Covid-19 : le désordre organisé

Macron "dégraisse" les services de l'État, et confie le pilotage de la campagne de vaccination à l'obscure cabinet de conseil McKinsey pour la coquette somme de 2 millions d'euros par mois.

Alors qu’à la mi-janvier 2020, Pékin révèle le séquençage génétique du virus et que le ministère de la Santé alerte les ARS (agences régionales de santé), le président Macron et le gouvernement Philippe théorisent la pénurie des masques et de tests. Ils mentent aux Français en dénonçant l’inefficacité du port des masques. Ils infantilisent la population en la considérant incapable de les utiliser correctement. Ils tentent de justifier la pénurie d’équipements qui touche les hôpitaux et les personnels soignants par le déni. Ils engagent le déconfinement du pays dans le même désordre qui a prévalu durant les dix premières semaines de cette crise sanitaire, créant les conditions d’une deuxième vague. Une deuxième vague dont l’ampleur va surprendre le corps médicale, et un pouvoir politique qui va, une fois de plus, la gérer dans l’improvisation. À ce désordre politique va s’ajouter des déclarations parfois contradictoires sur les plateaux de télévision, de médecins, de professeurs et d’autres sommités de la médecine, affichant souvent leurs fonctions de professionnels de la santé et d’élus – ou de responsables – politiques. Une confusion des genres semant le trouble et la méfiance des français.

Cette crise sanitaire, dont l’issue demeure incertaine malgré l’arrivée sur le marché des premiers vaccins, aura aussi révélé la complicité du pouvoir politique avec l’industrie pharmaceutique. L’opacité sur les négociations avec les multinationales du médicament dans la recherche d’un vaccin contre la COVID-19, largement financée par l’argent public, témoigne de cette allégeance du politique envers cette industrie aux pratiques occultes. Le financier américain Martin Shkreli, gestionnaire d’un fond spéculatif dans la santé et fondateur de Turing Pharmaceuticals AG, après avoir acheté les droits du médicament DARAPRIM, fait flamber son prix de 13,50 dollars à 750 dollars. Pour justifier ses profits, le financier déclare dans un reportage diffusé par   ARTE le 15 septembre 2020 (Big Pharma - Labos tout-puissants) : « Dans la santé, l’évolution des prix a peu d’effet sur la demande. (…) Nous vivons dans une société capitaliste, avec des règles capitalistes, et ce que veulent mes investisseurs c’est que je fasse un maximum de profit ; pas que je fasse un minimum, ni la moitié, ni 70%, ils veulent 100% de profit. C’est le principe du capitalisme américain.) C’est à cette logique capitaliste que répond l’industrie pharmaceutique. C’est cette logique capitaliste, que servent par idéologie la Commission européenne et le pouvoir macroniste, qui permet qu’un médicament classé par l’OMS comme essentiel dans la lutte contre le paludisme et une grave infection causée par le VIH voit son prix augmenter de 5 000% dans le seul but de générer d’immenses profits. Une logique qui commande de sacrifier l’intérêt général au profit d’intérêts particuliers. Une logique qui explique le désordre régnant dans le campagne de vaccination en France, où le Premier ministre et le ministre de la Santé jouent quotidiennement l’Arlésienne.

C’est donc par idéologie, et au nom de cette logique capitaliste, que la Commission européenne et le pouvoir macroniste privilégient l’achat du vaccin américain, alors que la Chine a été le premier pays à vacciner à l’été 2020, et la Russie le second en décembre 2020. Le vaccin russe est deux fois moins cher que celui des laboratoires Pfizer ou Moderna. Avec un taux d’efficacité de 95%, le vaccin Spoutnik V est aujourd’hui homologué et distribué dans pas moins de quinze pays, dont la Hongrie, l’Arménie et le Bélarus en Europe, ainsi qu’au Venezuela, en l'Iran, en Corée du Sud, en Argentine, en Algérie, en Tunisie, au Pakistan, au Kazakhstan, en Inde, en Corée du Sud et au Brésil.

En France, la campagne de vaccination calamiteuse tourne au ridicule, avec un premier Ministre et un ministre de la Santé charlatans, faisant du week-end du 6 et 7 mars 2021 le début d’une opération de communication grotesque. Un premier Ministre déclamant vouloir « mettre le paquet », alors que ce week-end vaccinale décrété dans la précipitation, ne s’inscrit nullement dans une dynamique d’approvisionnement en vaccins, mais de l’aveu même du ministre de la Santé sur BFMTV, pour épurer un stock de 400 000 doses AstraZeneca destinées aux personnels soignants, et qui n’ont pas trouvé preneurs. Macron et le pouvoir avaient menti en début de la pandémie avec l’absence de masques. Ils mentent encore aujourd’hui en annonçant en novembre 2020 avoir approvisionné 90 millions de doses de vaccin, et en décembre 2020, de la bouche du premier Ministre Castex, par l’annonce de 200 millions de doses pour vacciner 100 millions de Français. Quant à Macron, il a lui promis au mois de février 2021, la vaccination de tous les Français d’ici la fin de l’été 2021.

Qui aurait pu imaginer avant l’arrivée de cette pandémie, qu’un pouvoir politique puisse en France, pays de Pasteur cité en exemple durant des décennies pour l’excellence de son système de santé, faillir dans cette mission essentielle qui est de préserver la santé et la sécurité de ses administrés ? La réponse est à trouver dans l’idéologie libérale de la macronie, et la proximité entre Macron et les milieux financiers.

