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Billet de blog 12 janvier 2026

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DE l’ALLEMAGNE NAZIE DE HITLER À l’AMÉRIQUE FASCISTE DE TRUMP

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Le 20 janvier 2024, devant un plateau de milliardaires, Trump prête serment sur la Bible pour que Dieu bénisse l’Amérique impérialiste dans ses prétentions expansionnistes. Imaginez Poutine prêtant serment sur la Bible orthodoxe pour que Dieu bénisse la Russie dans l’ambition d’annexer l’Ukraine, la Pologne, la Lituanie, l'Estonie, la Lettonie, la Biélorussie, la Géorgie, l'Azerbaïdjan, Kazakhstan, et au-delà de ces frontières communes, le Groenland. Imaginez la clameur de protestations que cela soulèverait chez les « grands médias » et leurs serviteurs journalistes, ainsi que chez nos gouvernants occidentaux – ces « grands démocrates » autoproclamés. Or, ni les pitreries d’un Trump travesti en empereur des Amériques, ni le salut nazi d’un Musk instigateur d’un retour du fascisme en Europe n’émeuvent, ni nos informateurs bien-pensants, ni nos chefs d’État soumis aux puissances financières qui ont porté Trump au pouvoir.

Les commentaires entendus sur les plateaux de télévision sur cette frénésie Trumpiste, allant de la fascination à la bienveillance, témoignent de l’allégeance au pouvoir de l’argent de cette presse des grands patrons de l’industrie et de la finance. Un pouvoir financier – incarné aux États-Unis par les Musk (X), Bezos (Amazon), Zuckerberg (Meta), Cook (Apple), Pichai (Google) – qui finance l’accession au pouvoir des extrêmes droites en Eu-rope et aux États-Unis, comme le faisaient les trusts germano-américano-britanniques dans les années précédant la Deuxième Guerre mondiale, en finançant la venue au pouvoir du fascisme en Italie avec Mussolini en 1922, en Allemagne avec Hitler en 1933, en Espagne avec Franco en 1936.

Curieuse démocratie, que celle de l’oncle Sam, qui permet à un président sortant, Joe Biden, d'accorder une grâce présidentielle préventive à cinq membres de sa famille proche (ses frères, Francis et James Biden, sa sœur Valerie Biden Owens, ainsi que les conjoints respectifs de James et de Valérie Biden). Étrange démocratie, que celle qui permet qu’un candidat à la présidence des États-Unis, Donald Trump, reconnu coupable de 34 chefs d’accusation par la justice de son pays, puisse se présenter à l’élection en faisant de ces accusations un atout électoral.

Comment ne pas s’inquiéter des premières mesures prises par Trump dès le lendemain de son investiture, dont celle d’accorder la grâce aux émeutiers qui ont pris d’assaut le Capitole le 6 janvier 2021, et aux leaders néofascistes de l’ultra-droite américaine. Libération de quelque 1 270 individus condamnés pour complot et agression contre des agents des forces de l'ordre, que nos hâbleurs journalistes et commentateurs savants ten-tent de relativiser. Comment ne pas s’inquiéter du but de guerre du gouvernement fasciste d’Israël cautionné par Trump, qui aujourd’hui reprend à son compte la revendication de Netanyahou et de l’extrême droite israélienne, de « nettoyer Gaza » en expatriant plus de 1 500 000 Palestiniens en Egypte et en Jordanie. Comment ne pas s’inquiéter des menaces expansionnistes de Trump sur le Venezuela, le Groenland, le canal de Panama et le Canada.

En 1935, Hitler rattachait la Sarre – détachée de l’Allemagne par le traité de Versailles – au Troisième Reich. En 1936, Hitler remilitarisait la Rhénanie en violation du traité de Locarno. En mars 1938, Hitler annexait l’Autriche. En mars 1939, les forces allemandes prenaient le contrôle de Memel, un territoire de Lituanie ; le 1er septembre 1939 elles envahissaient la Pologne ; le 3 septembre 1939 l’Angleterre et la France déclaraient la guerre à l’Allemagne nazie.

Aujourd’hui, au regard de la passivité de nos « très démocrates gouvernants » face à ces prétentions expansionnistes de l’impérialisme américain, et à la guerre génocidaire d’Israël pour l’annexion des territoires palestiniens, la question que l’on peut légitimement se poser, c’est : que feraient les capitales occidentales si Trump mettait à exécutions ses menaces d’annexion du Groenland, du canal de Panama, du Canada ? La réaction du président Macron au kidnapping du président vénézuélien Maduro et de son épouse Cilia Flores à Caracas par l’armée US, se félicitant que « le peuple vénézuélien soit aujourd’hui débarrassé de la dictature de Nicolás Maduro » – déclaration saluée par Trump – répond à cette question. Le ton du président français ne laisse place à aucune ambiguïté. D’ordinaire prompt à invoquer le droit international, Macron ne dit pas un mot sur la nature de cette « libération » : une intervention militaire américaine sans mandat de l’ONU, une arrestation d’un chef d’État en exercice, un bombardement qui a fait plus cent victimes civiles. En cautionnant hypocritement cette agression militaire du Venezuela, la diplomatie française révèle la soumission persistante de l’Europe à la puissance américaine. Dominique de Villepin, ancien Premier ministre, dénonce une attitude « aveugle, inconsciente des réalités, irresponsable en ce qui concerne l’avenir de notre pays et de l’Europe », et accuse le président Français de « se soumettre à Donald Trump ». Une soumission qui encourage l’impérialisme américain à poursuivre ses agressions militaires et ses visées annexionnistes à l’égard du Venezuela, de la Colombie, de Cuba, du canal de Panama, du Groenland, et l’État hébreu à annexer Gaza et la Cisjordanie pour atteindre l’objectif avoué de cette guerre de conquête : la création du « Grand Israël » s'étendant « du fleuve d'Égypte à l'Euphrate » ?

