Quelle alternative ?

L’enjeu de l’élection présidentielle en avril 2022 sera de rompre avec ce vieux modèle de société qui mène notre civilisation au chaos.

À un an de l’élection présidentielle d’avril 2022, les adeptes du productivisme (sociaux-démocrates, droites LR et LREM, extrême-droite RN) s’apprêtent à solliciter les suffrages des Français. La droite LREM compte sur un duel entre Macron et Marine Le Pen, et un réflexe de peur des électeurs pour faire réélire son monarque président. La social-démocratie moribonde, complice en 2017 de ce choix de dupes, s’apprête à nous sortir du chapeau l’européiste Yannick Jadot, vêtu des haillons de l’atlantiste ; ou l’opportuniste Anne Hidalgo dont certains médias tentent déjà de promouvoir sa candidature. La droite LR, orpheline elle aussi de leader, cherche son porte drapeau parmi les présidents des régions Ile-de-France, Hauts-de-France ou Auvergne-Rhône-Alpes. Tous sont à la remorque des thèmes de l’extrême droite sur la sécurité et l’immigration. Quid de la crise sanitaire, de la détresse des jeunes, de la crise sociale, de la pauvreté, des inégalités ? À ce jour, des sociaux-démocrates aux droites LR, LREM et RN, aucun n’a de programme à proposer aux Français. Tout juste des appels au retour des alliances politiciennes des nostalgiques de la compromission et de la trahison. Ou des déclarations d’intention des tenants du pouvoir et de leurs alliés centristes. Et de l’extrême droite, des discours populistes et des slogans sécuritaires. Mais où est la gauche dans cette cacophonie politique ?

À un an de la présidentielle, seuls les Verts et la France insoumise proposent de sortir de la logique productiviste, et de s’engager vers une économie sociale et solidaire. Si aucune candidature n’émerge à ce jour du parti des Verts, celle de Mélenchon à la FI est légitimée par plus de 150 000 parrainages. Jean-Luc Mélenchon a eu le mérite de fonder la France insoumise, un mouvement politique de gauche, aujourd’hui seul à proposer un programme de gouvernance en rupture avec la logique productiviste de l’économie de marché. Il a eu le mérite d’avoir été le candidat incarnant les valeurs de la gauche à la présidentielle de 2017. Mais pourra-t-il rassembler, au-delà de l’électorat traditionnel de la gauche, une masse d’électeurs qui une fois de plus pourrait se réfugier dans l’abstention ? Ne serait-il pas temps de proposer aux Français, pour accéder à la plus haute fonction de l’État, la candidature d’une femme de gauche de la génération d’après 68 et d’après Mitterrand ? Une femme qui de par son parcours politique et sa volonté de vouloir fédérer les forces de gauche pourrait incarner l’espoir du changement, et rassembler une majorité d’électeurs pour bâtir enfin une France humaniste au service du progrès social et de la paix ? À l’Assemblée nationale, dans le groupe de la France insoumise, siège une femme engagée en politique depuis plus de vingt ans. Une militante dévouée à la cause des droits des femmes et au combat pour la justice sociale. Candidate de la FI aux régionales de juin 2021 en Ile de France « sur une ligne d’ouverture de la gauche, des écologistes et de la société civile », Clémentine Autain est la femme qui pourrait en 2022 incarner l’espoir de rompre avec le passé. Elle pourrait créer les conditions de rassembler la France insoumise, les écologistes, les communistes et les socialistes de gauche autour d’engagements communs pour conduire le pays vers la transition écologique et sociale. Des engagements en rupture avec l’idéologie dominante, qui conditionne l’homme et la femme à croire en une société où les élites sont dépositaires du savoir et des pouvoirs. Pouvoir politique et pouvoir économique leur permettant de gouverner et de s’enrichir dans un monde productiviste, sacrifiant les ressources de la nature et la condition humaine à l’égoïsme et aux profits d’une minorité possédante. Des engagements pour bâtir une France indépendante, libérée de la tutelle atlantiste, retrouvant la place qui a été la sienne sur la scène internationale avec de De Gaulle, Mitterrand et Chirac.                             

L’enjeu de l’élection présidentielle en avril 2022 sera de rompre avec ce vieux modèle de société qui mène notre civilisation au chaos. Les électeurs devront tirer les enseignements des quinquennats Sarkozy, Hollande et Macron. Ils devront éviter de tomber à nouveau dans le piège de l’imposture tendu par les faiseurs d’illusions, les revenants du passé et les repentis de circonstance. L’appel à « l’union de l’écologie et de la gauche » du carriériste Yannick Jadot – l’un des artisans de la victoire de Macron en 2017 –, pour construire un « grand projet d’espérance » pour l’échéance de 2022 est grotesque. Une démarche d’abord destinée à court-circuiter la primaire d’EELV prévue en septembre 2021. En 2017, il y a eu la trahison de la gauche par le couple Hamon-Jadot. Nous prépare-t-on aujourd’hui la potion de l’illusion du binôme Faure-Jadot, tous deux orphelins du macronisme ? Olivier Faure, premier secrétaire du PS, n’a-t-il pas confié le 17 janvier 2021 sur France Inter avoir « hésité » à rejoindre « Emmanuel Macron quand il a commencé sa campagne en novembre 2016 » ? Au deuxième tour de l’élection présidentielle, n’a-t-il pas appelé à voter Macron : « Je me suis demandé à ce moment-là s'il n'y avait pas encore quelque chose à jouer. Est-ce qu'on n'avait pas intérêt à dire qu'il fallait une grande coalition ? L'orientation prise par le gouvernement d'Edouard Philippe m'a montré que je n'étais pas du tout compatible avec ce qu'il faisait ». Le coup médiatique ridicule de l’opportuniste Jadot, auquel s’est aussitôt joint le premier socialiste Faure, illustre ce retour des vieux démons de la politique pour qui « la gauche » n’est qu’un slogan ressuscité la veille d’une consultation électorale, pour s’octroyer les voix d’un électorat aussitôt trahi après l’élection. Quel électeur de gauche, dupé par Hollande et abusé par le Parti socialiste, pourrait faire confiance aux Faure, Hamon, Jadot et autres politiciens du passé pour mettre fin à la politique antisociale qu’ils ont eux-mêmes initiée ? Quel électeur de gauche trompé par Macron pourrait, une fois de plus, accepter d’être le dindon de la farce d’un deuxième tour opposant Macron à Le Pen ?

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