Déchets nucléaires: vers une production d'électricité?

Bienvenue dans le monde merveilleux des déchets nucléaires. Je vais commencer par un tour d'horizon des déchets nucléaires et ensuite je détaillerai quelques solutions.

Bienvenue dans le monde merveilleux des déchets nucléaires. Je vais commencer par un tour d'horizon des déchets nucléaires et ensuite je détaillerai quelques solutions.
L'humanité a produit exactement 1 460 000 m3 de déchets nucléaires et ils pourraient doubler jusqu'à 2030.
Rapidement je vous explique comment sont classés les déchets radioactifs et ce qu'ils sont exactement.
Il y a 5 catégories:
-Les déchets de haute activité: Ils représentent environ 4 % du combustible usé. Ils sont composés de produits de fission (exemple : césium 134 et 137, strontium 90), de produits d'activation (comme le cobalt 60) et d'actinides mineurs (exemple : curium 244 et américium 241).
Il faut savoir qu'un combustible usé se compose de 95% d'uranium, d'1% de plutonium et 4% de déchets non réutilisables.
-Les déchets de moyenne activité à vie longue: Il s'agit des débris des structures métalliques entourant les combustibles. Ce sont essentiellement des débris métalliques(gaine, coques, embouts). Ces types de déchets peuvent également provenir des procédés de traitement des combustibles usés. Il peut aussi s'agir de composants (hors combustible) ayant séjourné dans les réacteurs nucléaires ou de déchets issus d'opérations de maintenance et de démantèlement d'installations nucléaires, d'ateliers, de laboratoires…
-Les déchets de faible et moyenne activité à vie courte: ce sont des déchets liés à la maintenance (vêtements, outils, gants, filtres…) et au fonctionnement des installations nucléaires (traitements d'effluents liquides ou gazeux). Ces déchets sont également issus de laboratoires de recherche, d'hôpitaux, d'universités… ou d'opérations d'assainissement et de démantèlement.
-Les déchets de faible activité à vie longue: Il s'agit de déchets dits de "graphite" qui proviennent des premières centrales nucléaires françaises de la filière UNGG (Uranium naturel graphite gaz). Ils doivent leur nom au graphite, matériau correspondant à une variété très pure de carbone, qui était utilisé en grande quantité dans ces réacteurs de première génération.
Ces déchets sont issus de l'exploitation de ces centrales (chemises qui entouraient le combustible) et de leur démantèlement (empilements qui constituaient le cœur des réacteurs, protections biologiques…).
Ils proviennent également de l'exploitation et du démantèlement de réacteurs expérimentaux aujourd'hui arrêtés.
Ces déchets contiennent des radionucléides à vie longue comme le carbone 14 (5.700 ans).
Il y a également les déchets radifères qui doivent leur nom au radium qu'ils contiennent.
Ils proviennent soit du traitement des minéraux par l'industrie chimique, des travaux d'assainissement des sites radioactifs et des méthodes d'extraction de l'uranium par l'usine du Bouchet du CEA.
-Les déchets de très faible activité: Ils proviennent essentiellement du fonctionnement et du démantèlement des installations nucléaires et également d'industries classiques utilisant des matériaux naturellement radioactifs (chimie, métallurgie, production d'énergie...).
Certains déchets de très faible activité sont issus de l'assainissement et de la réhabilitation d'anciens sites pollués par la radioactivité. Ils se présentent généralement sous la forme de déchets inertes, béton, gravats, terres..., ou de déchets métalliques.
Dans les prochaines années, si une décision politique est prise, une grande partie de ces déchets proviendra du démantèlement des centrales nucléaires actuellement en fonctionnement ou des usines du cycle du combustible nucléaire.
Que faire de tous ces déchets?
Quelques solutions ont été envisagées.
Celle de confier les déchets à des pays voisins contre quelques contreparties inconnues du grand public: Par exemple, le Royaume-Uni ou la Russie vont accueillir ceux de Taïwan, la France va accueillir ceux de Monaco, l'Afrique va accueillir ceux de nombreux pays, la Russie accueille les déchets d'uranium appauvri d'Areva, etc
Voici un article pour la France: France et les déchets de Monaco
Voici un autre pour Taïwan: Les déchets nucléaires de Taïwan
Voici pour la Russie: Russie et les déchets nucléaires
Une autre solution est celle du prétendu "recyclage" à l'usine de la Hague.
Alors non, ce n'est pas du recyclage même si c'est présenté abusivement comme tel par l’industrie. Cette opération consiste juste à séparer les différents radio-éléments qui composent le combustible usé : 95 % d’uranium, 1 à 2 % de plutonium et 4 % de produits de fission et actinides mineurs. Ces derniers, qui contiennent plus de 99 % de la radioactivité, sont coulés dans du verre (vitrification). Ils sont tellement chauds qu'il faut les plonger dans des piscines froides en permanence. Le plutonium ainsi obtenu est réutilisé pour la fabrication des bombes nucléaires... et également mélangé avec de l’uranium appauvri pour fabriquer un combustible dénommé MOX, plus dangereux que le combustible classique.
Moins de 5% du combustible usé est effectivement réutilisé. Le « retraitement » ne diminue pas la dangerosité des déchets, ni leur quantité. En revanche, il génère des rejets extrêmement importants de produits chimiques et radioactifs qui se dispersent ensuite dans la mer du Nord. Tout va donc dans la mer. Des traités internationaux ont tenté de les interdire, sans succès. Dangereux, inutile, le « retraitement » est également très coûteux.
Il reste la solution de l'enfouissement dans des centres de stockages géologiques à 500m de profondeur en moyenne. Pour se débarrasser des déchets vitrifiés, qui constituent les restes les plus dangereux du combustible usé, un député très proche de l’industrie nucléaire a proposé de les enfouir sous terre. Faisant face à des résistances dans de nombreuses régions, l’Andra (Agence pour la gestion des déchets radioactifs) a jeté son dévolu sur la commune de Bure, dans la Meuse.
L'enfouissement à Bure a été voté dans des conditions anti-démocratiques, les membres du conseil municipal étaient presque tous liés de près ou de loin à l'Andra qui gère les déchets nucléaires.
Des manifestations très violemment réprimées ont eu lieu.
Voilà une vidéo qui explique de manière amusante les déchets nucléaires.
La barbe: les déchets nucléaires
Maintenant, nous allons passer aux solutions.
Tout d'abord, il y a celle de fabriquer des batteries à partir de déchets radioactifs.
En particulier ceux issus de blocs graphites qui génèrent du carbone 14 au contact de l'uranium. Les scientifiques ont prélevé ce carbone sous forme de gaz et l'ont transformé en diamant radioactif qui lui même a été emprisonné dans un diamant non radioactif. Et là coup de théâtre, la radioactivité s'est transformée en un petit courant électrique. Les scientifiques se sont retrouvés avec des diamants qui font office de batteries électriques. Elles peuvent être utilisées dans les portables, les pacemakers, etc
Cette possibilité découverte par les chercheurs de l'université de Bristol m'a parue tellement ahurissante que j'ai mis 3 articles en référence pour la prouver.
Première référence
Seconde référence
Troisième référence
Le problème de la rareté du diamant et des mines de diamant peut être résolu en raison du fait qu'on peut fabriquer du diamant synthétique avec plusieurs matériaux, je vais en citer quelques uns:
-Du beurre de cacahuète: Diamants à partir de beurre de cacahuète
-De la tequila: Diamants à partir de Tequila
ou en vaporisant des atomes de carbone et en les laissant cristalliser sur une surface de silicium: Diamants à partir de carbone et silicium
Quand au graphite on n'en manque pas pour l'instant: Etat actuel du Graphite
Je vais vous parler d'une autre solution, celle de la transmutation. L'activité des centrales nucléaires produit des déchets mais il y a aussi des déchets de minerais pour extraire l'uranium et ceux des usines d'enrichissements et j'en ai sûrement oublié.
Revenons à la transmutation par laser Vulcan. Il s'agit de transformer l'iode 129, produit de fission d'une demi-vie de 15,7 millions d'années par transmutation en iode 128, isotope d'une demi-vie de 25 minutes seulement, c'est ce qu'ont fait des chercheurs de plusieurs universités de Glasgow, d'Imperial College, du Rutherford Appleton Laboratory (RAL) et de l'Institute of Transuranium Elements de Karlsruhe (un des instituts du Centre Commun de Recherche européen).
Voici un article et une vidéo qui le prouvent:
Article laser Vulcan
Vidéo laser Vulcan

