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Billet de blog 18 nov. 2022

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Qui politise le sport ?

L’image dégradée que donne au football professionnel l’organisation de la Coupe du monde de football en 2022 au Qatar, devrait conduire le chef de l’État français à plus de discrétion. Qui politise le sport si ce n'est l’État français, quand le président Sarkozy marchande et fait pression pour truquer l’attribution de cette Coupe du monde ?

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Le président de la République devrait s’interdire de clamer qu’« il ne faut pas politiser le sport », quand le pays qu’il préside s’est immiscé dans le sport de haut niveau pour peser sur l’attribution de l’organisation de cette Coupe du monde à cette monarchie despotique, sous la pression et les marchandages du président Sarkozy (vente d’armes, rachat du club parisien par le Qatar et soupçons de corruption sur lesquels une procédure judiciaire a été ouverte en France et en Suisse).

Dans cette affaire, l’Élysée apparait deux fois. La première en novembre 2010, avec le déjeuner organisé par le président Sarkozy en présence de l’émir du Qatar, que Michel Platini – parlant de Sarkozy – commentera comme suit : « Il a voulu faire le barbeau. […] Donc là, il s’est mêlé de la Coupe du monde 2018 et 2022, voilà. Alors après, si c’est dans l’intérêt de la France, pourquoi pas. Si c’était dans son intérêt personnel ben… aux flics à le trouver ! C’est leur problème. »

Une deuxième fois en mars 2018, quand le président Macron reçoit Michel Platini à l’Élysée pour tenter de peser sur le cours des enquêtes judiciaires (ce que dément l’Élysée, mais que confirment les écoutent téléphoniques ordonnées par la justice en novembre 2017 et en juin 2019, révélées par Mediapart). Un rendez-vous auquel Platini fait référence en décembre 2017, lors d’une discussion avec son ami Jean-Pierre Chanal : « J’ai vu un peu notre ami Michel (Michel Debacq, haut magistrat proche du président Macron et avocat général à la Cour de cassation) […] On va contre-attaquer. Bon, s’il trouve le moyen que Berne décide de me lâcher les calbuttes et qui clôt l’affaire, mais c’est pas facile. […] Donc mon seul rendez-vous, c’est avec le président de la République début janvier pour qu’éventuellement, il m’aide à faire quelque chose. »

Si Michel Platini et Sepp Blatter sont acquittés par la justice Suisse le 8 juillet 2022 (après avoir été mis en accusation pour « escroquerie » à la suite du « paiement différé » de 1,8 million d’euros par Sepp Blatter (ex-président de la fédération internationale de football) au Triple Ballon d’Or ; en France, l’ex-patron de l’UEFA demeure sous le coup d’une enquête judiciaire pour corruption. Convoqué au siège de la police de Nanterre le 18 juin 2019, Platini est interrogé par les policiers de l’office anticorruption (OCLCIFF), où il apprend qu’il est placé en garde à vue. Alors, Platini se fâche et furieux contre Macron qui lui aurait « promis de l’aider », il lâche lors d’une conversation téléphonique (écoutes judicaires sur le téléphone de Platini ordonnées par le Parquet national financier et publiées par Mediapart), vouloir mettre « le couteau sous la gorge » du président, et menace de quitter la France : « Ou on me blanchit complètement, ou je me casse, au revoir et c’est fini ». Le 7 novembre 2019, alors que Michel Platini est interviewé sur les antennes de RTL, il reçoit en direct des compliments du président Macron : « cher Michel, cher Platoche » […] « Je sais que les dernières années ont été dures, que les blessures ont parfois été profondes, que le sentiment d’injustice aussi est là. Et au fond, j’avais un message, c’est ce message d’admirateur, ce message de remerciement, et ce message qui consiste à vous dire, vous avez encore plein de choses à apporter au football français et aux jeunes Français. […] Donc bravo, merci et revenez, ça me ferait plaisir. »

Le 10 juin 2018, dans l’émission « Téléfoot » de TF1, le président Macron se « félicite » publiquement de la décision de la justice suisse, et « souhaite que Michel Platini – toujours sous enquête de la justice française et suspendu pour quatre ans par la Fifa –, reprenne toute sa place » dans le football. Curieux concept de la séparation des pouvoirs, que celui institué par le président de la République, Emmanuel Macron, censé être le garant de l’indépendance de la justice, mais intervenant dans une procédure judiciaire en cours, comme dans l’affaire Kholer en 2019 où l’enquête est classée sans suite après que le président écrive une lettre au Parquet national financier.

Au-delà de ce sombre épisode politico-affairiste impliquant l’État français, ce sont les conséquences humaines et écologiques qui interpellent. L’organisation de cet évènement international organisé dans ce pays tyrannique, le Qatar, aura couté – hors coût humain et climatique – 220 milliards de dollars contre 11,6 milliards de dollars pour celle organisée en Russie en 2018. Cette gabegie financière offre aux visiteurs de pouvoir assister aux matchs pour un prix d’entrée aux stades de 266 euros à 545 euros la place lors du match d’ouverture, et de 532 euros à 1 416 euros pour la finale (hors transport aérien, hébergement et nourriture). Le coût écologique est estimé à 3,6 millions de tonnes de CO2 émis d’après les prévisions de la FIFA, et « de 5 fois plus » selon Gilles Dufrasne de l’ONG belge Carbon Market Watch. Les sept stades ouverts et climatisés où se dérouleront les matchs – d’une capacité de 40.000 à 50.000 places –, ont été construits dans un pays où la moyenne d’affluence du championnat professionnel est de 4.000 personnes ». Le bilan humain des chantiers, où les ouvriers sont surexploités et vivent dans des conditions de vie déplorables est tout aussi catastrophique. Depuis le début des travaux en 2010, d’après l’enquête du journal britannique The Guardian, menée en février 2021, la construction de l’ensemble des infrastructures dédiées à cette Coupe du monde au Qatar a coûté la vie à 6 500 travailleurs étrangers.

Quid des droits de l’homme monsieur le président Nicolas Sarkozy, vous qui avez contribué, par le marchandage, à ce que la FIFA attribue l’organisation de cette manifestation footballistique au Qatar ? Quid de la moralité monsieur le président François Hollande, vous qui avez conclu ce marchandage en signant le 4 mai 2015 à Doha la vente de 24 avions Rafale au Qatar ? Quid de la probité monsieur le président Emmanuel Macron, vous qui avez tenté de vous immiscer dans le déroulement d’une procédure judiciaire, et qui à trois jours de l’ouverture de cette « Coupe de la corruption », vous déclarez cyniquement « Il ne faut pas politiser le sport » ? Mais qui politise le sport en interdisant aux footballeurs russes de participer à cette Coupe du monde ? Aux sportifs russes de participer aux rencontres internationales ? Qui politise le sport si non l’État français, quand le président Sarkozy marchande et fait pression pour truquer l’attribution de cette Coupe du monde ? Quand le président Hollande va au Qatar finaliser le marchandage négocié par son prédécesseur ? Quand le président Macron tente d’influencer la justice qui enquête sur ce marchandage ? Quand le président de la République se prête à des opérations de communication en s’invitant aux préparations des équipes sportives avant leur départ pour les compétitions internationales ?

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