L’indignité d’un président aux abois

« C’est de l’enfer des pauvres qu’est fait le paradis des riches. » Victor Hugo

Il a fallu regarder l’émission « SEPT À HUIT » de TF1, le lendemain de la manifestation du 24 novembre, pour avoir une vision réelle de ce qui s’est passé sur les Champs-Élysées. D’abord, cette foule bonne enfant de quelques milliers de manifestants pacifiques (entre 5 000 et 8 000 selon les sources) où hommes, femmes, enfants, personnes âgées, scandent des slogans anti-macron. Puis, les premières charges de police, avec utilisation de gaz lacrymogène, alors que les groupes violents ne sont pas encore passés à l’action. Séquence aussi, de ces manifestants pacifiques fuyant les charges policières, et un enfant à terre victime du gaz. Images d’hommes qui n’ont rien de casseurs, matraqués, et un vieil homme jeté à terre par deux CRS. Images, jamais diffusées, d’un jeune homme, la main arrachée par une grenade explosive. (la France est le seul pays d’Europe à utiliser, pour des opérations de maintien de l’ordre, ce type de grenade). Il y a donc bien eu une répression violente de la manifestation des « gilets jaunes » sur les Champs-Élysées le 24 novembre. Et quid de ces trois lycéens grièvement blessés au visage, mardi 4 et mercredi 5 décembre, par des tirs de flash-ball, lors de manifestations lycéennes ? Qui ordonne, ou qui autorise les « forces de l’ordre » de procéder à des tirs tendus de ces projectiles sur nos jeunes ? Il est autant légitime de s’interroger sur les violences policières, que sur celles des manifestants. Les brutalités de ces forces chargées du maintien de l’ordre, déshonorent autant notre démocratie, que celles faites à leur encontre.

Autres violences, plus brutales encore que celles dénoncées par le pouvoir et ces pseudo journalistes de plateau, que celles montrées par ENVOYÉ SPÉCIAL ce jeudi 6 décembre. Des violences sociales impitoyables qui plongent dans la misère, des milliers de familles. Dans la pauvreté, des millions de chômeurs, de précaires, d’agriculteurs. Dans l’endettement et les difficultés à finir les fins de mois, des centaines de milliers d’employés, d’ouvriers, de fonctionnaires, d’artisans et de commerçants, tous issus des classes moyennes. Et que dire du suicide de milliers d’hommes et de femmes (une personne se suicide toutes les heures en France). Des violences inouïes, qui humilient et qui tuent, et que ces commentateurs vedettes, au demeurant bien rémunérés, se gardent bien de présenter en boucle sur les écrans de télévision. Quelle vision, ce président calfeutré dans son palais, et ces ministres friqués, pour beaucoup millionnaires ou multi millionnaires, peuvent-ils avoir de cette violence sociale, et des douleurs qu’elle génère ? Cette violence-là, aussi déshonore la France.

À la veille de ce troisième samedi de manifestations, c’est moins les violences, que le succès des convergences qui se dessinent entre les gilets jaunes, les lycéens, les étudiants, les chauffeurs routiers, les cheminots, les fonctionnaires, les agriculteurs, que craignent la macronie et la droite libérale. Une droite responsable, de Sarkozy à Hollande, et aujourd’hui avec Macron, de la dégradation des conditions de vie des Français (qui sont ces ministres macronistes, si non des transfuges du LR et du PS). Le pouvoir répond aux colères par l’intimidation et la peur. Une recette déjà servie par le passé pour opposer les Français. Une indignité, d’un président aux abois.

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