Ce sont les révélations faites par Le Canard Enchaîné et le site Politico qui nous apprennent l’impudence du président Macron, lié au très secret et influent cabinet conseil américain McKinsey – spécialisé dans le conseil aux patrons du Cac 40 –, de lui confier le pilotage de la campagne de vaccination pour la coquette somme de 2 millions d’euros par mois. Ainsi, le pouvoir et ses politiciens marchands qui nous gouvernent, confient notre santé à une entreprise privée impliquée dans un scandale de santé publique aux États-Unis. C’est McKinsey qui a élaboré la campagne marketing des fabricants de médicaments Perdue Pharma LP et Johnson & Johnson, pour promouvoir la vente de leurs produits opioïdes. Substances, qui par l’usage abusif ont fait plus de 232 000 morts aux États-Unis depuis 1999. Ce « prestigieux cabinet de conseil en stratégie » a accepté de payer à la justice américaine la somme de 573 millions de dollars. Mais cet obscur cabinet n’est pas à son premier scandale. En 2001, l’entreprise Enron fait faillite suite à la stratégie conseillée par McKinsey, d’orientation des capitaux – par des pratiques financières douteuses –, vers le trading de l’électricité et des matières premières. McKinsey a contribué à la crise économique de 2077 et 2008, en encourageant les banques à transférer les titres des crédits immobiliers de leurs clients vers des créances hypothécaires, et à augmenter les montants de dette dans leurs bilans afin d’accroître les profits. En 2012, Rajat Gupta, directeur général de McKinsey de 1994 à 2003, est condamné à 2 ans de prison pour délits d’initié. En 2015, les consultants de McKinsey, dans une note de neuf pages, informent la monarchie d’Arabie Saoudite qu’un le journaliste Khalid al-Alkami, un internaute dénommé Ahmad et le dissident Abdulaziz exilé au Canada émettent des critiques particulièrement virulentes à l’encontre du gouvernement saoudien et sa politique d’austérité. Une note qui aboutit à l’emprisonnement de Khalid al-Alkami et deux de ses frères. En 2016, le New York Times révèle un conflit d’intérêts entre les consultants de McKinsey et des fonds spéculatifs appartenant au cabinet. McKinsey est impliqué dans le scandale et l’effondrement en bourse de Valeant Pharmaceuticals. En 2018, McKinsey est impliqué dans un scandale de corruption et de blanchiment d’argent au profit de la famille Gupta en Afrique du Sud. McKinsey remboursera 1 milliard et 650 millions de rends (monnaie sud-africaine), perçus en commissions dans cette affaire.

C’est en 2007 qu’ont lieu les premières rencontres entre Emmanuel Macron et McKinsey. Comme le rappelle Le Monde dans un article intitulé « McKinsey, un cabinet dans les pas d’Emmanuel Macron » publié le 5 février 2021, l’inspecteur des finances et rapporteur général adjoint de la commission Attali était alors, le jeune énarque Emmanuel Macron. C’est dans « cette commission chargée de formuler des propositions pour "libérer" la croissance française, à la demande du président Nicolas Sarkozy » que Macron rencontre « Eric Labaye et Pierre Nanterme, respectivement patrons de McKinsey France et d'Accenture. Emmanuel Macron fait aussi la rencontre de Karim Tadjeddine, alors chef des consultants de McKinsey. Avec ce dernier, Emmanuel Macron – qui a entre-temps intégré la banque d'affaires Rothschild & Cie – intègre en 2010 le conseil d'administration du think tank En temps réel. Ils y rencontrent Thierry Cazenave, avec lequel ils collaboreront quelques années plus tard sur son livre L'Etat en mode start-up (Eyrolles, 2016). »

En 2016, des conseillers de McKinsey s’investissent dans la préparation de la campagne électorale d’Emmanuel Macron. En 2017, au lendemain de son élection à la présidence de la République, des consultants de McKinsey sont promus à la direction du parti présidentiel « la République en Marche » ; au cabinet du secrétaire d’État au numérique ; à la présidence de Polytechnique. McKinsey recrute le responsable des Jeunes avec Macron. En novembre 2017, Macron président créé une direction interministérielle à la transformation publique. Pour réformer l’État Macron missionne des cabinets de conseil privés, dont McKinsey. Ainsi, ce cabinet organise la suppression de fonctionnaires dans les ministères, pour les remplacer dans le pilotage et l’organisation des services de l’État. C’est ce qui se passe dans cette campagne de vaccination contre le Covid, devenue une véritable chienlit au profit de McKinsey et des laboratoires pharmaceutiques américains.

Ce cabinet très secret, qui conseille le candidat depuis la création d’En marche en avril 2016, et le président depuis 2017, a orienté les politiques calamiteuses de santé en Angleterre depuis 1979, et mené au fiasco sanitaire que connaît aujourd’hui le Royaume-Uni. Ce sont ces mêmes orientations de mise en concurrence du secteur public de santé avec le privé, préconisées par McKinsey, que la macronie veut imposer en France. Mesures déjà initiées et qui se traduisent par le manque de lits et de personnels dans nos hôpitaux. Une privatisation rampante de nos soins de santé.

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