UN PRÉSIDENT PYROMANE ?

Le président a loué la capacité des Français à se « mobiliser » et à « s’unir ». Sans doute le feront-ils encore davantage s’il ne se résout pas à répondre à leurs préoccupations.

Voilà que le 15 avril 2019, à moins de deux heures de l’annonce par le président Macron des mesures qu’il entend prendre en conclusion du grand débat, un tragique incendie ravage la cathédrale Notre-Dame de Paris. Si, dans l’émotion immense qui saisit le pays, le report de cette annonce, et les propos tenus dans la nuit de l’incendie par le chef de l’État sur cette tragédie nationale sont justifiés, son allocution du lendemain est un acte superfétatoire et grotesque. En rajouter une couche en y consacrant un Conseil des ministres pour décider de rebâtir la cathédrale en cinq ans, témoigne de la désinvolture d’un président résolu à détourner un évènement dramatique au profit de manœuvres dilatoires. Quelle aubaine pour la Macronie, que ce terrible incendie qui permet au monarque président de renvoyer aux calendes grecques les préoccupations sociales des Français. Si opposer l’homme à la pierre est ridicule, opposer la reconstruction de la cathédrale à l’urgence sociale est indécent. Récolter 1 milliard de dons en une journée n’est pas immorale, mais créer une niche fiscale pour les donateurs en votant une loi dédiée à la reconstruction du monument est honteux. Quelle indignité que celle de ces fortunés qui depuis l’élection de Macron bénéficient de cadeaux fiscaux colossaux, et qui aujourd’hui font don de centaines de millions d’euros pour la reconstruction de Notre-Dame (famille Arnault : 200 millions d’euros, famille Pinault : 100 millions, famille Bettencourt : 100 millions, avec en prime, des réductions d'impôt sur de l’argent qui a déjà largement bénéficié d’avantages fiscaux, notamment par la suppression de l’ISF. Faut-il rappeler que 2 millions de salariés ayant un emploi n’ont pas de toit pour dormir. Que Macron a baissé les APL de 5 euros par mois, pris dans la poche des nécessiteux. Peut-être devrait-il lancer un appel aux dons pour satisfaire les revendications pour lesquelles luttent depuis cinq mois les « gilets jaunes ». Et si ces très riches donnaient aussi pour que l’on ne ferme pas des classes, des maternités, des bureaux de poste, des gares SNCF, des hôpitaux, etc…
Après l’enfumage du grand débat, destiné à gagner du temps, Macron, qui feint d’être à l’écoute des citoyens, tente de prolonger la mi-temps en s’apitoyant sur un joyau de notre patrimoine. Mais ne pourrait-il pas, aussi, s’apitoyer sur le sort de millions de ses concitoyens, victimes des fins de mois difficiles, de conditions de vie précaires, ou de la misère ? Les pompiers de Paris ont courageusement réussi à éteindre l’incendie de Notre-Dame. Par son obstination à jouer avec le feu, Macron, ne va-t-il pas finir par allumer un gigantesque brasier social ? S'il persiste à ignorer l'attente pressante des Français, les « gilets jaunes » pourraient le ramener à la réalité, en réinvestissant les ronds-points et en amplifiant les manifestations.

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