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Billet de blog 8 novembre 2018

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L’hommage « légitime » de Macron à Pétain

À l’occasion de la commémoration du centenaire de la première guerre mondiale, Macron déclare : « Pétain a aussi été un grand soldat ».

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Le président de la République, peut-être fasciné par une période de notre histoire où les puissances de l’argent tiraient leurs profits d’une économie militarisée, cherche-t-il à réhabiliter l’alliance du sabre et de l’argent ? Mais ne tente-t-il pas, une fois encore, de créer un écran de fumée pour dissimuler le mécontentement grandissant des Français ? Au-delà de la polémique que suscite cette déclaration, et sa justification simpliste par un président en perte de crédibilité, il convient de rappeler les faits historiques de cette sinistre aventure de complicité avec le nazisme. Rendre aujourd’hui hommage à un traite de la patrie, frappé d’indignité nationale, responsable de l’envoi forcé de 600 000 travailleurs français en Allemagne ; de la déportation de 76 000 juifs dans les camps de concentration ; de la mort sous la torture ou en déportation, fusillés, de 77 615 résistants avec la participation de la police de Vichy, est indigne d’un président de la République.

« Plutôt Hitler que le Front populaire » disait le patronat français avant que la deuxième guerre mondiale éclate. Combien furent ces barons français de l’industrie qui contribuèrent à l’armement du Reich, au nom de l’union sacrée scellée entre les grands patrons français et allemands, contre le mouvement social de 1936 ? Sous l’occupation, industriels et banquiers français collaboraient activement avec l’Allemagne Hitlérienne. Faut-il rappeler la fourniture, par Louis Renault, de camions à Hitler pour ses besoins de guerre ? Le détournement par la Banque de France, de la Belgique vers l’Allemagne, de 200 tonnes d’or ? (Lire « Industriels et banquiers français sous l’occupation » de l’historienne Annie Lacroix-Liz).

« L’histoire de l’utilisation par les nazis du trust IG Farben se lit comme un roman policier. La défaite de l’armée nazie devra être suivie de l’éradication de ces armes de guerre économique. » (Franklin Roosevelt, 8 septembre 1944).

IG Farben, société chimique allemande fondée en janvier 1925, s’allie en novembre 1929 avec les Britanniques ICI et Shell Oil, et les Américains Standard Oil et Dupont pour créer un cartel mondial de la pétrochimie, qui financera en 1932 la campagne électorale d’Adolf Hitler. IG Farben, développera le gaz des chambres de la mort, le Zyklon B, et financera le pouvoir nazi durant la guerre.

C’est dans le contexte de la crise économique des années 1930, que ces cartels de la finance internationale, basés à Wall Street et à Londres, contribuent à faire émerger les régimes fascistes en Espagne, en Italie et en Allemagne. Le développement des industries de guerre, avec pour conséquence le conflit armé de 1939 - 1945, est la conséquence d’une logique économique, celle du capitalisme, dont Jaurès disait qu’il « porte en lui la guerre, comme la nuée porte l’orage ».

Aujourd’hui, sous couvert de globalisation, les multinationales utilisent les mêmes méthodes, appliquent les mêmes mécanismes, pour servir les mêmes intérêts, ceux de la grande industrie et de la finance. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, la mondialisation, comme dans les années qui ont précédé la grande dépression et la guerre, mène à la surexploitation des ressources et du monde du travail, ainsi qu’à l’appauvrissement de ceux qui créent les richesses en travaillant plus, pour enrichir toujours plus la minorité de nantis possédant le pouvoir de l’argent. Spéculation financière, dérèglementation du travail, chômage, baisse du pouvoir d’achat, misère, exclusion, restriction des libertés syndicales, atteintes à la liberté d’expression (notamment par le contrôle de la presse par les grands patrons de l’industrie et de la finance), montée des nationalismes et du racisme, pour aboutir à une dépression économique, puis à la guerre. C’est l’issue inéluctable de la mondialisation vers laquelle nous conduit la macronie. Un « nouveau monde » aux lendemains qui déchantent.

Cette tentative du président de la République de réhabiliter Pétain, répond à une approche idéologique de cette collaboration cynique avec le fascisme, quand l’ennemi pour les milieux d’affaires étaient les luttes et les conquêtes sociales, obstacles à l’accroissement exponentiel de leurs profits. Une manière de vouloir effacer de l’inconscient collectif des détenteurs de la finance, la mauvaise conscience d’une alliance avec les démons du IIIème Reich.

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