La transmutation des isotopes à vie longue en isotopes à vie courtes est une belle perspective pour commencer à traiter les déchets nucléaires.
Beaucoup parlent du Thorium comme le sauveur car les réacteurs au thorium permettraient de débarrasser la terre de déchets radioactifs, je suis désolé de vous dire que c'est une illusion. Il y a des éléments très radioactifs à extraire avant de lancer des centrales au Thorium. Incinérer des déchets radioactifs réduit seulement la radioactivité mais au final produit d'autres déchets. De plus, une filière ne serait possible en France qu'à partir de 2070 (avis des optimistes).
L'illusion du Thorium

En ce qui concerne les zones et les sites contaminés, la phyto remédiation (la dépollution par les plantes) me parait être une bonne solution.
Des scientifiques ont fait des expériences concluantes sur le site de Fukushima avec des champignons et du cannabis.
Des champignons et du cannabis pour décontaminer des sols
Le chanvre et le tournesol sont également efficaces.
Le chanvre contre le nucléaire
Le tournesol, l'ennemi du nucléaire
Il y a encore bien des plantes inconnues et la recherche ne va pas s'arrêter là mais je conclus sur le tournesol car le symbole du désarmement nucléaire est le tournesol.
Je vous ai parlé de solutions de recyclage des déchets qui, à mon sens sont meilleures que celle d'extraire le plutonium pour faire des bombes atomiques ou d'entreposer les déchets dans des sites géologiques. Mais toutes ces solutions n'ont un sens que si on sort définitivement du nucléaire.
Il y a du travail à faire en tout cas et j'espère avoir été le plus complet possible même si je compte écrire d'autres articles sur ce vaste sujet.

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