49-3 : L’AVEU D’UN ÉCHEC

Par l’utilisation du 49-3 pour passer en force et mettre fin au débat démocratique, la macronie révèle sa faiblesse et acte son incapacité à faire adopter sa loi sur la réforme des retraites par la voie parlementaire.

C’est en Conseil de guerre contre le coronavirus que Macron prend la décision d’utiliser le 49-3 pour mettre fin au débat parlementaire sur la réforme des retraites. Cette décision prise en catimini lors du Conseil des ministres exceptionnel du 29 février dernier – consacré au virus Covid 19 – traduit la faiblesse d’un pouvoir politique confronté au rejet de son projet de réforme par une grande majorité de français. Elle est aussi l’aveu de l’échec d’une mandature qui à mi-parcours déjà se délite. Tous les subterfuges utilisés par le pouvoir pour imposer sournoisement sa réforme du système des retraites auront abouti à cette impasse : faire passer son projet de loi sans le vote de la représentation nationale. Après les campagnes de désinformation menées avec le support des « grands médias » publics et privés ; après la posture complice de Laurent Berger patron de la CFDT avec le gouvernement ; après les grèves et les journées d’actions sans précédent depuis la grève générale de 1968, l’échec du pouvoir est patent. Imposé sans vote par cette mesure constitutionnelle mais anti-démocratique qu’est le 49-3, ce projet au contenu approximatif, privé de son volet financier par les manœuvres politiciennes de la CFDT, discrédite la « conférence de financement » proposée par Laurent Berger et acceptée par Macron pour favoriser l’adoption d’une loi servant les intérêts des fonds de pensions américains. Une conférence – dont la CGT s’est retirée – qui conduira le gouvernement à imposer l’allongement de l’âge de la retraite et à la baisse des pensions. Marc Le Fur, vice-président de l’Assemblée nationale souligne que « l’effort et le mérite des Français qui commencent leur vie professionnelle au bas de l’échelle et s’élèvent peu à peu seront moins récompensés lors de leur retraite en vertu des nouvelles règles de calcul ». Le Conseil d’État « déplore l’usage de 29 ordonnances, l’étude d’impact « lacunaire » et l’injonction à augmenter les enseignants. » Il contredit les arguments du gouvernement en soulignant que l’objectif selon lequel « chaque euro cotisé ouvre les mêmes droits pour tous, reflète imparfaitement la complexité et la diversité des règles de cotisation ou d’ouverture de droits définies par le projet de loi ».
Si l’utilisation du 49-3 acte l’échec de la méthode macroniste dans l’adoption d’une réforme rejetée par la majorité des français, elle conforte le pouvoir dans sa détermination à l’imposer. Cet échec augure de l’issue de la « conférence de financement » de Laurent Berger. Elle n’aura été qu’une manœuvre de la CFDT pour diviser l’unité syndicale, et briser un puissant mouvement social sous l’impulsion d’une intersyndicale majoritaire. Laurent Berger a bafoué la démocratie syndicale. Avec le 97-3, Macron a outragé la démocratie parlementaire.

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