1998 Squelettes travestis © Bernard Buffet; 1998

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