LAURENT BERGER L’USURPATEUR

Curieux concept syndical, que celui de s’approprier un mouvement social d’une ampleur inédite auquel l’on ne participe pas, pour le briser.

Que Laurent Berger s’insurge contre l’intrusion de quelques dizaines de manifestants dans ses locaux, et qu’il exploite cet évènement mineur en l’amplifiant pour discréditer une grève à laquelle il ne participe pas, interroge sur ses intentions et ses relations avec le pouvoir politique. Que le leader de la CFDT s’approprie une lutte sociale menée par la grande majorité des syndicats de ce pays (FO, CGT, CFE-CGC, FSU, Sud Rail, Solidaires, l’UNEF, UNL, et des organisations de jeunesse), demandant le retrait du projet macroniste de réforme des retraites, pour négocier à leur place cette réforme est tout simplement immoral. Rappelons ces propos de Laurent Berger aussitôt la lettre du premier ministre sur l’âge pivot diffusée : « Nous avons obtenu le retrait de l’âge pivot, une victoire pour la CFDT ». Quel mépris pour ces femmes et ces hommes qui se sacrifient pour l’intérêt général, et qui voient leur lutte usurpée par un leader syndical indigne afin de servir les intérêt de sa centrale syndicale, liés il est vrai à ceux du pouvoir politique. S’interroge-t-il Laurent Berger sur sa légitimité, non pas de partager l’idéologie de la macronie et les intérêts que défend ce projet de réforme, c’est son droit, mais à se servir de l’action d’un mouvement social auquel il ne participe pas, pour parler et négocier en son nom ? Qui le mandate, si non le pouvoir politique avec lequel il s’est compromis, pour négocier à la marge (l’âge pivot), alors que la grande majorité des français sont contre cette réforme. De quelle démocratie nous parle Laurent Berger, quand il s’allie avec le pouvoir pour imposer une réforme rejetée par les avocats, par les comédiens et techniciens de l’Opéra, par les personnels du transport aérien, par les enseignants, par les personnels hospitaliers, par les personnels des transports, par des milliers de grévistes et de manifestants ?
Complicité avec le pouvoir ? La question peut légitimement être posée. Avons-nous entendu, une seule fois, Laurent Berger dénoncer les violences policières à l’encontre des manifestants, dont des syndicalistes ? S’émeut-il Laurent Berger de la détresse qui touche toutes les couches non privilégiées de notre population ? De la colère profonde qui gronde des villes aux campagnes ? Des conséquences qu’aura cette réforme, notamment par la baisse des pensions ? Quel sens donne Laurent Berger au mot démocratie, alors qu’il va participer à une parodie de négociation à l’issue de laquelle le pouvoir va imposer une réforme rejetée par la majorité des syndicats représentant une majorité d’ouvriers et d’employés ? Rejetée par une majorité de français ? Aurait-il, ce leader discrédité, épousé ce concept macroniste de la démocratie qui répond par le mépris et le cynisme aux revendications légitimes ? Qui sacrifie l’intérêt général aux exigences d’une minorité sociale ?

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