1er mai, l’échec de la peur

« On est là ! Même si Castaner ne veut pas, nous on est là … »

« On est là ! Même si Castaner ne veut pas, nous on est là … », scandaient les manifestants à Toulouse ce 1er mai. Oui, ils sont tous là, et j’y étais. Gilets jaunes et gilets rouges se sont rassem-blés ce 1er mai à Toulouse pour former un cortège de 20 000 personnes. Si à Toulouse, la manifesta-tion s’est déroulée pacifiquement, c’est parce que tout au long du parcours les « forces de l’ordre » se sont tenues à distance du cortège. Preuve en est que ce sont les provocations policières ordonnées par le pouvoir, qui trop souvent, sont à l’origine des incidents. Cette provocation s’est vérifiée à Paris où les « forces de l’ordre » chargent et lancent des grenades en direction des manifestants CGT, où est présent Philippe Martinez, secrétaire général de la centrale syndicale. Ces provocations en début de manifestation ont pour objectif d’empêcher le cortège de se former, et de faire avorter la manifestation. Une stratégie adoptée les samedis précédents par le pouvoir à Toulouse et à Bordeaux, et qui ce 1er mai s’est avéré être un échec.

Cette stratégie de la peur élaborée par Macron et Castaner destinée à dissuader les citoyens de défiler dans le rue, véhiculée par certains syndicats de police porte-voix de Castaner, et conjuguée à l’annonce d’un déblocage de 7 milliards d’euros en faveur des classes moyennes, n’a pas suffi à em-pêcher la tenue de 225 défilés rassemblant plus de 310 000 manifestants dans toute la France. À Paris, 40 000 manifestants sont comptabilisés par un organisme indépendant pour le compte de la presse, contre 16 000 annoncés par le ministère de l’Intérieur. Cette opération de propagande, par laquelle Castaner annonçait une journée d’émeutes, s’est poursuivie sur les plateaux de télévision, avec des commentateurs en quête de violences, focalisés sur des incidents marginaux, en occultant le succès national de cette journée au cours de laquelle, gilets jaunes et forces syndicales ont convergé. Illustration de ce comportement discutable de ces chaînes d’information, dont BFMTV et CNews, la diffusion de violences marginales entre moins d’une centaine de manifestants et « forces de l’ordre » à 16h30 à Toulouse, alors qu’aucune image n’avait été diffusée sur le déroulé pacifique du défilé toulousain, parti à 10h30 de la place Es-quirol et arrivé à 13h00 place Arnaud Bernard, lieu de la dissolution dans le calme. 

Au lendemain de la restitution manquée du grand débat, contrairement aux prédictions des Macrons, Castaner et commentateurs de plateau, ce 1er mai n’a pas été une journée d’émeutes. Le chantage à la peur a échoué, et contrairement aux commentaires s’efforçant à minorer le succès de cette journée, les « gilets jaunes » et les « gilets rouges » ont coloré cette forte mobilisation sur l’ensemble du territoire. N’en déplaise au pouvoir et aux élites du petit écran, les semaines qui viennent verront se renforcer ce long et inéluctable cheminement vers la convergence des luttes. La maturité et l’expérience acquises durant ces six longs mois de lutte, ainsi que la compréhension de ce mouvement des « gilets jaunes » par les syndicats, poussés par leurs bases, dans un contexte où la crise sociale va multiplier les conflits dans les secteurs publiques et privés, créeront les conditions de cette convergence des luttes, amorcée lors du 24ème acte et de ce 1er mai.

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