Macron et Maduro, des présidents légitimes ?

Au Venezuela, Juan Guaido, homme de paille proclamé chef d’État par Trump. En France, Macron, président élu par défaut pour faire barrage à Marine Le Pen, aujourd’hui renié par une large majorité de français. Deux politiciens à la botte des États-Unis, contestant la légitimité du président Maduro démocratiquement élu.

Après plus de deux ans d’une mandature entachée par les pires violences policières – maintes fois condamnées par la communauté internationale – et une politique antisociale rejetée par la majorité des français, ce président des riches, adepte de l’américanisation de notre mode de vie et de notre culture, tente de s’offrir une nouvelle légitimité en criant au complot russe : « Je pense que la Russie continuera à essayer de déstabiliser » les démocraties occidentales. Or, l’ingérence grossière de la France dans les affaires du Venezuela, dans le but de déstabiliser ce pays victime d’une agression économique et politique sans précédent par l’Amérique de Trump, disqualifie le président français pour donner des leçons de démocratie. L’accueil à l’aéroport de Caracas de Juan Guaido – un pantin manipulé par Washington et soutenu par une Europe vassale de Trump – par l’ambassadeur de France au Venezuela est grotesque. Rappelons que ce politicien sans envergure – de retour d’une parodie de voyage au cours de laquelle il a rencontré Macron – a menacé Nicolas Maduro (seul président légitime à ce jour à Caracas), de faire appel à l'intervention militaire américaine. Rappelons aussi que ce président autoproclamé, en quête de légitimité auprès des occidentaux, est sous le coup d’une enquête pour des « liens » avec des trafiquants de drogue colombiens. Un article paru dans Le Parisien le 14 septembre 2019 relate le passage illégale de Juan Guaido en Colombie avec l’aide d’une bande de narcotrafiquants. Des photos montrent Guaido aux côtés d’un « certain Jhon Jairo Durán Contreras, alias « el Costeño » ou « el Menor », et sur l'autre, il est aux côtés d'Albeiro Lobo Quintero, alias « el Brother ». Actuellement, ces deux hommes sont détenus en Colombie. »

Curieux concept que celui d’une démocratie à géométrie variable prôné par Macron, qui permet au président français de cautionner le pouvoir fantoche d’un Guaido au Venezuela, d’armer la dictature égyptienne et de rendre la France complice de la répression que subissent les opposants au pouvoir militaire ; de soutenir les monarchies du Golfe coupables de crimes. Les agressions verbales envers la Russie dans la bouche d’un président si bienveillant à l’égard de ces tyrannies, s’évertuant à déstabiliser un pays d’Amérique latine pour servir les intérêts économiques et politiques d’une Amérique du nord égoïste et expansionniste est burlesque. Depuis la révolte des « gilets jaunes » en octobre 2018, tous les sondages effectués sur la gouvernance et les réformes de Macron lui sont majoritairement défavorables. Si en France les sondages ne peuvent pas se substituer au résultat démocratique d’une élection, au nom de quel principe, au Venezuela, la nomination d’un usurpateur à la direction du pays par une puissance étrangère (les USA), avec la caution de la France, peut-elle être légitime ? En se livrant à une telle manipulation, au mépris des lois internationales et du respect de la souveraineté d’un État dont le président a été élu démocratiquement, Macron s’expose à subir l’effet boomerang de l’arroseur arrosé. Après le mouvement pré-insurrectionnel des « gilets jaunes » ; la lutte des sapeurs-pompiers, des urgentistes et des personnels hospitaliers depuis plus d’un an ; la grève des transports durant huit semaines ; les grèves des enseignants, des électriciens, des gaziers, des dockers, des avocats ; les journées d’actions contre la réforme des retraites qui se poursuivent, et les violences policières condamnées par la communauté internationale, peut-on encore considérer le pouvoir macroniste comme légitime ?

 

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