Maires à tout prix

Les maires s'en vont et démissionnent de plus en plus. Le magazine Challenges du 1er août 2018 leur consacre un long article et nous allons voir de quoi il s'agit vraiment.
  1. Le gouvernement assiste en effet à une vague sans précédent de démissions de maires : usés par leur fonction, le nombre de maires ayant quitté leur fonction depuis 2014 est en hausse de 55 % par rapport à la précédente mandature !

Ces maires se disent "usés par leur fonction" et ont l'impression de trahir leurs électeurs.

Mais pourquoi cela?

Tout d'abord, il y a une baisse des dotations de l’État aux communes.

Cet effondrement est dû principalement à la réduction dramatique de la dotation globale de fonctionnement (DGF), principale contribution financière de l’État aux collectivités.

Selon l’Observatoire des finances locales (OFGL), la DGF, qui représentait 21 % des recettes de fonctionnement des communes en 2013, n’en représente plus que 14,8 % en 2017. De nombreuses communes ont vu leur DGF baisser de moitié en 5 ans. Et comme les autres recettes n’augmentent pas (la population tendant à s’appauvrir), cela signifie que de nombreuses communes rurales n’arrivent plus à survivre financièrement.

De plus, la taxe d'habitation a été supprimée alors qu'elle représentait 34% des recettes fiscales des communes et les contrats aidés ont été drastiquement baissés alors qu'ils étaient un moyen de soulager le budget des communes et de sauver les campagnes de la désertification.

Puis il y a les fusions forcées de communes.

L’effondrement des versements de l’État aux communes et les fusions forcées de communes, qui sont à l’origine de la destruction de la France rurale, ne sortent pas de nul part. Elles découlent directement des « Grandes orientations des politiques économiques » (GOPÉ) fixées chaque année pour la France, de façon totalement dictatoriale, par les technocrates non élus et non français de la Commission européenne. Et cela en application de l’article 121 du Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne. Pourquoi dictatoriale? Car l'article 121 oblige les états membres à appliquer ces directives sous peine d'une amende pouvant atteindre 0.2% de leur PIB (4.4 milliards d'euros pour la France).

Ces GOPE disant clairement qu'il fallait réduire le budget des collectivités territoriales ont été publiées au journal officiel de l'Union Européenne du 18 août 2015. Puis le 18 mai 2016, il y a eu un nouveau rapport des GOPE prévoyant de continuer les réductions des budgets avec une diminution de 3.3 milliards d'euros des dotations de l’État en 2016 et 3.7 milliards en 2017.

Cela risque de continuer avec les manières de l'Union Européenne et il faut prendre conscience de tout cela. Il ne suffit pas de penser que les maires sont responsables de tout cela il faut chercher plus loin.

Je reviens sur une phrase qu'a dit le député LREM Sylvain Maillard  qui n'en est pas à son coup d'essai.

Ce membre de la majorité a dit sur Europe 1 qu'un "certain désespoir s'est installé dans les petites communes car le métier de maire est compliqué et peu reconnu. Les administrés sont de plus en plus difficiles à satisfaire et ont parfois tendance se plaindre plutôt qu'à reconnaître le travail réalisé"  tout en appelant les administrés à "être parfois un peu plus tolérants avec leurs maires et leurs conseils municipaux".

Celui là même qui avait dit que les gens qui dormaient dans la rue le faisaient par "leur choix".

La réaction de cet homme politique n'a aucun sens car ce n'est pas la faute des habitants qui ne sont pas assez indulgents avec leurs maires ou conseillers municipaux. C'est tout simplement de la faute de la Commission Européenne ainsi que de l’État et c'est cela qu'il est important de savoir.

 

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