LA FIN DE L’ILLUSION EN MACRONIE

Le recours au 49-3 pour imposer une réforme des retraites rejetée par la majorité des Français acte l’échec d’une mandature autoritaire, violente et anti-démocratique.

« Une hirondelle ne fait pas le printemps » dit le proverbe. L’opportunisme des socialistes de droite, qui après avoir soutenu la politique calamiteuse de Hollande et servi les intérêts du patronat et de la finance – notamment en défendant toutes les mesures antisociales exigées par Bruxelles, dont la loi El Khomri et la réforme des retraites – rejoignirent Macron, ne pouvait faire de la macronie une mouvance où la droite et la gauche fusionneraient pour former une constellation idyllique. Fallait-il être naïf, ou politiquement malhonnête pour faire croire que le candidat illusionniste issu de la banque Rothschild allait, une fois élu, se mettre au service du peuple et des plus démunis. Si les errances de la social-démocratie et les trahisons d’un président issu de ses rangs ont sonné le glas d’une gauche traditionnelle, penser que la macronie allait effacer les antagonismes des classes sociales et relayer une expression politique expurgée des influences idéologiques relève de l’utopie.

« Une averse ne fait pas la moisson » dit un proverbe amérindien. Le 24 février 2017 sur BFM TV, la main sur le cœur Macron affirmait qu’aucune entreprise ne finançait son mouvement « En marche ! » Valeurs actuelles révélait alors un texto émanant de la direction de la banque Rothschild : « Chers amis, un cocktail dînatoire de levée de fonds est organisé pour Emmanuel Macron le 27 septembre à 20 heures à la Terrasse Martini, 50 avenue des Champs-Élysées. À cette occasion, Emmanuel vous fera part de sa vision et de ses propositions, cela sera aussi l’occasion de discuter avec lui de façon informelle. Si vous souhaitez vous joindre à nous, pourriez-vous le confirmer en répondant à ce SMS, en indiquant si vous serez accompagné. Pour des raisons de confidentialité, nous vous demandons une très grande discrétion autour de cet événement ». Les milieux d’affaires ont bel et bien financé la campagne électorale de cette droite ultra-libérale dissimulée sous les oripeaux de sociaux-démocrates opportunistes ou idéologiquement voués à la cause des puissances de l’argent. Parler aujourd’hui d’une aile gauche au sein de LREM est grotesque. L’opportunisme chronique de ces politiciens faiseurs d’illusions, les poussent-il déjà à quitter les rives d’un pouvoir qui se délite ?

Ministre de Hollande, Macron brandissait déjà haut l’étendard de la mondialisation et prônait une politique ultra-libérale où le libre échange effréné régirait son nouveau monde. Ministre de Hollande, Valls marquait du sceau de la trahison les engagements d’un président qui n’avait de socialiste que la rose qui se flétrissait sous les méfaits de sa politique antisociale. Aujourd’hui, ce lacertilien de la politique – après avoir pris une déculotté dans son aventure catalane – projette de revenir au bercail, peut-être pour tenter de sauver le soldat Macron ? Que ce caméléon, après avoir porté les couleurs d’une droite espagnole réactionnaire, revienne en France s’empourprer pour donner à la macronie une caution de gauche serait faire preuve d’un cynisme absolu. Les pseudo-socialistes qui ont servi la politique de droite de Hollande, puis rejoint LREM sont des politiciens de droite. Le parti LREM est un parti de droite menant une politique libérale au seul profit du patronat et de la finance. Qu’aujourd’hui ces ultra-libéraux et les libéraux LR se disputent un électorat traditionnellement de droite est dans l’ordre des choses. Faire croire que dans la macronie existe une aile gauche est un grossier mensonge, ou une hypocrisie de politiciens populistes qui après avoir servi la macronie, s’apprêtent à servir les mêmes intérêts de classe avec des alliances au sein de cette même majorité parlementaire. Le recours au 49-3 pour imposer une réforme des retraites rejetée par la majorité des Français acte l’échec d’une mandature autoritaire, violente et anti-démocratique. Il marque la fin de l’illusion de ce « nouveau monde » gouverné par un monarque président, soutenu par une majorité de godillots se prétendant ni de droite, ni de gauche.

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