ACTE 18 DES GILETS JAUNES

Fin du monde, fin du mois, même combat ! Le 16 mars, un tournant dans les luttes des gilets jaunes ?

Le 16 mars marque la fin de l’enfumage qu’a été ce « grand débat », et des interminables shows télévisés du président de la République. Il marque aussi l’émergence d’un mouvement pour la sauvegarde de la planète où l’on affiche le slogan : « Fin du monde, fin de mois, même combat ». En cette grande journée de mobilisations, Macron se pavane sur les pistes de ski d’une station Pyrénéenne, quand plus de 230 000 personnes manifestent en France ; et la veille, Castaner passe sa soirée en discothèque, quand plus de 120 000 personnes s’apprêtent à défiler à Paris. Lors de cet acte 18 des « gilets jaunes », Castaner abandonne les Champs-Élysées aux provocations des casseurs, et aux exactions de quelques centaines d’ultras, pour offrir à BFM TV, LCI, franceinfo, et autres relais médiatiques du pouvoir, des images de violence, diffusées en direct et en continu, afin d’occulter l’expression des dizaines de milliers de « gilets jaunes », d’exilés, d’habitants des quartiers populaires, de provinciaux, d’hommes et de femmes de tout âge, venus manifester, de la place de la Madeleine à la place de l’Opéra, des grands boulevards à la place de la République, contre les violences policières, pour la justice sociale et fiscale, et pour le climat. Cette lamentable opération de communication, achevée sur les tréteaux fumants des Champs-Élysées par un ministre de l’Intérieur, acteur médiocre d’une affligeante comédie, illustre le mépris affiché par ce pouvoir envers les laissés pour compte et les sans voix.

L’enseignement majeur à tirer de cette journée de mobilisations, c’est la convergence des colères sociales et environnementales apparue dans les cortèges, à Paris comme en province. Pour les 40 000 jeunes collégiens, lycéens, étudiants, place du Panthéon le 15 mars, ou les 119 000 manifestants de la place de la République le 16 mars, la lutte pour le climat est indissociable de la lutte pour la justice sociale, pour la justice fiscale, et pour la démocratie. L’ennemi de la planète est l’ultra-libéralisme, et cette mondialisation dévastatrice dans laquelle nous conduit Macron. Aussi, le 16 mars pourrait être un tournant dans la lutte des « gilets jaunes ». Cette convergence des colères sociales et environnementales exprimée dans la rue, témoigne d’une prise de conscience collective sur les méfaits de l’économie productiviste, soumise aux lois de la concurrence effrénée et du profit. Lutter pour la survie de la planète impose un combat politique contre l’ultra-libéralisme et les vieux partis politiques qui ont conduit au désordre social que connaît aujourd’hui le pays. Ce combat, la jeunesse est prête à le mener. Cette convergence intergénérationnelle des colères sociales et environnementales peut mener à la convergences des luttes. Ce qui est en jeu, ce n’est pas le devenir du mouvement des « gilets jaunes », mais l’issue du combat social qu’il a initié. Ce qui est en jeu, c’est la capacité de ce mouvement à s’intégrer dans un nouveau processus de luttes, capable de rassembler toutes les couches sociales victimes du macronisme.

Pour que ne meurt pas l’espoir qu’a fait naître le mouvement des « gilets jaunes », la radicalisation des colères provoquée par la surdité et le mépris d’un président au service des riches, doit, pacifiquement, venir grossir les rangs d’un puissant mouvement qui ébranlera le pouvoir en place. C’est ce pouvoir qui, par son intransigeance, portera alors la responsabilité d’une situation qu’il aura rendue insurrectionnelle, et qui fait tant peur aux possédants et aux élites. Car c’est ce pouvoir qui par son incapacité à entendre la colère de ces milliers de chômeurs, des retraités, d’ouvriers, d’artisans, de commerçants, d’agriculteurs, de femmes en détresse, qui depuis quatre mois crient leur misère, les poussent à se radicaliser. La violence du pouvoir, serait-elle plus légitime que la violence de la rue ? Le compte en banque de ceux qui vont festoyer sur les pistes de ski et les discothèques, les autorise-t-ils à sermonner ceux qui fouillent dans les poubelles pour se nourrir, qui dorment sur la froideur des trottoirs, ou qui crient leur détresse dans la rue ? Quelle légitimité, autre que leurs intérêts de classe, ou celle de leur pouvoir d’achat, autorise ces nantis, ces politiciens affairistes, et ces élites moralisatrices des petits écrans, à dicter la conduite à tenir aux millions de Français qui travaillent toujours plus pour gagner moins, et qui n’arrivent pas à boucler leur fin de mois. Le malaise est plus profond que ne l’imagine le pouvoir, et touche toutes les couches non fortunées de la nation. L’été 2018 a été chaud, l’automne et l’hiver brûlant, le printemps 2019 pourrait devenir explosif.

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