L’indignité d’un journaliste de BFM

Eric Drouet, l’un des porte-parole des « gilets jaunes » fait l’objet d’une enquête de police, après qu’un journaliste de BFM l’ait acculé à dire qu’il voulait entrer à l’Élysée.

 

 

 Le mercredi 5 décembre sur BFM TV, une caricature d’émission intitulée « Gilets jaunes, sortir de la crise », avec deux journalistes « suffisants », et deux ministres « déconnectés », François de Rugy et Marlène Schiappa, font le show. Face à ces quatre élites de la politiques et de la presse, s’expriment, parfois maladroitement, quatre « gilets jaunes ». Au cours de l’émission, l’un des journalistes accule Eric Drouet à déclarer qu’il souhaitait « s’approcher » et « rentrer dans l’Élysée ». Dès le lendemain, il est visé par une enquête pour « provocation à la commission d'un crime ou d'un délit » et « organisation d'une manifestation illicite », à la suite du signalement auprès du parquet par le préfet de police de Paris. Son domicile est perquisitionné, son épouse et lui auditionnés par la police. Mais où est le crime ? A-t-il menacé d’aller chercher le monarque dans son palais ? Non ! Eric Drouet se défend : « J'ai jamais dit que je voulais aller à l'Élysée pour tout casser, mais pour se faire entendre ».

Ce journaliste bien-pensant, ne confond-il pas sa mission d’informer avec celle d’auxiliaire de police ? Cette médiocrité dans l’exercice d’une profession aujourd’hui tant décriée, n’a d’égale que la suffisance de ce personnage, valet d’un média propagandiste au service du pouvoir et de l’idéologie qu’il incarne. Quant au préfet de police, si prompt à réagir à une phrase maladroite, sans aucune allusion agressive, faut-il lui rappeler qu’il a été auteur d’un manquement à la loi en ne pas signalant au parquet l’action violente de Benalla, lors des manifestations du 1er mai à Paris. Ce collaborateur de l’Élysée mis en examen pour « violences en réunion n’ayant pas entraîné d’incapacité temporaire de travail »« immixtion dans l’exercice d’une fonction publique en accomplissant des actes réservés à l’autorité publique »« port et complicité de port prohibé et sans droit d’insignes réglementés par l’autorité publique », « recel de violation du secret professionnel » et « recel de détournement d’images issues d’un système de vidéo protection ». Faut-il considérer le zèle du préfet de police comme une tentative d’intimidation à l’encontre de l’un des initiateurs historiques du mouvement des « gilets jaunes » ?

Depuis le début de la mobilisation des gilets jaunes, BFM s’emploie à servir le pouvoir macroniste, par un matraquage médiatique qui atteint son summum la semaine précédant la manifestation du 8 décembre. N’arrivant pas à discréditer le mouvement, le pouvoir tente de le museler par la peur. BFM, comme les autres chaînes d’information en continu, se livrent à une campagne de diffusion d’images très sélectives de violences contre les forces de police, accompagnées de déclarations menaçantes du ministre de l’Intérieur et de commentaires alarmistes de journalistes et commentateurs. Ministres et politiciens se succèdent sur les écrans de télévision, pour appeler à ne pas aller manifester à Paris. Une stratégie sécuritaire qui se solde par un échec. Les manifestations parisiennes ont rassemblé massivement, et en province la mobilisation n’a pas faibli.

Il est vrai que durant la campagne présidentielle de 2017, ce média s’est distingué par un soutien sans retenue au candidat Macron. Et pour cause, n’est-ce pas Macron, locataire de Bercy, alors ministre de Hollande, qui en 2016 a autorisé Patrick Drahi, homme d’affaires sulfureux, à acheter SFR pour 14 milliards d’euros. Patrick Drahi, troisième fortune de France, propriétaire de SFR, de Libération, de L'Express, de RMC, et de BFM TV. Rappelons que Bernard Mourad, banquier conseil de Patrick Drahi, rejoint le candidat Macron pour organiser son mouvement « En Marche ». Sur la liste de soutien au candidat Macron, nous trouvons Patrick Drahi (patron de SFR, LibérationL'ExpressRMC, BFM TV), Bernard Arnault (1ère fortune de France), Vincent Bolloré (10e fortune de France, patron de Canal+), Pierre Bergé (copropriétaire du groupe Le Monde), Pierre Gattaz (président du MEDEF), Loïc Armand (président de la commission Europe du MEDEF), Claude Perdriel (propriétaire de Challenges), Stéphane Richard (PDG d’Orange). Elle est longue, la liste des patrons de la presse et de l’argent qui ont conduit le président des riches au pouvoir. Qui détient aujourd’hui en France le pouvoir d’informer ?

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