La scénarisation burlesque de l’investiture du 47e président des États-Unis, projette l’image d’une Amérique conquérante revenue aux temps du western. Un « Nouveau Monde », où le « colon blanc » massacrait le « peau rouge » sauvage pour lui voler sa terre ; où les patrons des compagnies de chemin de fer et les puissants éleveurs chassaient les culs-terreux pour confisquer leurs terres et leurs pâturages ; où l'expansion civilisatrice dans « le monde sauvage » était un mythe fondateur de la culture américaine. Cette mise en scène pourrait faire rire, si derrière ce fantasme ne se cachait l’idéologie fas-ciste d’un impérialisme cherchant à conquérir les ressources et les marchés. Une réalité que les infor-mateurs des « grands médias » tentent de dissimuler par des élucubrations et des hypothèses fantaisistes.

Bérengère Viennot, traductrice et autrice de « La langue de Trump », écrit que Donald Trump « a toujours fait preuve d’un grand mépris envers ceux qu’il estime être des " losers", que ce soit les soldats morts au combat ou mutilés, les migrants clandestins qui représentent pour lui le summum de l’échec, mais aussi les femmes, qu’il regarde du haut de son machisme comme des instruments du plaisir des hommes ». […] « Son vocabulaire est très limité, tant en nombre de mots qu’en qualité de nuance, sa syntaxe très embrouillée. Or, si vous vous penchez sur des chercheurs qui ont analysé la langue du nazisme, par exemple, comme Victor Klemperer dès 1933 en Allemagne, ou plus près de nous, Olivier Mannoni, auteur, entre autres, de Traduire Hitler, vous vous apercevez que les mécanismes des dirigeants et des régimes qui aspirent à la dictature sont toujours les mêmes, et qu’ils sont tout à fait saillants chez Donald Trump : un vocabulaire primaire, qui empêche de formuler une pensée complexe et donc de parvenir à des nuances dans le discours ; une syntaxe décousue, qui crée un chaos intellectuel et facilite l’imposition de l’arbitraire ». Olivier Mannoni écrit que « la simplification extrême du discours constitue la voie la plus sûre vers la violence. Or, le fascisme, c’est ça : la non pensée complexe, l’arbitraire des règles (on ne sait jamais si on n’en enfreint pas une) et, bien entendu, la loyauté totale à l’homme au pouvoir. Là-dessus, Donald Trump est clair : pour lui, la loyauté à sa personne est plus importante que la loyauté à la Constitution de son pays ».

Au cours des années qui ont précédé la Deuxième Guerre mondiale, alors que la presse de gauche (L’Humanité, Le populaire, Le Canard Enchaîné), dénonçait la répression politique, le racisme et l’antisémitisme, la militarisation du Reich et les ambitions expansionnistes d’Hitler, la presse de droite – dite républicaine – (Le Petit Parisien, Le Temps, Le Journal), minimisait les dangers de l’Allemagne hitlérienne, et la presse d’extrême droite (L’Action française), louait l’ordre autoritaire et la « force » du régime, considérant Hitler comme un allié face au Front populaire et un rempart contre le communisme. La chasse aux sorcières frappait les opposants politiques — communistes et socialistes — ainsi que les minorités — tsiganes et juifs.

Aujourd’hui, ces droites dites républicaines relativisent ou cautionnent la politique expansionniste et agressive d’une Amérique impérialiste. Le 3 janvier 2026, le président Macron, vassal des États-Unis, avalise l’opération de l’armée américaine violant le droit international au Venezuela. En franchissant une ligne rouge démocratique, le président des Français soutient une opération illégale violant la souveraineté d’un État souverain, que Trump met sous tutelle américaine, et dédiabolise le pouvoir de Washington, qui bafoue la Constitution, pratique la répression raciste et assassine des citoyens américains — comme à Minneapolis, dans le Minnesota, où le 7 janvier 2025 une mère de famille de 37 ans, Renee Nicole Good, est froidement abattue par la police fédérale anti-immigration (ICE).

Comme dans la période d’avant-guerre, les courants politiques et médiatiques de droite et d’extrême droite contribuent à créer un terrain favorable aux dérives anti-démocratiques, autoritaires et fascistes, en Europe comme aux États-Unis. Comme dans la période d’avant‑guerre, le fascisme s’installe dans l’indifférence des « très démocrates partis libéraux », qui, pire encore, se rapprochent de l’extrême droite par l’union des droites, et s’allient au front contre la gauche radicale, initié et porté par les sociaux‑démocrates.

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